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christ

  • Vivre la libération et la résurrection

    anslo.jpg

    Rembrandt - Le pasteur Anslo et sa femme

    Tout se noue et se dénoue à Pâques.
    Ce nœud est présenté par l'écriture biblique comme le passage central.
    On y entre par la célébration de Pessah, où on se souvient de la libération de l'esclavage. On en ressort par la résurrection du Christ, événement fondateur pour ceux qui croient au Christ.

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  • La résurrection : sa­voir, croyance ou con­fiance ?

    résurrection,ressuscité,pâques,il est vraiment ressuscité,christ,jésus-christ

    (Le souper à Emmaüs, REMBRANDT 1629)

    La résurrec­tion du Christ est, avec sa cru­ci­fixion, au cœur de la foi chré­tienne. Dans des ré­cits sin­gu­liers, les évan­gé­lis­tes té­moi­gnent cha­cun à sa ma­nière de la dif­fi­cul­té d'en ren­dre comp­te. En ef­fet, le res­sus­ci­té ne sem­ble pas im­mé­dia­te­ment iden­ti­fia­ble au Jé­sus qui par­cou­rait la Pales­tine avec ses dis­ci­ples avant sa fin dra­ma­ti­que à Jé­ru­sa­lem. Pour­quoi ?

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  • L'invention du mot "chrétien"

    chrétien,chrétiens,christianos
    D'où vient le nom, ou le qualificatif de "chrétien" ?
    Quand est-il apparu et que signifie-t-il ?

    Un peu d'étymologie
    En français, le mot 'chrétien' est directement issu du latin christianus qui vient lui même du grec  christianos. Un mot à son tour dérivé de christos, 'Christ'. D'un point de vue politique ou religieux, ce terme christos renvoie à l'onction que reçoit un personnage important comme symbole de l'autorité qui lui est conférée.
    Dans ce sens, le mot christos est la traduction grecque de l'hébreu MaShiaH qui a donné le mot “messie” et signifiant "celui qui est oint" ou "qui a reçu une onction".
    Ce nom est donc aussi devenu une "confession de foi", la confession de foi de ceux qui reconnaissent en Jésus de Nazareth le Messie envoyé par Dieu. Ils associent alors le mot Christ au nom de Jésus : Ièsous christos. Jésus-Christ, ou Jésus le Christ. Mais quand le mot Christ appartaît, surtout dans la bouche de non-croyants, il ne s'agit en fait que d'un quasi nom propre qui ne porte pas avec lui toute la charge théologique que les croyants lui accordent.

    Signification
    Ainsi, quand Flavius JOSÈPHE (37 – †100/110 ap. JC), l'historien juif au service de Rome, traitant du gouvernement de Ponce Pilate en Palestine évoque le Christ et les chrétiens dans ses Antiquités juives (livre XVIII), voilà ce qu'il écrit :       
    "Vers le même temps, vint Jésus, un homme sage […].
    Et il attira à lui beaucoup de Juifs et beaucoup de Grecs.
    C'était le Christ.
    Et lorsque […], Pilate l'eut condamné à la croix,
    ceux qui l'avaient d'abord aimé ne cessèrent de le faire […].
    Et le groupe appelé d'après lui celui des chrétiens
    n'a pas encore disparu."

    (selon le texte d'Agapius, un historien chrétien arabe du Xème siècle)
    Flavius Josèphe ne parle donc du Christ que pour expliquer le nom étrange d'un groupe qui, à son grand étonnement, se réclame encore de ce personnage 70 ans après la mort de ce dernier.

    De même, quand l'historien romain TACITE (50 – †120 ap. JC) évoque l'incendie de Rome et la persécution anti-chrétienne qui s'en suivi, il explique dans ses Annales  (écrites entre 100 et 120) que :
    "Ce nom (chrétien) leur vient de Christ,
    qui sous le principat de Tibère,

    avait été livré au supplice par le procurateur Ponce-Pilate"
    (Annales XV,44)
    Par sa brièveté et sa sécheresse, ce texte dénué de toute digression interprétative ramène à sa juste proportion l'intérêt que, vu de Rome, on portait sur l'événement au début du 2ème siècle de notre ère : deux lignes seulement dans l'histoire de l'empire ! Et encore, il s'agit simplement d'expliquer le nom christianus, qui devait paraître exotique pour des oreilles romaines.

