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POUS, le pied

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——Les lignes qui suivent évoquent le mot pous. Mais ce n’est pas le pouce de nos mains. Ce pous là est un mot grec qu’on pourrait transcrire dans notre alphabet latin avec les lettres p.o.u.s et ce mot désigne le pied.

Un mot de la Bible par
Dominique Hernandez...

——Tout en bas, à une extrémité du corps, nos pieds nous permettent de nous tenir debout et de marcher. La stature verticale et la marche sur les deux pieds sont des caractéristiques de l’espèce humaine ; les pieds sont des éléments très importants de notre corps, de notre humanité aussi et leurs fonctions particulières les investissent d’une dimension symbolique également très importante.

——Ces deux aspects fonctionnel et symbolique des pieds sont présents dans la Bible, et dans le Nouveau Testament où nous circulerons dans cette note.


Là où l’humain se tient

——Commençons par considérer le terme comme représentant le lieu où se tient l’humain. pous, c’est l’être qui se tient debout, en un lieu. C’est par la plante du pied que l’être humain est en contact avec le sol et c’est ainsi que pous désigne aussi le socle d’une existence. (Notons même que par l’intermédiaire du mot plante dans l’expression « plante du pied », nous touchons aussi à la notion d’enracinement d’une existence.) D’une autre manière, on pourrait dire que pous, le pied, c’est ce qui met l’humain en prise avec la terre, en prise avec une humanité modelée à partir de cette terre selon le récit du deuxième chapitre de la Genèse. C’est en sentant la terre sous ses pieds que l’humain reste en contact, reste conscient de sa nature de créature.

——Mais la capacité à se tenir seul et la mobilité sont des conditions naturelles d’épanouissement et de développement de l’humanité et d’un être humain dans cette humanité. Ceux qui ne peuvent se tenir sur leurs pieds, paralysés ou blessés, dépendent entièrement du bon vouloir de ceux qui les porteront et s’occuperont d’eux. Assis ou couchés, immobiles, ils peuvent facilement être rejetés à part, à l’écart, oubliés. C’est alors que le livre des Actes met en scène dans la ville de Lystre l’apôtre Paul, qui voyant un homme impotant (littéralement "impotant des pieds, et boîteux depuis depuis sein de sa mère"), l’interpelle ainsi : «Lève-toi, droit sur tes pieds !» (Actes 14,8-10). Ce lève-toi, qu’on pourrait aussi traduire par «sois ressuscité» parce qu’il s’agit du même verbe grec, résonne de la puissance et de l’oeuvre de l’Esprit de Dieu agissant à travers l’apôtre et restaurant un être perdu dans son humanité et dans l’humanité : le redressant sur ses pieds.

——Dans le registre de ces pieds qui désignent l’être, parlons des pieds nus. Nus, sans chaussures, sans sandales plus exactement, car il s’agit des pieds de Moïse rencontrant le Dieu d’Israël dans un buisson qui brûlait sans se consumer. Et la voix divine lui ordonne : «N’approche pas, et ôte tes sandales car le lieu où tu te tiens est saint.» Ce récit du troisième chapitre du livre de l’Exode est rappelé par Etienne dans le livre des Actes (chap. 7), dans le discours qu’il prononce après son arrestation. Il rappelle cet ordre du Seigneur à Moïse: «Enlève tes sandales car le lieu où tu te tiens est une terre sainte». Se présenter pieds nus devant Dieu est un signe de respect envers la divinité, un signe d’humilité de la part d’une créature face au Créateur. Mais se mettre pieds nus, c’est aussi assurer sa présence en un lieu par le contact direct du sol. Etre pied nu, c’est également s’approcher plus près de soi-même ; c’est abandonner ce qui exerce une pression ou une protection : un abandon qui permet d’être soi. C’est une expérience qu’on peut ressentir quand on enlève ses chaussures après une journée bien remplie : quelle détente, quel bien-être, quelle disponibilité nouvelle d’un coup ! A l’Horeb, pieds nus devant le buisson ardent, Moïse est là, vraiment là, prêt à entendre ce que va dire le Seigneur Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (lire ce texte).

