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  • Des corbeaux arabes ?

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    ——Au tout début de son épopée, dans le premier livre des Rois Elie prophétise qu'il n'y aura plus ni pluie ni rosée (1Rois 17,1-7)(1). C'est une vraie malédiction que cette sécheresse, qui vient en quelque sorte punir les compromis et compromissions que Achab, le roi d'Israël, et sa femme Jézabel ont mis en place (1Rois 18,16-18). Le récit biblique suggère que Dieu sait que le roi, et surtout la reine, vont tout faire pour exterminer ce prophète qu'ils prennent sans doute pour un prophète de malheur, alors Dieu demande à Elie de se cacher près du torrent de Kérith.
    ——
    Il y fait alors une expérience qui n'est pas anodine, puisqu'il va y être nourri par des corbeaux, avec du pain et de la viande, en plus de l'eau du torrent. Un lieu désert, la précarité totale, un pain vital, de la viande.

    ——Tout lecteur de la Bible hébraïque fera la connexion avec le récit des Hébreux au désert nourris quotidiennement par la manne (Exode 16,1-18). Cette précarité est le signe d'une épreuve où l'on est formé à ne dépendre que de Dieu seul. C'est un temps, où au feu du creuset, se préparent l'or de la foi et les scories de l'orgueil ou de l'autosufisance. Elie a fait sa traversée du désert, après s'être confronté à un quasi-pharaon, qui, s'il n'est pas égyptien, n'attend pas de Dieu sa subsistance, son autorité, sa vie.

    La création se mobilise pour le prophète

    ——Elie nourri par les corbeaux, c'est aussi l'image de Dieu qui mobilise la création pour être au service de l'humain, qui donne des ordres afin que la seule créature qui peut être porteuse de la parole de Dieu ne meure pas, qu'elle soit honorée. Le corbeau est un animal impur pour le peuple d'Israël ; voici donc que des animaux impurs sont soumis à une tâche noble parce que Dieu l'a décidée. Certains commentateurs juifs vont même jusqu'à dire que si Dieu a permis au livre de la Genèse qu'un animal impur soit mentionné dans l'épisode de Noé et de son arche (Genèse 8,7), c'était simplement parce que, à l'avance, Dieu savait qu'il aurait besoin des corbeaux pour nourrir Elie...

    ——Elie découvre au torrent de Kérith une preuve que sa survie est un don de Dieu, et cela passe par des animaux, par la création qui, elle, contrairement au roi d'Israël, est soumise à Dieu. Une vraie expérience de déplacement de ses catégories mentales, de ses valeurs. Une vraie expérience de dépendance.

    Vous avez le droit de lire “corbeaux”

    ——Elie dépendant des animaux ; cette histoire a nourri notre imaginaire d'enfants. Et pourtant, il se peut que cette interprétation, même si elle est juste, ne soit pas la seule possible. En effet, en hébreu le mot “corbeaux”  se dit ’oReBîM. Or, à l'origine, et dans les plus anciens manuscrits biblique, en hébreu seules les consonnes étaient écrites. La vocalisation était introduite par le lecteur selon sa tradition de lecture. Et ce n'est que bien plus tard que furent introduits des points et des traits accompagnant les consonnes pour fixer la prononciation et faciliter la lecture. Or, pour les consonnes ’RBM, la tradition a pris l'habitude de lire ’oReBîM, “corbeaux”. Mais ce mot pourrait aussi se prononcer ’aRaBîM. Ce qui signifie... “les arabes”.
    ——Elie nourri par les arabes. «Tu boiras de l'eau du torrent. Et j'ai donné l'ordre aux Arabes de t'apporter à manger. Elie fit ce que le Seigneur lui dit. Il va s'installer près du torrent de Kérith, à l'est du Jourdain. Les Arabes lui apportent du pain et de la viande matin et soir, et Elie boit l'eau du torrent.»
    ——C'est encore plus crédible que l'histoire des corbeaux. Les Arabes étaient des tribus nomades, qui comme leur nom l'indique venaient de la terre sèche, du déserts au sud d'Israël, la Araba.

    ——Le plus grand prophète d'Israël nourri par les Arabes, on peut comprendre pourquoi la tradition de lecture orthodoxe du judaïsme (suivie en cela par la tradition de lecture chrétienne) a préféré lire “les corbeaux”... L'actualité de ce texte et sa pertinence, longtemps après Elie sont toujours aussi criantes que dérangeantes. Comme quoi il est juste que “changer un iota” du texte biblique peut avoir de sacrés enjeux.
    ——Qu'Elie soit nourri par une tribus d'étrangers est une nouvelle très importante afin de montrer que les étrangers sont aussi sous l'autorité du Seigneur à l'heure où le roi d'Israël se prostitue avec les dieux païens.