    D'après le livre des Actes des apôtres (11,26), c'est à Antioche que les disciples de Jésus-Christ furent appelés “chrétiens” pour la première fois, vers l'an 43.
    "Chrétien", un terme que certains chrétiens d'aujourd'hui surinterprètent sans doute quand ils y comprennent le sens de  "porteur de Christ" ou encore "petit Christ" !
    Dans la foi, cette appellation peut sans doute être vécue ainsi, mais du point de vue de l'étymologie, "chrétien" est simplement un dérivé du mot "Christ" signifiant vraisemblablement "partisan" ou "adepte du Christ". Tout comme les  herodianos, les hérodiens, sont les partisans d'Hérode.

    Dans le Nouveau Testament
    Il se trouve que le mot chrétien est un mot rare puisqu'il n'apparaît évidemment jamais dans les évangiles, Jésus n'a en effet semble-t-il jamais au l'intention de fonder une nouvelle religion. Le mot chrétien est absent aussi des épîtres pauliniennes, et de la plupart des autres épîtres comme encore de l'Apocalypse.
        Ce mot n'est finalement présent que 3 fois en tout dans le Nouveau Testament :
        - 2 fois dans le livre des Actes
    (qui date des années 80/85 ap. JC) ;
        - et une fois  dans la première épître de Pierre
    (qui est aussi datable entre 70 et 90 ap. JC).

    Pour ce qui concernent les textes eux-même, le mot chrétien pour désigner le groupe des adeptes de l'enseignement de Jésus –en qui ils reconnaissent la Christ– apparaît donc comme un vocable tardif. C'est un mot tardif, rattaché à la période post-apostolique, c'est-à-dire à la période qui suit la mort des figures principales du mouvement de Jésus.
    Cependant, l'auteur du livre de Actes des apôtres, qui appartient à cette période post-apostolique fait remonter l'origine de cette appellation de "chrétiens" bien avant.
    C'est que, “Comme toute œuvre historiographique, Luc-Actes répond .../... à un besoin identitaire. La chrétienté de Luc, [est] une chrétienté de troisième génération, [qui] éprouve le besoin de cerner son identité par une commémoration de ses origines.(Daniel MARGUERAT, Introduction au Nouveau Testament).
    Lisons les versets 19 à 30 du chapitre 11 du livre des Actes :
    Au chapitre précédent a eu lieu l'épisode qui voit l'apôtre Pierre conduit –ou contraint ?– par une vision à consommer des viandes impures, et surtout à se rendre dans une maison païenne à Joppé.
    Et juste avant le passage que nous allons lire, Pierre explique à des judéochrétiens judaïsants de Jérusalem qui le mettaient en cause dans quelles conditions et pourquoi il était arrivé à entrer dans une maison païenne, comment il y avait séjourné et prêché, et comment l'Esprit de Dieu s'était répandu aussi sur les païens... Un épisode qui s'achève ainsi (v. 18) :
    “ ... A ces mots les auditeurs retrouvèrent leur calme
    et glorifièrent Dieu, en disant :
    «Dieu a donc donné aussi aux non-Juifs
    le changement radical qui mène à la vie ! »”

        Le récit poursuit ...
    (19) ... Ceux qui avaient été dispersés
        à cause de la détresse survenue au sujet d'Etienne
        passèrent donc en Phénicie, à Chypre et à Antioche ;
        ils ne disaient la Parole à personne d'autre qu'aux Juifs.
    (20) Il y eut cependant parmi eux quelques hommes
        de Chypre et de Cyrène qui, venus à Antioche,
        parlèrent aussi aux gens de langue grecque
        et leur annoncèrent la bonne nouvelle du Seigneur Jésus.
    (21)    La main du Seigneur était avec eux,
        et un grand nombre de gens devinrent croyants
        et se tournèrent vers le Seigneur.

