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Sabotage de l'eucharistie dans l'Eglise !

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 « ... Car toutes les fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
c’est la mort du Seigneur que vous annoncez,
jusqu’à ce qu’il vienne. ...»

(1 Corinthiens 11,26)

Paroles bien connues...
On croit si bien les connaître qu’on oublie leur gravité dans le contexte où elles apparaissent (verset 17 à 22). En rappelant le dernier repas de Jésus avec ses disciples, Paul précise ce qui est en jeu quand, fraternellement, on mange ensemble dans l’Eglise. Sans cette précision, ces paroles viennent comme un “cheveu sur la soupe”. Car le problème soulevé était précisément celui de repas non-partagé et non celui de la cène. Ce passage montre que le repas fraternel n’est ni anodin ni mondain, mais qu'il est la mise en scène de l’Evangile, un théâtre de la grâce. Quiconque y participe devient, lui-même, une part de ce qui est arrivé, un morceau de ce qui est raconté. Une transsubstantiation subtile en quelque sorte. 

Une communauté sans “communion” !  

Dans cette épître, Paul reprend et exhorte les Corinthiens sur différents sujets. Les dissensions et les ambitions, les clans et les coteries, le sens de la croix du Christ, les conduites sexuelles, les enthousiasmes spirituels, les choses que l’on mange, la résurrection des morts, etc. : ces questions et d’autres encore ont retenu l’attention de l’apôtre depuis le premier chapitre de cette épître jusqu’au chap. 11.

Notre passage intègre un contexte immédiat particulièrement interpelant. L’auteur fustige comment les chrétiens mangent mal ensemble à Corinthe (versets 17 à 19). Or la communauté chrétienne de cette ville était composée  des personnes de conditions sociales très différentes, qui n’étaient ni en grande communion (versets 21 à 22), ni particulièrement solidaires. Cette situation, vécue au départ comme “naturelle”, s’était dégradée en une rumeur avant d’éclater en scandale.

Entre n’avoir rien et n'être personne…

A l’époque, le repas du Seigneur faisait partie intégrante des repas fraternels. Comme dans bien de cultures, le festif et le rituel étaient liés. Ici le mémorial de la Cène donnait sens à cette restauration communautaire, et fondait la convivialité. Ce n’était donc pas un simple dîner entre amis, mais une commensalité(1) devant Dieu. Paul s’en prit aux pratiques des Corinthiens car ceux qui avaient à boire et à manger ne se souciaient pas de ceux qui “n’avaient rien”.  Outre leurs provisions, les gens aisés semblaient disposer de plus de temps et de liberté que les petits travailleurs ou leurs domestiques ? Les retardataires, ceux que l’on “n’attendait” pas, c’était donc ces derniers. Comment rendre grâce pour un partage qui n’en était pas un, puisque tout se partageait “entre soi”, entre gens du même milieu social ? Entre n’avoir rien et être personne, il n’y a qu’un pas ! Les inégalités sociales finissent ainsi en logiques d’exclusion y compris dans l’Eglise ! 

Une bénédiction qui a mal tourné

Devant cela, Paul lâche des mots durs : mépris de l’Eglise, humiliation des pauvres, désinvolture spirituelle, irresponsabilité : tout y passe  avec en prime cette terrible imprécation du “jugement contre soi-même(versets 22 à 29) !  Cette commensalité dévoyée apparaît alors comme un sabotage pur et simple de l’eucharistie. Ne pas se soucier de la part de l’autre à ce qui symbolise la vie, c’est contribuer à son dépérissement. Ne pas se préoccuper de la “part manquante”  quand précisément on donne à voir l’Eglise, c’est mutiler le corps du Christ, parfois même en rendant grâces ! Telle la manne de la cupidité (Exode 16,20), toute bénédiction qui est gardée pour soi et “entre soi”  se corrompt. Tout bonheur non partagé se transforme souvent en fléau ! 

Manger ensemble devant Dieu est une grâce. C’est comme esquisser la cène et donc célébrer l’événement de la Croix. Celui-ci fait des chrétiens de toute condition, ceux d’hier et d’aujourd’hui, les convives d’une même alliance. Communier à cet événement, c’est-à-dire, y avoir sa part et en être ainsi partie prenante, c’est  symboliquement en être contemporain. Accueil, convivialité, partage, etc. : ce ne sont pas des beaux mots à répéter avec légèreté, mais des outils délicats du discernement du Christ vivant, de ce qu’il veut que nous montrions à tous jusqu’à ce qu’il vienne. 

Philippe B. KABONGO-MBAYA 

Note (1) : “commensalité”, du latin cum = ‘avec’ et mensa = ‘table’, la commensalité désigne donc le fait de faire ‘table commune’ avec quelqu'un, c'est-à-dire de manger ensemble.

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L'article qui précède est paru dans 
 Paroles Protestantes
du mois de février 2012.

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En lien avec cette note, lire :

EUCHARISTEÔ - EUCHARISTIA

• 1 Corinthiens 11,17-34, “Le repas du Seigneur”

• La manne, c'est quoi ?

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