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Jésus avant JC ?

——La Bible de Pommersfelden (11e s.) illustre le récit de Genèse 2 en figurant un personnage représenté comme l’était Jésus-Christ tirant par le poignet une femme (Ève) issue du côté d’un homme endormi. Comment en est-on venu à imaginer ainsi le Créateur sous des traits attribués généralement à l’homme de Nazareth ?

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(miniature vers 1450) >>pour d'autres images cliquer ici<<

 ——À la différence des dieux grecs immortels mais non éternels, le Dieu de la Bible fut perçu comme n’ayant ni début ni fin : Il était déjà là au commencement (Genèse 1,1). En traduisant en Exode 3,14 les quatre lettres de Son Nom hébreu par le participe présent grec ôn, “l’Étant”, “Celui qui est” (voir Apocalypse 4,8), on a ouvert la porte à toutes sortes d’interprétations philosophiques comme celles de Philon d’Alexandrie, contemporain de Jésus. À côté de nombreux textes du Nouveau Testament qui présentent Jésus comme un homme choisi par Dieu, adopté par Dieu ou encore devenu Dieu lui-même, quelques versets suggèrent que Jésus-Christ Fils de Dieu, ressuscité, partage l’éternité de son Père. Qui donc, pour les auteurs de ces textes, était Jésus avant sa naissance ? Cette conception christologique a pu être formulée à partir de quatre pistes de réflexions :

Il était “en forme de dieu

 ——On peut lire une expression ancienne de l’idée de la préexistence de Jésus-Christ dans l’hymne cité par Paul dans sa lettre aux Philippiens :
——Christ Jésus qui, à l’origine avait une forme de dieu,
——n’a pas songé à s’emparer de son égalité avec Dieu
——mais s’est vidé lui-même,
——prit une forme d’esclave
——et devint semblable aux humains.”
 
 ————————————————————(Philipiens 2,6-7)
——
Il semble pourtant que ce poème renvoie moins à une chronologie de l’incarnation humaine (“de dieu, il est devenu homme”) qu’à l’idée que renonçant à la dignité humaine et donc divine, car tout être humain est créé à l’image de Dieu, le Christ Jésus accepte le rôle de serviteur que Dieu selon Esaïe 49,3 propose à Israël.

Il était “Sagesse de Dieu”

 —— On s’attachera alors au thème de la Sagesse. Déjà présentée dans le livre biblique des Proverbes comme une personne (1,20 ; 9,1s), la Sagesse était reconnue comme un acteur de la création (8,30 et suivant). Pour Jésus, selon l'évangéliste Luc, c’est elle qui envoie les prophètes (Luc 11,49). Or, quand Paul écrit que Christ a été fait sagesse (1 Corinthiens 1,30), cela revient à déclarer “en  prêchant Christ, nous annonçons la Sagesse de Dieu” ; il emploie ici le même verbe qu’en Colossiens 4,3 où il est question de l’annonce “du mystère du Christ”. Mais c’est surtout la lettre aux Hébreux qui développe ce thème en célébrant le Fils par qui Dieu a fait le monde (Hébreux 1,2 et verset 10 et suivants).

Il est “venu” de Dieu

 ——La notion de préexistence du Christ se traduit aussi par la métaphore du voyage. Ainsi en 1 Timothée 1,15 : “Jésus-Christ est venu dans le monde”. Ce thème est surtout attesté dans la littérature johannique : évangile de Jean 1,9 ; 3,16 ; 9,39 ; 12,46-47… En Jean 17,3, Christ est celui que Dieu a envoyé dans le monde. Au verset 24 du même chapitre, Dieu choisit le Christ “avant la fondation du monde” (voir 1 Pierre 1,20).

Il était “la Parole de Dieu”

 —— Enfin, toujours dans la littérature johannique, se déploie la conception du Christ comme la Parole de Dieu qui était au commencement. Pour cela, c'est un terme cher à Philon d’Alexandrie qui est employé : le logos, à la fois  Parole et agent de Dieu célébré en Jean 1,1.14 (voir aussi Apocalypse 19,13).

——Or les textes qui viennent d'être évoqués ont en commun d’être tous peu ou prou insérés dans des contextes liturgiques. Il ne s’agit donc pas de spéculation  sur la nature du Christ, mais de célébration du salut en Jésus-Christ. La portée de l’oeuvre du Fils est étendue au monde qui précéda l’existence de Jésus de Nazareth. C’est pourquoi, dire le Christ avant Jésus, c’est encore et déjà dire le Christ pour tous.

Jean-Pierre Sternberger

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(l'article ci-dessus est paru dans Paroles Protestantes)

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