    (22)    La nouvelle parvint aux oreilles de l'Eglise de Jérusalem,
        et on envoya Barnabé, en lui demandant de passer à Antioche.
    (23)    A son arrivée, lorsqu'il vit la grâce de Dieu, il se réjouit,
        et il les encouragea tous à rester attachés
        au Seigneur d'un cœur résolu.
    (24)    Car c'était un homme bon, plein d'Esprit saint et de foi.
        Et une foule importante se joignit au Seigneur.

    (25)    Il partit ensuite chercher Saul à Tarse.
    (26)    Après l'avoir trouvé, il le conduisit à Antioche.
        Pendant une année entière,
        ils participèrent aux rassemblements de l'Eglise
        et instruisirent une foule importante.
        Ce fut à Antioche que, pour la première fois,
                les disciples furent appelés chrétiens.

    (27)    En ces jours-là,
        des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche.
    (28)    L'un d'eux, nommé Agabos, se leva et annonça par l'Esprit
            qu'il y aurait une grande famine sur toute la terre habitée.
        Elle eut lieu, en effet, sous Claude.
    (29)    Les disciples décidèrent d'envoyer, chacun selon ses moyens,
        un secours aux frères qui habitaient la Judée.
    (30)    C'est ce qu'ils firent :
        ils l'envoyèrent aux anciens
        par l'entremise de Barnabé et de Saul.”

        Soulignons dans le texte quelques éléments intéressants pour notre sujet...

    •1• L'appellation "chrétien" est donnée juste après que l'apôtre Pierre, judéo-chrétien de Jérusalem ait fait l'expérience de s'être rendu chez un païen bientôt converti au message du Christ, et que ce même Pierre ait dû s'en expliquer auprès des disciples jérusalémites qui le lui reprochaient, puisqu'il transgressait ainsi les règles de pureté du judaïsme.

    •2• L'appellation "chrétien" est donnée après que la prédication des hellénistes (Philippe et les autres ; voir Actes 6–8) auprès des non-juifs aient été réaffirmée. (Lapidation d'Etienne à Jérusalem vers 36/37 ap. JC). Il faut ici donnée quelques précisions pour ceux qui imagine que le mouvement de Jésus étaient parfaitement uni aux origines. En effet plusieurs groupes ayant des compréhensions divergentes de l'œuvre de Jésus et de son message exitaient? Parmi ceux-ci  :
        - Il y avait  la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem
        (les 'hébreux' d' Actes 6,1).
    Ses membres sont jérusalémites (ou judéens) parlent l'araméen
        et lisent la Torah en hébreu. 
        Ils sont très attachés à leur identité juive et au Temple.
        Ils ont compris Jésus comme celui
        qui venait renouveler de l'intérieur le judaïsme (Matthieu 5,17-20).
        Jésus est pour eux le 'nouveau Moïse', 
        l'interprète ultime de la Torah qu'il vient accomplir,
        il est le fondateur d'un rabbinisme chrétien.
        Ils vont donc se tourner vers le peuple d'Israël seulement (Matthieu 10,5b-6)
        pour promouvoir un renouveau de la foi juive
        en conservant ses deux marques identitaires essentielles : 
        la circoncision et le sabbat (Actes 15,1.5).
        De fait, ces pratiques renvoient à l'ensemble
        des prescriptions de la loi de Moïse.
        Cette communauté de Jérusalem se comprend elle-même
        comme le centre du mouvement de Jésus,
        et entend contrôler se qui se passe
        dans tous les champs de mission hors de Jérusalem (Actes 8,14 ; 11,22),
        ce qui ne va pas sans créer de conflits !  (Actes 15,1s ; 21,20-21 ; Galates 2,11s)

        - Parmi les divers mouvances des partisans de Jésus,
        il y aussi les hellénistes (Actes 6,1).
        Ce sont aussi des disciples de Jésus  d'origine juive,
        mais il viennent de la diaspora,
        et leurs ancêtres ont émigré de Palestine depuis longtemps.
        Ils sont de culture et de langue grecques.
        S'ils ne parlent plus l'araméen, ni ne lisent l'hébreu,
        ils restent cependant attachés à leurs racines
        qu'ils maintiennent notamment
        à travers la lecture synagogale de la Septante
        (traduction grecque de la Bible hébraïque).
        Dans leur catéchèse, ils donnent un rôle important
        aux lois morales (Marc 2,27) et non aux lois rituelles.
        Cela provoque avec les judéo-chrétiens
        du mouvement précédent de nombreux débats
        qui transparaissent dans les récits de controverse
        entre Jésus et pharisiens (et autres).
        Leur base de départ semble être Antioche
        (Actes 11,19s ; et Damas ? 9,10s).   

