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Insulter le Saint-Esprit !

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(Christ aux outrages, Fra Angelico)

Tout, dit Marc, sera pardonné aux humains, péchés et blasphèmes, aussi nombreux soient-ils. Mais celui qui blasphème contre l’Esprit Saint, «est coupable d’un péché éternel» (3,29). On peut même “blasphémer”  contre le Fils de l’homme et être pardonné, mais pas contre l’Esprit Saint (Mathieu 12,31-32 et Luc 12,10).

 Un texte mystérieux

On a l’habitude de dire : « N’insultons pas l’avenir ». L’expression semble significative au regard du passage de Marc 3,28-30. C’est un texte obscur, étrange, surtout quand on considère l’amour divin infini et sans condition. Puisque “blasphémer” c’est, étymologiquement, proférer une parole nuisible, qui outrage la divinité ou ce qui est sacré, “insulter” exprimerait mieux  ce qui est en cause ici. Rendre “blasphémer” par “insulter”, n’est pas une simple manière de clarifier ce qui est dit, c’est tenter d'en restituer une portée plus grande.

En Marc 3,28-30, l'évangéliste ne traite pas d'un point de doctrine. Ce qu’on y lit est à situer dans son contexte immédiat : on voit Jésus chassant les démons avec autorité. C’est une activité spectaculaire. Les docteurs de la loi dénigrent Jésus et attribuent son succès à Belzébul, le prince des démons ! Jésus leur rétorque : « […] si donc Satan se dresse contre lui-même, il est divisé et il ne peut tenir : c’en est fini de lui » (versets 26-27).

 Une surprenante révélation

Cette réplique est imparable. Jésus se sert de l’outrage lancé par les  scribes pour montrer à la fois la nature véritable de ce qui se passe et son ampleur, mais aussi l’entêtement de ses détracteurs, désespérément attachés à eux-mêmes, à leurs préjugés et à leurs certitudes. La polémique devient, l’occasion d’une révélation inattendue : le Royaume de Dieu est déjà à l’œuvre. L’empire du malin sur les vies et sur le monde est vaincu. Mais que vient faire là l’Esprit Saint ?

Quelques siècles avant Jésus, le déclin du mouvement prophétique était interprété avec nostalgie comme l’extinction du Saint-Esprit (Psaume 74,9 ; Lamentations 2,9 ; I Maccabées 4,46…). On attendait avec fébrilité l’apparition d’un nouveau “prophète” qui serait le signe d’une nouvelle ère, marquée par la présence l’Esprit de Dieu. C’est dans cette atmosphère que Jean-Baptiste entre en scène. Il annonce le baptême de l’Esprit Saint (Marc 1,8 et //). Cet Esprit s’est posé sur Jésus lors de son baptême dans le Jourdain, à l’orée de son ministère. Les détracteurs de Jésus ne niaient aucunement ce qu’il réalisait. Mais en l’attribuant les délivrances et les guérisons au prince des démons, ils en dénaturaient et l’origine et le sens. C’est ce rejet assumé des “temps nouveaux” qui était pour Jésus un péché sans rémission. Le “blasphème contre le Saint-Esprit” se comprend mieux sous cet éclairage.

Refus de la “Nouveauté” de Dieu

Mais les scribes pouvaient-ils saisir la gravité de ce péché, aveuglés qu’ils étaient par leur propre classification des péchés ? En évitant l’impur et en pratiquant la Loi, leur bonne conscience ne se fondait en fait que sur un sens intériorisé du mérite. Ainsi, paradoxalement, la prolifération des péchés les conduisait à méconnaître le seul péché redoutable : le refus de la nouveauté, c’est-à-dire la déconsidération de la présence libératrice de l’Esprit de Dieu, enfin pleinement à l’œuvre parmi les hommes.

Se garder d’insulter l’avenir

La dénégation des légistes repose sur une autosuffisance implacable, qui n’attend pas grand-chose des autres et demande que, pour être reconnu, l’avenir reste la simple confirmation de ce que l’on connaît. Les temps n’ont pas changé. Jésus n’est que Belzébul ! “Blasphémer” peut ainsi s’interpréter d’une manière tout humaine : c’est l’affirmation protectrice de soi, qui enferme le présent dans un commerce narcissique, sans possibilité de l’inattendu, sans véritable espoir. “Déconsidérer” l’(A)autre est donc aussi “insulter l’avenir”. La reconnaissance de l’(A)autre est accueil de l’avenir. S’ouvrir à l’inconnu est un acte de confiance, qui admet que demain peut être porteur d’un bien inestimable pour lequel on peut rendre grâce. 

Philippe B. KABONGO-MBAYA

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(l'article ci-dessus est paru dans Paroles Protestantes de mai 2012 )

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BLASPHÊMEÔ, blasphèmer

 

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