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La résurrection : sa­voir, croyance ou con­fiance ?

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(Le souper à Emmaüs, REMBRANDT 1629)

La résurrec­tion du Christ est, avec sa cru­ci­fixion, au cœur de la foi chré­tienne. Dans des ré­cits sin­gu­liers, les évan­gé­lis­tes té­moi­gnent cha­cun à sa ma­nière de la dif­fi­cul­té d'en ren­dre comp­te. En ef­fet, le res­sus­ci­té ne sem­ble pas im­mé­dia­te­ment iden­ti­fia­ble au Jé­sus qui par­cou­rait la Pales­tine avec ses dis­ci­ples avant sa fin dra­ma­ti­que à Jé­ru­sa­lem. Pour­quoi ?

Exa­mi­nons les évan­gi­les dans l'or­dre de leur écri­ture...

Une prise de ren­dez-vous

Chez Marc (16,1-8), au ma­tin de Pâ­ques, les fem­mes ne trou­vent pas dans le tom­beau le corps qu'el­les étaient ve­nues em­bau­mer. Un jeune homme leur dé­clare que le Cru­ci­fié-Res­sus­ci­té les pré­cède en Ga­li­lée, et que c'est là qu'el­les et les dis­ci­ples le ren­con­tre­ront.

résurrection,ressuscité,pâques,il est vraiment ressuscité,christ,jésus-christ Voi­ci donc un res­sus­ci­té ab­sent, mais qui donne un ren­dez-vous aux siens. Les versets 9 à 20 qui sui­vent sont ma­ni­fes­te­ment des ajouts pos­té­rieurs s'ins­pi­rant des ré­cits d'ap­pa­ri­tion des trois au­tres évan­gi­les.  

 

 

 

 

 

(Les femmes
au tombeau
Harold COPPING 1927)  

 

 

Des ma­ni­fes­ta­tions di­vi­nes et des dou­tes

Mat­thieu (27,62 – 28,20), ac­cueille dans son ré­cit –pour la con­tes­ter– une po­lé­mi­que se­lon laquelle le corps de Jé­sus au­rait été en­le­vé par ses dis­ci­ples. Tou­jours est-il qu'ar­ri­vant au tombeau, les fem­mes as­sis­tent à un trem­ble­ment de terre alors que l'ange du Sei­gneur ap­pa­raît pour leur com­mu­ni­quer le même ren­dez-vous qu'en Marc. Mais en Mat­thieu, ce ren­dez-vous est ho­no­ré : sur une mon­ta­gne Jé­sus ap­pa­raît aux dis­ci­ples qui se pros­ter­nent à ses pieds. Ce­pen­dant, pré­cise l'évan­gé­liste, “quel­ques uns eu­rent des dou­tes”. Mal­heu­reu­sement, rien ne nous est dit sur la na­ture et l'ori­gine de ces dou­tes.

 

Un drôle de corps

En Luc (24), même scé­na­rio qu'en Marc, si ce n'est qu'il y a main­te­nant deux hom­mes en vê­te­ments éblouis­sants au tom­beau. Mais ils ne trans­met­tent pas de ren­dez-vous et se con­ten­tent de rap­peler les an­non­ces de la Pas­sion-Ré­sur­rec­tion. Mal­gré le té­moi­gnage des fem­mes, Pierre court vé­ri­fier et trouve le tom­beau vide. L'évan­gé­liste pour­suit en rap­por­tant que deux dis­ci­ples dés­es­pé­rés quit­tent Jé­ru­sa­lem ; ils font route avec un in­con­nu en qui ils ne recon­nais­sent pas ce­lui avec qui ils vien­nent pour­tant de pas­ser quel­ques an­nées bou­le­ver­san­tes ! Ce n'est que le soir, lors de la frac­tion du pain qu'ils le re­con­nai­tront... au mo­ment même où il dis­pa­raît.

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Le chemin d'Emmaüs, REMBRANDT (vers 1655)

De retour à Jé­ru­sa­lem, ils ap­pren­nent que le res­sus­ci­té est aus­si ap­pa­ru à Si­mon. Il ap­pa­raî­tra de nou­veau plus tard aux onze dis­ci­ples ré­unis. Mais alors, ils se­ront ef­frayés croyant voir un “esprit”. Ce­lui-ci en­tre­prend alors de leur prou­ver qu'il a bien un corps por­tant les stig­ma­tes de la cru­ci­fixion, un corps qu'ils peu­vent tou­cher. Ils res­tent ce­pen­dant in­cré­du­les, et il doit man­ger du pois­son grillé pour les con­vain­cre. Le Res­sus­ci­té a donc bien un corps “en chair et en os”... mais cela ne l'em­pê­che pas de s'éle­ver au ciel sous leurs yeux !

 

Un jar­di­nier-ser­ru­rier-pê­cheur

Jean (20 – 21) en­fin, ra­conte le cons­tat du tom­beau vide par Ma­rie-Ma­de­leine, seule, et la vé­ri­fi­ca­tion de ses di­res par Pierre et Jean. Puis Ma­rie re­tourne au tom­beau et s'y en­tre­tient avec deux an­ges, mais voi­là qu'un troi­sième per­son­nage lui ap­pa­raît. C'est Jé­sus, son maî­tre, son Sei­gneur, mais elle le prend pour un jar­di­nier ! Elle ne le re­con­naî­tra qu'à sa voix qui la nomme...

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Noli me tangere («Ne me touche pas !»), FRA ANGELICO

En­suite le res­sus­ci­té ap­pa­raît aux dis­ci­ples en­fer­més à dou­ble-tour dans une mai­son, d'abord sans Tho­mas, puis avec lui, l'in­cré­dule vou­lant voir et tou­cher, et en­fin au bord du lac (en Galilée…) où ils étaient re­tour­nés à leur pê­che­rie. 

 

Qua­tre ré­cits dif­fé­rents pour ra­con­ter l'in­con­ce­va­ble, mais cha­que fois un même sou­ci de té­moi­gner que le res­sus­ci­té n'est pas pu­re­ment et sim­ple­ment le Jé­sus d'avant, qu'il n'est pas un cada­vre re­vi­vi­fié. Les évan­gé­lis­tes n'ont pas cher­ché à nous ins­truire. Leurs té­moi­gna­ges ne se ré­dui­sent pas à des comp­tes ren­dus fac­tuels. Ils ren­voient au con­traire à l'évé­ne­ment cen­tral de leur foi : le Christ res­sus­ci­té est là dans une pré­sence au­tre, il ne s'agit pas de sa­voir ni de croyance, mais d'une ex­pé­rience qui en­gage la con­fiance.

Pa­trice ROLIN

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(l'article ci-dessus est paru dans Paroles Protestantes en avril 2014) 

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En lien avec cet article, lire :  

• Luc 24,13-35 : “Les pèlerins d'Emmaüs”

• Qui est le jumeau de Thomas ?

 

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