    • Ces deux mouvements se sont affrontés sur le point fondamental de la compréhension de “l'événement Jésus”, c'est-à-dire de la définition du christianisme : s'agit-il d'une simple réforme du judaïsme, ou la nouveauté de l'Evangile fait-elle éclater le cadre ethnique et traditionnel du judaïsme pour donner naissance à une réalité nouvelle ? (Marc 2,21-22) Ce conflit d'interprétation porte sur deux points essentiels : la dimension ethnique du judaïsme contre l'ouverture aux païens ; et le salut obtenu par l'observance de la loi de Moïse contre le salut acquis par la mort de Jésus.

    Or, c'est juste après que la position universaliste des hellénistes l'ai emportée, puisque même Pierre s'y rallie, que l'auteur du livre des Actes fixe l'apparition du vocable "chrétien" pour désigner le groupe des disciples du Christ.

    •3• Ce nom de "chrétien" est donné aux disciples du Christ à Antioche (Antioche sur l'Oronte, capitale de la province romaine de Syrie, aujourd'hui en Turquie sous le nom d'Atay). Le nom de "chrétien" n'est pas donné à Jérusalem, mais dans une grande cité cosmopolite païenne, un carrefour important dans l'empire romain.  Dans la suite du livre des Actes (13,1-3 ; 14,26-28 ; 15,35-36 ; 18,22 ; ...), Antioche deviendra même un centre missionnaire stratégique, une véritable plaque tournante de l'annonce de l'Evangile. De nouveau une connotation nettement universaliste.

    •4• On envoie tout de suite chercher Saul/Paul à Tarse. Paul, celui dont on sait par ailleurs (par ses lettres) qu'il a très tôt entrepris l'annonce de l'Evangile en milieux juifs comme en milieux païens. L'apôtre Paul est l'emblème, et peut-être le premier a avoir expliciter la dimension universel de l'Evangile présente dans la vie, la mort et la résurrection du Christ.

    •5• La qualification "chrétiens" semble être donnée à la communauté des disciples par des gens extérieures au groupe... Un autre fois seulement, dans les Actes, le groupe recevra un autre nom donné là aussi par des gens de l'extérieur, c'est au chapitre 24 (v.5) quand Paul, mis en procès est désigné comme "le chef de file de la secte des Nazôréens".
    Avant (et encore après), l'auteur du livre des Actes utilise les expressions les frères (1,15 ; 11,1 ; 12,17 ; 14,2 ; 21,17 ...), les croyants (2,44 ; 4,32 ; 18,27 ; 19,18 ; 21,20 ...), les disciples (6,1 ; 9,1.26 ; 16,1 ;  18,23 ; ...), la Voie (9,2 ; 19,9.23 ; 22,4 ; 24,14.22), les saints (9,13.32.41 ; 26,10.18), ...
    De son côté, et trois décennies plutôt, l'apôtre Paul utilisaient aussi les mots les croyants (1Th 1,7 ; 2,10 ; ...), les frères (Rm 16,14 ; 1Co 15,6 ; 16,11.20 ; Ga 1,2 ; 1Th 5,26.27 ; Ph 4,21 ; ...), les saints (Rm 1,7 ; 1Co 1,2 ; 6,1.2 ; 14,34 ;  ...), ou encore (une seule fois) les élus de Dieu (Rm 8,33† ; [voir aussi 1P 1,1])

    •6• C'est dans ce même verset 26, où apparaît l'appellation "chrétien", que le mot ekklèsia , 'Eglise’, est utilisé pour la première fois pour désigner une communauté de disciples du Christ extérieure à la Palestine. De nouveau la dimension universaliste intrinsèquement liée à l'appellation "chrétien".

    •7• Enfin, immédiatement après que ce vocable soit utilisé pour la première fois, la perspective d'une solidarité financière des communautés chrétiennes hellénistiques en faveur de la communauté de Jérusalem frappée par une famine est évoquée. De nouveau un universalisme qui transcende les frontières ethniques, culturelles, économiques ou autres.