Dscf0155.jpg ——Dans les premiers chapitres du livre des Actes se trouve à plusieurs reprises la mention des pieds des apôtres. Ainsi s’exprime une qualité d’être particulière. Car c’est là, aux pieds des apôtres, que les croyants de la communauté de Jérusalem viennent déposer le produit de la vente de leurs biens, afin que cet argent soit réparti à chacun selon ses besoins. Ainsi fait Joseph surnommé Barnabas, qui ayant vendu un champ, apporte l’argent obtenu aux pieds des apôtres. Le chapitre 4 se termine par cet exemple de communion de cœur et d’esprit que Luc, l’auteur du livre des Actes, décrit comme étant à la fois une manifestation de l’action du Saint Esprit dans la communauté et un témoignage de cette communauté vers l’extérieur (lire ce texte). Mais le chapitre suivant met en scène sans transition l’exemple inverse avec le couple formé par Ananias et Saphira qui ayant eux aussi vendu un bien, en gardent secrètement pour eux une partie et déposent le reste aux pieds des apôtres. Confondus par Pierre l’un après l’autre Ananias puis Saphira tombent morts là où leur mensonge est dévoilé : aux pieds de Pierre (lire ce texte). De ce drame tragique, retenons aujourd’hui que les pieds des apôtres tiennent lieu de point de manifestation de la communion avec les plus pauvres de la communauté, un point de redistribution de tout ce qui est mis en commun. La faute du couple, qui est d’avoir rompu la communion d’esprit et de vie de la communauté, trouve sa conséquence en ce même lieu qui symbolise l’unité.

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(Ananias mort aux pieds de Pierre, Masaccio)

——Ainsi, disant l’être, les pieds expriment aussi des modes de relation. Cette symbolique des pieds est traduite par des formules populaire: par exemple « ne pas mettre les pieds quelque part » ou encore « voter avec ses pieds ». « Fouler aux pieds » quelque chose est un geste de mépris : l’expression est employée dans le Nouveau Testament, dans l’évangile de Matthieu pour le sel qui ne sale plus, le sel qui a perdu sa saveur. Le sel de la terre que sont les croyants est appelé à veiller sur sa qualité, sans quoi, inutile, il ne vaut pas plus et n’est pas mieux traité que la poussière (Matthieu 5,13). Toucher quelqu’un du pied n’est pas un geste positif : méfiance, mépris, humiliation, haine ou violence sont ainsi manifestés.
——Dans une perspective voisine, secouer la poussière de ses pieds en quittant une maison ou une ville, témoigne du refus de garder quoi que ce soit de son passage : pas de souvenir, pas de regrets, pas de relation mais rupture : on quitte sans rien on passe ailleurs. C’est ce que les disciples de Jésus, chapitre 10 de l’évangile de Matthieu, sont conviés à faire dans les lieux où on ne les recevra pas.

Aux pieds de Jésus...

 ——Une autre manière d’exprimer une relation est de s’asseoir au pied de quelqu’un. C’est manifester une volonté d’écoute, jusqu’à l’obéissance (ce que le grec fait particulièrement bien comprendre, le verbe obéir étant construit à partir du verbe écouter). Telle est la position de tout disciple écoutant son maître. Nous en trouvons une belle image dans l’évangile de Luc au chapitre 10, où Marie la sœur de Marthe s’assied aux pieds de Jésus pour écouter son enseignement, sans plus s’occuper d’aider sa sœur très affairée par la préparation du repas. Assise auprès du maître : c’est la meilleure place ; c’est la meilleure part dira Jésus à Marthe qui se plaint de l’inactivité de Marie, c’est la meilleure part que cette écoute attentive du Seigneur qui est là.