    ——Dans cette autre lecture possible, c'est une nouvelle dépendance qu'Elie va découvrir : la fidélité de Dieu passe par la confiance envers l'étranger, car l'étranger n'est pas nécessairement un dangereux idolâtre, et il peut être obéissant à la voix de Dieu.

    ——————————————————————Gilles BOUCOMONT

    —•o0o•—
    (l'article ci-dessus est paru dans Paroles Protestantes en décembre 2009)

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    (1) Lire le récit biblique auquel se réfère cette note :
     
    1 Rois 17,1-7

    1 Elie, le Tishbite, l'un des habitants de Galaad, dit à Achab :
    ——
    «Par la vie du SEIGNEUR,
    ——
    le Dieu d'Israël, au service duquel je me tiens,
    ——
    il n'y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole !»
    2 La parole du SEIGNEUR lui parvint :
    3«Repars d'ici vers l'est et cache-toi près de l'oued Kerith,
    ——
    qui est en face du Jourdain.
    4
    Tu boiras de l'eau de l'oued ;
    ——
    j'ai ordonné aux corbeaux
    ——
    de pourvoir à tous tes besoins là-bas.»
    5 Il partit et agit selon la parole du SEIGNEUR
    il alla s'installer près de l'oued Kerith,
    qui est en face du Jourdain.
    6 Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin,
    du pain et de la viande le soir, et il buvait à l'oued.
    7 Mais après quelque temps, l'oued fut à sec,
    car il n'y avait pas eu de pluie dans le pays. ...

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    (Champ de blé aux corbeaux, Vincent Van GOGH juillet 1890)

    —oOOOo—

    En lien avec cet article, lire :

    La MANNE, c'est quoi ?


  • Le Christ "d'après nature"

    REMBRANDT et la figure du Christ

    ou des têtes de Christ d’après nature

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    Le Louvre donne à voir (jusqu'au 18 juillet 2011) un ensemble de tableaux, gravures et dessins de Rembrandt (1606-1669) - et des élèves de son école - qui va bien au-delà du plaisir de contempler un sommet de l’art pictural. Cette contemplation nous fait partager la conception très moderne de Rembrandt à propos de son personnage de prédilection : Jésus et le Christ. Rembrandt exprime dans son œuvre une théologie en rupture avec l’académisme conventionnel  des représentations habituelles du Christ, de la Vierge et des multiples histoires de la Bible.

    Ses tableaux et dessins sont les vecteurs de sa foi et il nous aide à exprimer et “visualiser” en quelque sorte notre propre foi. À regarder ses œuvres, il apparaît que pour Rembrandt l’immanence n’est pas au ciel, ni en gloire perpétuelle, mais ici-bas, dans les visages et les attitudes des humains présents dans son entourage à Amsterdam. C’est du moins ce que j’ai fortement ressenti en visitant cette exposition et en lisant l’excellent catalogue de l’exposition.

    Que ce soit Jésus rencontrant les pèlerins d’Emmaüs en chemin ou au cours du repas, Jésus chez Marthe et Marie, ou l’incrédulité de Thomas, les visages et les attitudes des personnages sont empreints d’une humanité transcendée par l’incroyable pensée de Jésus.

    Au sommet de l’exposition on peut admirer des “têtes du Christ, d’après nature”. «Comment est-il possible de peindre un portrait du Christ d’après nature ?» se demandait un marchand en 1834 lorsque fut publié pour la première fois l’inventaire dressé presque deux siècles plus tôt qui avait permis à Rembrandt d’éviter la faillite. Ces tableaux ont été peints à partir de modèles vivants dont il a scruté tous les recoins de l’âme. Les portraits expriment plus l’écoute et l’interrogation que la certitude, l’étonnement à la frontière de l’hébétude, la douceur de l’attention aux autres plutôt que la compassion, la présence réelle plutôt que l’inaccessible.

    Le fameux clair-obscur permet à Rembrandt, proche du milieu calviniste d’Amsterdam, de nous transmettre une puissante réflexion, inspirée par la Bible, pour aujourd’hui.

    Alain BRIGODIOT

    —oOOOo—

    Pendant quelques jours encore,
    regarder une émission de Présence Protestante
    qui traite (entre autre) du sujet de cette note
    en cliquant ici.
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    En lien avec cette note,
    on pourra lire trois articles d'Henri Persoz :

    Jésus était-il Dieu ?

    Quel Messie était Jésus ?

    Qui es-tu Fils de l'homme ?