    Ces 7 remarques sur le passage que nous avons lu montre que pour l'auteur du livre des Actes, le mot "chrétien" n'a de sens que lié à l'universalité de l'Evangile du Christ.

    • Ce mot "chrétien" apparaîtra encore une seconde fois à la fin du livre de Actes quand l'apôtre Paul comparaît à Césarée devant le gouverneur Festus et le roi Agrippa (roi de Chalcis [au Liban] Marcus Juilius Agrippa II ; 27– † v.100). La défense de Paul –en forme de prédication– est si convaincante que, selon l'auteur des Actes, le roi Agrippa dit à Paul :
    «Encore un peu, tu m'auras persuadé,
    tu auras fait de moi un chrétien !»
    (Actes 26,28)

    Pour l'auteur du livre des Actes le mot chrétien est maintenant disponible pour être utilisé sans plus d'explication dans une discussion entre l'apôtre Paul et les autorités romaines.

    chrétien,chrétiens,christianos

    (symbole chrétien copte, Haute-Egypte 4ème s. ap. JC)

    • Enfin, ce mot  christianos, "chrétien", apparaît encore une troisième et dernière fois, dans le Nouveau Testament. C'est dans la  première épître de Pierre, au chapitre 4 (v.16). Nous sommes sans doute dans la fin du 1er s. ap.JC, alors que les chrétiens subbissent l'hostilité de la société romaine. Lisons  1 Pierre 4,12-16 :

        (12) Bien-aimés,
                ne soyez pas surpris de l'embrasement 
                qui sévit parmi vous
                pour vous mettre à l'épreuve,
                comme s'il vous arrivait quelque chose d'étrange.
        (13)    Au contraire,
                réjouissez-vous d'avoir part aux souffrances du Christ,
                afin qu'aussi vous vous réjouissiez
                et soyez transportés d'allégresse à la révélation de sa gloire.
        (14)    Si vous êtes insultés pour le nom du Christ
                heureux êtes-vous,
                car l'Esprit glorieux, l'Esprit de Dieu, repose sur vous !
        (15)    Cependant, qu'aucun de vous ne souffre comme meurtrier,
                comme voleur, parce qu'il fait le mal
                ou parce qu'il se mêle des affaires d'autrui ;
        (16)    mais si c'est comme chrétien, qu'il n'en ait pas honte ;
                qu'il glorifie plutôt Dieu en ce nom.

    Quand l'auteur de cette épître écrit sous le nom de Pierre l'apôtre Aux élus, qui ont été choisis et qui vivent en étrangers dans la dispersion – dans le Pont, en Galatie, en Cappadoce, en Asie et en Bithynie(1Pierre 1,1),  nous sommes dans le dernière tiers du 1er s. ap. JC. Il n'y a pas encore de persécution anti-chrétienne massive, généralisée et systématique, il faudra attendre le 3ème siècle pour cela, mais il y a, et nous le comprenons au travers de cette lettre une situation d'oppression et de discrimination, une situation de vexation latente à l'encontre de ceux qui se réclament du Christ.

    Localement, comme en Asie Mineure (l'actuelle Turquie) cette situation semble avoir été plus critique. Une situation qui peut conduire les chrétiens devant les tribunaux sur simple dénonciation, et qui peut même parfois les conduire à la torture ou à la mort s'il refuse de renier cette appartenance au mouvement du Christ.

    Il est tout à fait intéressant à ce sujet de lire l'échange épistolaire entre Pline le Jeune et l'empereur Trajan (98-117) au tout début du 2ème s. ap. JC. Nous sommes une ou deux décennies après l'épître de Pierre, mais cet échange est particulièrement intéressant car Pline le Jeune est en charge de la gouvernance et de l'administration d'une partie de l'Asie mineure, la Bithynie et le Pont, des  régions explicitement mentionnées dans la salutation de la première épître de Pierre.

