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Dur dur d'être Pharaon !

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Témoin de la succession des plaies et autres catastrophes surnaturelles, Moïse s'interroge. Alors qu'il s'acharne à obtenir de Pharaon l'autorisation pour son peuple de quitter l'Égypte, il s'aperçoit que le dieu qui provoque de grands désastres dans le but de faire fléchir Pharaon, semble en même temps renforcer le cœur du roi et le pousser à rejeter la demande des Hébreux !
A quoi Dieu joue-t-il entre les chapitres 7 et 10 du livre de l'Exode ?

Au commencement, les choses étaient claires. Quand Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon, pour demander la possibilité de quitter l'Égypte pour trois jours de pèlerinage au désert, Pharaon refusa : il ne connaissait pas ce dieu qu'on honorait au désert (Exode 5,1-5). Pharaon raisonnait alors comme un entrepreneur rigide mais apparemment responsable avec qui on pouvait discuter. Pourquoi fallut-il qu'à partir d'Exode 7,3-4, l'Éternel décidât d'endurcir le cœur (c'est à dire la volonté) de Pharaon au point qu'il refuse systématiquement d'entendre la demande des Hébreux ? Du coup, chaque fois qu'une nouvelle plaie frappait son pays, le roi d'Égypte semblait céder… puis reprenait des forces et fermait la porte à tout espoir de libération de ses esclaves (Exode 7,13-14.22-23 ; 8,1.15.28 ; 9,7.35). 

Cardiosclérose

À partir d'Exode 10, l'endurcissement du cœur de Pharaon par l'Éternel paraît s'aggraver. “J'ai alourdi le cœur de Pharaon” affirme Dieu en Exode 10,1. Il “renforça le cœur de Pharaon” (Exode 10,20) et quand Exode 10,27 annonce une nouvelle fois : “l'Éternel renforça le cœur de Pharaon, il ne voulut pas les envoyer”, le lecteur peut se demander qui se cache derrière le “il” de la deuxième proposition. Qui ne veut pas envoyer les Hébreux ? Pharaon ou Dieu ? Pourquoi ce dernier, après avoir tant tardé à intervenir quand son peuple était maltraité, fait-il durer les choses en soufflant sur les flammes d'un conflit qui, plaie après plaie, a déjà fait tant de victimes au sein des populations humaines et animales ? À lire ces textes, on serait fondé de penser que le dieu de l'Ancien Testament se plaît à la violence et aime à maltraiter son ennemi.

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(Illustration tirée de la Bible de Nüremberg, 15ème s.)

Raconter la Pâque

Gardons-nous d'une lecture trop hâtive. Ces récits ne sont pas des reportages. Ils relèvent plutôt de la légende, de la saga et du conte, non pas au sens du récit inventé de toute pièce (il n'est pas exclu qu'ils aient un fondement historique) mais au sens du texte fondateur support d'un solide enseignement théologique. D'où la parole adressée par Dieu à Moïse : «c'est pour que tu racontes à ton fils et au fils de ton fils comment je me suis joué des Égyptiens, et quels signes j'ai fait apparaître chez eux. Ainsi vous saurez que je suis YHWH» (Exode 10,2). C'est pourquoi le personnage qui est à l'origine de tout le mal fait aux Hébreux, n'a pas de vrai nom : on ne l'appelle que “Pharaon”. Il est qu'un rôle dans l'histoire racontée, une poupée dans les mains du marionnettiste. Lorsqu'il paraît prendre une décision et barre le chemin des Hébreux, c'est encore le conteur qui le fait agir et parler dans l'unique but de montrer que sa résistance est vaine face à YHWH. Car ce dieu n'est pas seulement celui des Hébreux affrontant les divinités de l'Égypte. Il est le Seigneur de l'Univers dont Pharaon lui-même dépend. C'est Dieu qui donne à Pharaon la force nécessaire pour s'opposer à Dieu. Pour le conteur des récits de l'Exode, Dieu seul est maître de l'histoire.

Voilà ce qui se racontait à la table de Pâque. Dans le petit pays de Juda, comme dans toute la diaspora, depuis les maisons juives de la lointaine Babylonie jusqu'aux synagogues d'Alexandrie. En ces multiples lieux où, en temps ordinaire, on vivait dans la crainte des rois et de leurs valets, quand venait la nuit de Pâque, on se rappelait que lorsque Pharaon se dresse contre Dieu, c'est le signe que Dieu a décidé sa perte et que le libération du peuple des petits est proche. Dieu se joue des puissants non pour leur faire du mal, mais pour que les humbles et les opprimés se souviennent à nouveau qu'ils n'ont pas à craindre ces tyrans qui ne sont que des hommes.

Jean-Pierre STERNBERGER

 

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(Offenbacher Haggadah, 1927 ; Illustrations par Fritz Kredel) 

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(article paru dans Paroles Protestantes d'octobre 2012)

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