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Théologies et résistances

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Décidément, la Bible ne nous épargne rien ! Le livre de Josué nous rend témoins de violences inouïes : massacres collectifs, spoliations, le tout au nom de Dieu et avec son aide ! Oui, la Bible ne nous épargne pas. Mais, après tout, pourquoi nous épargnerait-elle ?

Si vous êtes tentés de refermer ce livre, résistez ! Il se peut en effet qu’après la plongée dans l’horreur avec les chapitres consacrés à la conquête du pays (1-12), vous tombiez d’ennui à la lecture de la répartition des territoires (13-24). Il ne s’agit pas ici de justifier quoi que ce soit mais de comprendre, plutôt, de lire à bonne distance de façon à ne pas se laisser piéger par images ou désintérêt. Et résister nous réserve des surprises.

Des études historiques et littéraires éclairent le contexte dans lequel Josué a vu le jour. Au VII° siècle avant notre ère, le pays ploie sous la domination assyrienne. Les scribes de Jérusalem s’emparent de la propagande de l’occupant et la détournent en une contre-propagande. Cette première édition du livre dénonce les assyriens sous couvert des « cananéens », revendique la propriété des terres perdues et soutient la suprématie de Dieu sur le roi et les divinités assyriennes.

Or en procédant ainsi, les auteurs de Josué mettent en œuvre les mêmes logiques que celles de l’ennemi et font endosser à Dieu et à Josué les traits de celui-ci. Conscients de ces dérives, des rédacteurs ultérieurs apportent des correctifs majeurs. L’œuvre, de nature militaire, violente, se trouve désormais encadrée par des textes qui prônent la place centrale de la Torah. Josué, chef d’armée, est alors doté des traits caractéristiques d’un rabbin, et le peuple, guerrier, est placé devant cette même Loi. Le respect de celle-ci est présenté comme la condition pour posséder le pays. Autre ajout, subversif : le personnage de Rahab (« large », « ouvert ») puisque le peuple doit à cette femme, cananéenne, prostituée, qui confesse sa foi en Dieu, d’entrer dans le pays.

Ainsi, le livre de Josué (« Dieu sauve ») témoigne du travail de plusieurs générations de théologiens qui, en situations de crise, ont affronté cette question : qui nous sauvera de l’oppression ?

Sophie Schlumberger, animatrice biblique

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