    Lisons donc un extrait de l'échange entre Pline le Jeune et l'empereur :
    chrétien,chrétiens,christianos

    “Je me fais une religion, seigneur, de vous exposer tous mes scrupules ; 
    car qui peut mieux, 
    ou me déterminer, 
    ou m'instruire ?
    Je n'ai jamais assisté à l'instruction et au jugement du procès d'aucun chrétien. Ainsi je ne sais sur quoi tombe l'information que l'on fait contre eux, ni jusqu'où l'on doit porter leur punition.
    J'hésite beaucoup sur la différence des âges.
    - Faut-il les assujettir tous à la peine, sans distinguer les plus jeunes des plus âgés ?
    - Doit-on pardonner à celui qui se repent ?
    ou est-il inutile de renoncer au christianisme quand une fois on l'a embrassé ?
    - Est-ce le nom seul que l'on punit en eux ? ou sont-ce les crimes attachés à ce nom ?

    Cependant voici la règle que j'ai suivie dans les accusations intentées devant moi contre les chrétiens. Je les ai interrogés s'ils étaient chrétiens.
    Ceux qui l'ont avoué, je les ai interrogés une seconde et une troisième fois,
    et je les ai menacés du supplice.
    Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés.
    Car, de quelque nature que fût ce qu'ils confessaient, j'ai cru que l'on ne pouvait manquer à punir en eux leur désobéissance et leur invincible opiniâtreté.
    Il y en a eu d'autres, entêtés de la même folie, que j'ai réservés pour envoyer à Rome, parce qu'ils sont citoyens romains. Dans la suite, ce crime venant à se répandre, comme il arrive ordinairement, il s'en est présenté de plusieurs espèces.
    On m'a remis entre les mains un mémoire sans nom d'auteur, où l'on accuse d'être chrétiens différentes personnes qui nient de l'être et de l'avoir jamais été. Elles ont, en ma présence, et dans les termes que je leur prescrivais, invoqué les dieux, et offert de l'encens et du vin à votre image, que j'avais fait apporter exprès avec les statues de nos divinités ; elles se sont même emportées en imprécations contre Christ. C'est à quoi, dit-on, l'on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens. J'ai donc cru qu'il les fallait absoudre.
    D'autres, déférés par un dénonciateur, ont d'abord reconnu qu'ils étaient chrétiens ; et aussitôt après ils l'ont nié, déclarant que véritablement ils l'avaient été, mais qu'ils ont cessé de l'être... .../...
    Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été renfermée dans ces points : qu'à un jour marqué, ils s'assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s'il eût été dieu ; qu'ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, ni d'adultère ; à ne point manquer à leur promesse ; à ne point nier un dépôt : qu'après cela ils avaient coutume de se séparer, et ensuite de se rassembler pour manger en commun des mets innocents ; qu'ils avaient cessé de le faire depuis mon édit, par lequel, selon vos ordres, j'avais défendu toutes sortes d'assemblées.
    Cela m'a fait juger d'autant plus nécessaire d'arracher la vérité par la force des tourments à deux filles esclaves qu'ils disaient être dans le ministère de leur culte ; mais je n'y ai découvert qu'une mauvaise superstition portée à l'excès ; et, par cette raison, j'ai tout suspendu pour vous demander vos ordres.” 
    (Livre X, lettres 97 et 98 sur les chrétiens)

    Cette lettre d'un gouverneur (propréteur) provincial à son empereur est extrêmement instructive concernant ce que le nom de chrétien pouvait faire peser comme risque sur ceux qui étaient dénoncés comme tels ou qui le revendiquaient.
    On voit bien dans l'exposé que fait Pline de son attitude à l'empereur qu'il n'y a pas chez lui de haine particulière et qu'il cherche à avoir un réponse équilibrée aux cas qui lui sont soumis :
    - Ceux qui nient avoir été chrétiens
            ou qui renient cette appartenance sont exempts de peine.    
    - Ceux qui persistent sont menacés du supplice,
            et ceux qui s'entêtent y sont envoyés.
            Ceci, bien que Pline reconnaissent lui-même
            qu'on ne peut leur imputer aucun crime
            si ce n'est d'adorer le Christ,
            et donc de revendiquer ce nom de chrétien
            sur la base duquel ils ont été dénoncés.