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(Christ chez Marthe et Marie, Engebrechtsz)

——Après la position de l’écoute, voici le geste de la prière, supplication quand par exemple Jaïrus tombe aux pied de Jésus pour le prier de venir guérir sa petite fille qui est mourante. Jaïrus, chef de la synagogue, reconnaît par ce mouvement à la fois son impuissance et la puissance de celui qui est plus grand que lui. La même impérieuse raison, la maladie de son enfant jette aux pieds de Jésus une femme syro-phénicienne, qui se tourne vers celui qui guérit a-t-elle entendu dire. Elle l’étrangère, la païenne est portée par une telle détermination qu’elle n’hésitera pas, déjà toute courbée dans la poussière, à se comparer à un petit chien afin que Jésus accepte de guérir son enfant.
——Et les femmes au matin de Pâques, selon l’évangile de Matthieu, saisissent les pieds du Ressuscité lorsqu’il leur apparaît, en se prosternant devant lui, geste de joie autant que de crainte devant ce Vivant qu’elles ont vu mourir sur une croix deux jours plus tôt.

——Dans l’évangile de Luc, une femme vient interrompre le repas auquel Jésus a été convié par le pharisien Simon. Elle pleure tant que les pieds de Jésus sont trempés de ses larmes. Alors elle les essuie avec ses cheveux avant de les embrasser et de les oindre de parfum. Larmes, chevelure, parfum, tous ces éléments d’intimité déposés aux pieds de Jésus dans un élan ou se mêlent amour, reconnaissance, supplication, et offrande tissent la trame d’un bouleversement qui vient saisir non seulement les témoins de la scène, mais chaque lecteur du récit qui voudrait devenir peintre, poète ou musicien pour exprimer le sentiment de l’essentiel qui est là, dans cet être entièrement rassemblé, délivré, abandonné aux pieds de Jésus qui lui seul peut donner, délivrer une parole de vie, de paix, de salut.

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(Repas chez Simon le pharisien, Rubens)

——Aux pieds de Jésus, on vient chercher et recevoir le salut, le pardon, la paix, dans cette confiance parfois brute qui est toujours le cœur de la foi. Au plus près de cette terre que Dieu est venu rejoindre en Jésus de Nazareth, là où il se tient sur la terre, lui le Seigneur et Sauveur, au lieu même de cette présence, de cette proximité inouïe, la confiance se glisse, se pose, se verse, se crie. Ce n’est pas le moindre des paradoxes des pieds que d’assurer d’une part la stabilité, la solidité du corps humain et d’autre part, de susciter un bouleversement, un trouble par l’intensité des relations qui se révèlent par leur intermédiaire.

——Ainsi, pour finir ce parcours, ce geste de Jésus vers les pieds de ses disciples. Cette fois,  c’est lui, le Seigneur qui se baisse, se courbe, lave et essuie les pieds de ceux qui le suivent souvent en tâtonnant, en trébuchant, en hésitant. C’est devant ces pieds-là que le Seigneur s’incline pour les rafraîchir, les délasser, en prendre soin : c’est tout cela laver les pieds de quelqu’un. C’est aussi l’honorer. Cette fois, c’est Jésus qui honore, c’est lui, qui dans le même geste où il assure un geste de service, parce qu’il est toujours le Seigneur, élève ses disciples. Ils ne sont plus serviteurs. Ils sont amis, plus que serviteurs. Jésus prononce ces mots un peu plus tard, mais en lavant les pieds de ses disciples il instaure bien entre eux et lui, parce qu’il est le Seigneur, une communion dont la notion sera plus amplement déployée dans le discours suivant : il les invite à entrer dans la communion existant déjà entre le Père et le Fils. Geste de l’amour extrême dit l’évangile de Jean, que Pierre ne comprend pas, et dont les disciples des siècles suivants seront eux aussi bien embarrassés. Car « faites-vous de même les uns aux autres » avait dit Jésus.

Dominique HERNANDEZ

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L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 8 janvier 2011.

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