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Logos

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La signification première du mot grec logos est la parole, la conversation, le discours. Témoin de l’importance de la parole dans la Bible, le mot logos est utilisé 575 fois dans le Nouveau Testament ! Une deuxième signification, qui vient de la philosophie grecque, est la raison, le raisonnement, l’intelligence.

Un mot de la Bible, par Henri Persoz...

Nous avons de nombreuses traces, dans notre français d’aujourd’hui de cette racine logos et de ses dérivés (logikos : “qui sert à parler, à raisonner” ; logios : “celui qui est habile pour parler, pour raisonner”). Pensons au mot ‘logique’ qui est initialement la science du raisonnement, partie de la philosophie. Et au mot moderne ‘logiciel’ qui désigne toutes les procédures de raisonnement des ordinateurs, par opposition à toutes les questions de matériel. Et pensons à tous les mots qui se terminent par “–logie” : astrologie, graphologie, théologie, œnologie, méthodologie... L’astrologie est le discours sur les astres, mais aussi le raisonnement, comme la théologie est le discours et le raisonnement sur Dieu.  

Une parole agissante

Revenons à la Bible. Logos est évidemment et d’abord le correspondant du mot hébraïque DaBaR, ‘la parole’, que l’on trouve environ 8 000 fois dans la Bible. La découverte de Yahvé par les fils d’Israël est celle d’un Dieu qui parle, qui communique avec les hommes. Rappelons-nous Genèse 1,3 : “Et Dieu dit : « Que la lumière soit »”. Les prophètes, de leur côté, ne font qu’écouter ce Dieu qui parle. Esaïe 1,1 : “Écoutez, cieux ! Terre, prête l’oreille ! C’est le Seigneur qui parle”. La supériorité de Yahvé sur les autres dieux est qu’il se situe au niveau de la parole, de l’enseignement, de la Thora*. Et lorsque Calvin affirme que l’homme participe à la divinité, il s’appuie sur le fait que l’homme est aussi celui qui parle, qui raisonne. Le propre de Dieu, le propre de l’homme, créé à l’image de Dieu, c’est de pouvoir parler et  raisonner.

Mais DaBaR est une parole qui transforme, qui agit, qui intervient dans le monde. Dieu montre l’exemple puisqu’au commencement il crée l’ensemble du monde par sa parole (Genèse 1,1-26). Cette parole de Dieu est donc, dès l’origine, créatrice. Elle est le mode d’intervention de Dieu dans l’histoire. C’est pourquoi le prophète Esaïe précise : “Ainsi se comporte ma parole. Du moment qu’elle sort de ma bouche, elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plait.” (Esaïe 55,11).

Dans le Nouveau Testament, logos peut être la parole de Jésus, son enseignement, sa prédication. Et cette parole de Jésus est aussi efficace, elle devient action sur les hommes : « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » supplie le centurion devant Jésus dans l’évangile de Matthieu (8,8). Les compagnons d’Emmaüs qualifient Jésus de “prophète puissant en paroles et en actions” (Luc 24,19). Mais aussi la parole de Jésus, comme toute parole, participe à l’éternité. Comme le dit Jésus dans l’évangile de Marc (13,31) : « Mes paroles ne passeront pas ».

La parole est ce qui permet aux idées, à l’Esprit, au savoir, aux émotions, de traverser les espaces et les temps et de mettre tous les hommes en relation. En ce sens, elle a aussi une dimension divine. On comprend que l’expression Logos tou Théou, “Parole de Dieu”, soit si courante dans le Nouveau Testament. Souvent même, elle est simplement appelée “la Parole”, comme dans l'évangile de Luc (1,2) qui désigne les disciples par l’expression “serviteurs de la Parole”. En résumé, Dieu est fondamentalement Parole.

 

Une parole “sagesse de Dieu”

Quelques siècles avant Jésus-Christ, la philosophie platonicienne s’est ajoutée à la tradition biblique pour faire du Logos la pensée de Dieu qui façonne l’Univers et les hommes. Ce Logos devint une sorte de prolongement de Dieu sur la terre, un intermédiaire entre le Dieu inaccessible et les hommes, la face de Dieu tournée vers le monde. Dans les derniers livres de la Bible hébraïque, le Logos devient la Sagesse, la Sophia, image et figure de Dieu, qui imprègne les hommes et les aide à se rapprocher de lui. Et nous ne sommes pas loin de ce que, un peu plus tard, les Chrétiens appelleront le Saint Esprit.

Philon d’Alexandrie, penseur juif, contemporain de Jésus, était imprégné de culture grecque et a beaucoup développé cette idée du Logos, sagesse de Dieu qui pénètre l’humanité sous forme d’Esprit, d’ange, ou même de personne divine qu’il appelle “fils de Dieu”. Il a fortement imprégné certaines tendances du christianisme.

On voit cela dans le prologue de l’évangile de Jean : “Au commencement était le Logos. Et le Logos était auprès de Dieu, et le Logos était Dieu... ». Début d’un évangile qui reprend le début de la Genèse : “Au commencement était le ciel et la terre”. Nous voyons cependant une différence entre la pensée juive : au commencement était la matière, et la pensée johannique influencée par Platon : au commencement était l’Esprit. Le prologue est très dense et reprend assez bien la pensée de Philon : Au commencement était la parole, qui était Dieu, qui était une sagesse, qui était la lumière des hommes.

 

Une parole qui s’identifie au Christ

Ensuite, le prologue de l’évangile de Jean devient plus précis : “Le Logos s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire” (Jean 1,14). Le détail du texte précise assez clairement que le Logos est finalement le Christ. Le Logos rassemble dans la même idée la parole, Dieu lui-même, la sagesse, la raison, le façonnement du monde, la lumière, Jésus Christ et l’Esprit saint.

L’on dit souvent que le dogme de la Trinité n’est pas vraiment biblique. Mais s’il existe un texte néotestamentaire qui jette les bases de ce que deviendra plus tard la Trinité, c’est bien le prologue de Jean. N’oublions pas, à ce sujet, que ce prologue est considéré comme tardif et postérieur au corps de cet évangile, bien que situé en tête. Il pourrait dater du tournant entre les deux premiers siècles. C’est à cette époque en effet que l’idée d’un Jésus devenu Dieu commence à travailler certains penseurs de la communauté chrétienne. Le prologue de Jean en est une des premières traces.

C’est peut-être en raison de l’importance théologique du Logos que le protestantisme a toujours privilégié la parole par rapport à l’image, la prédication par rapport au rituel : Dieu étant Parole, c’est à travers la parole que l’on connaît Dieu.

Henri PERSOZ

 

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L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 5 novembre 2005.

>Lire Jean 1<

Pour écouter la lecture du chapitre de l'évangile de Jean évoqué
dans la traduction en français fondamental (Parole de Vie)
Cliquez ci-dessous
Chapitre 1 <

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Un ouvrage collectif grand public reprenant le mot traité dans cette note, et une vingtaine d'autres mots "passés" du grec dans la langue française est disponible au éditions Passiflores

Des mots de la Bible. Le grec que vous parlez sans le savoir.

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(chaque mot fait l'objet d'une enluminure par Marie-Hellen Geoffroy)

Editions Passiflores, octobre 2010 (143 pages ; 17 €uros)

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