    Rappelons pour conclure ce que l'auteur de la 1ère épître de Pierre écrit aux chrétiens qui sont dans cette situation :
    Si vous êtes insultés pour le nom du Christ, heureux êtes-vous,
    car l'Esprit glorieux, l'Esprit de Dieu, repose sur vous !
    Si vous souffrez comme chrétien, n'en ayez pas honte.
    (d'après 1Pierre 4,14-16)
    Le nom de chrétien est donc lié à une référence personnelle au Christ assumée jusqu'au bout. Il n'est pas là question de doctrine ou d'institution, ni d'Eglise particulière.
    Il est question d'une cohérence personnelle vis-à-vis de cette référence au Christ.
       Dans ce sens, le christianisme se définit par son centre, le Christ, et non par ses frontières. Des frontières qui définiraient "dedans et un dehors" de façon dogmatique ou institutionnelle.
        Ainsi, le mot "chrétien" qui est à l'origine un nom donné par la société romaine païenne aux disciples du Christ, ce nom est un nom qui appelle celui qui s'en réclame à une cohérence qui engage sa vie face aux pouvoirs du monde
    .
       Dans ce sens, le mot "chrétien" a encore toute sa pertinence aujourd'hui !
    Patrice ROLIN

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    L'article qui précède est le texte de l'émission
    “Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
    du samedi 1er octobre 2011.

    Pour écouter cette émission
    cliquez ci-dessous

    podcast

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    En lien avec cet article, lire :

    Quel messie était Jésus ?

    EKCHEUÔ, verser, répandre

  • Le Christ "d'après nature"

    REMBRANDT et la figure du Christ

    ou des têtes de Christ d’après nature

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    Le Louvre donne à voir (jusqu'au 18 juillet 2011) un ensemble de tableaux, gravures et dessins de Rembrandt (1606-1669) - et des élèves de son école - qui va bien au-delà du plaisir de contempler un sommet de l’art pictural. Cette contemplation nous fait partager la conception très moderne de Rembrandt à propos de son personnage de prédilection : Jésus et le Christ. Rembrandt exprime dans son œuvre une théologie en rupture avec l’académisme conventionnel  des représentations habituelles du Christ, de la Vierge et des multiples histoires de la Bible.

    Ses tableaux et dessins sont les vecteurs de sa foi et il nous aide à exprimer et “visualiser” en quelque sorte notre propre foi. À regarder ses œuvres, il apparaît que pour Rembrandt l’immanence n’est pas au ciel, ni en gloire perpétuelle, mais ici-bas, dans les visages et les attitudes des humains présents dans son entourage à Amsterdam. C’est du moins ce que j’ai fortement ressenti en visitant cette exposition et en lisant l’excellent catalogue de l’exposition.

    Que ce soit Jésus rencontrant les pèlerins d’Emmaüs en chemin ou au cours du repas, Jésus chez Marthe et Marie, ou l’incrédulité de Thomas, les visages et les attitudes des personnages sont empreints d’une humanité transcendée par l’incroyable pensée de Jésus.

    Au sommet de l’exposition on peut admirer des “têtes du Christ, d’après nature”. «Comment est-il possible de peindre un portrait du Christ d’après nature ?» se demandait un marchand en 1834 lorsque fut publié pour la première fois l’inventaire dressé presque deux siècles plus tôt qui avait permis à Rembrandt d’éviter la faillite. Ces tableaux ont été peints à partir de modèles vivants dont il a scruté tous les recoins de l’âme. Les portraits expriment plus l’écoute et l’interrogation que la certitude, l’étonnement à la frontière de l’hébétude, la douceur de l’attention aux autres plutôt que la compassion, la présence réelle plutôt que l’inaccessible.

    Le fameux clair-obscur permet à Rembrandt, proche du milieu calviniste d’Amsterdam, de nous transmettre une puissante réflexion, inspirée par la Bible, pour aujourd’hui.

    Alain BRIGODIOT

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    En lien avec cette note,
    on pourra lire trois articles d'Henri Persoz :

    Jésus était-il Dieu ?

    Quel Messie était Jésus ?

    Qui es-tu Fils de l'homme ?

  • Quel messie était Jésus ?

    février2008.jpg

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    un Messie libérateur des occupations étrangères.
    Mais “le Christ” fut tout autre chose ...

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