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Qui es-tu, Fils de l’Homme ?

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(Le fils de l'homme, René Magritte 1964)

——Le large emploie du mot “Fils de l’Homme” dans la Bible ne contribue pas à lui donner un sens précis. Jésus l’aurait beaucoup utilisé, mais dans des contextes variables qui souvent le désignent lui-même. Sans doute n’a-t-il pas voulu se laisser enfermer dans quelques mots, aussi beaux soient-ils.

Un mystère

——Cette expression biblique “Fils de l’Homme” se retrouve plus de 70 fois dans les évangiles. Et c’est exclusivement Jésus qui l’emploie, en ne s’identifiant jamais formellement à ce Fils et en usant toujours de la troisième personne du singulier. Par exemple Marc 9,31 « Le Fils de l’Homme va être livré aux mains des hommes » (lire ce verset sans son contexte). Il s’agit évidemment de l’homme au sens du genre humain. Calvin avait d'ailleurs fait remarquer que ce titre soulignait bien l’humanité de Jésus.

De la terre au ciel

——Le Fils de l’Homme est aussi une expression du Premier Testament, employée plus de 140 fois. Il est donc naturel d’y aller voir quelle peut être sa signification. On trouve le Fils de l’Homme (Ben Adam) dans huit livres différents, mais particulièrement dans les Psaumes, et dans les livres d’Ézéchiel et de Daniel. Dans ces deux premiers livres, l’expression signifie clairement “homme”. Ainsi, en Ézéchiel 2,1, la vision dit au prophète « Fils de l’homme, tiens-toi debout, car je vais te parler ». Elle insiste sur le contraste entre la grandeur du Seigneur et le petit Ézéchiel tombé par terre.

——Par contre, dans le Livre de Daniel, notablement plus tardif, le contexte messianique est nettement affirmé. Ainsi, en Daniel 7, “Quelqu’un de semblable à un Fils de l’Homme descend de la nuée des cieux… Tous les peuples le serviront… Sa domination ne passera point et son règne ne sera jamais détruit”.

——Aux racines de la culture hébraïque, la compréhension de l'expression “Fils de l’Homme” va donc du pauvre humain rivé à la terre, au glorieux personnage descendu du ciel pour régner à jamais sur les nations. L’expression “ils de” est en fait un sémitisme qui désigne une appartenance : fils d’Israël, fils de la maison, fils des ténèbres…

En passant par Jésus lui-même

——Les sens s’élargissent plutôt avec le Nouveau Testament. Ce sont surtout les évangiles qui utilisent ce titre. Nous nous trouvons devant la palette de significations possibles suivante :

L’homme en général :

——« Le Fils de l’Homme est aussi maître même du sabbat »
————————————————————————(Marc 2, 28)

——Il peut s’agir ici de Jésus, mais il peut s’agir de l’homme en général.

Jésus vivant sur la terre :

——« Le Fils de l’Homme est venu, il mange, il boit… »
————————————————————————(Matthieu 11,12)

Jésus souffrant :

——« Il commença à leur enseigner qu’il fallait
——que le Fils de l’Homme souffrit beaucoup
——qu’il soit mis à mort
——
et que trois jours après il ressuscite »—— (Marc 8,31)

——Mais on comprend bien que ce langage a pris forme
——après les événements de Pâques.

Le juge de la fin des temps :

——- Parfois, le juge n’est pas explicitement Jésus, il peut être un autre :

——« Ils verront le Fils de l’Homme venir…
——dans la plénitude de la puissance et de la gloire »

——————————————————————(lire Marc 13,26)

——- Parfois au contraire, l’identification à Jésus ressort bien du texte :

——« Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes,
——le Fils de l’Homme se déclarera pour lui
——devant les anges de Dieu »
——(Luc 12,8)

——Nous nous trouvons donc devant une expression aux significations assez larges. Jésus l’aurait-il aimé en raison de son ambigüité ? Le mythe de l’Homme qui jugera et dominera le monde à la fin des temps (Mattieu 24,15-44) peut être compris comme faisant allusion à l’humanité en général. Ou bien comme représentant le peuple de Dieu, ainsi que peut le signifier le Livre de Daniel. Ou bien comme étant figurée, récapitulée, par ce Jésus qui a rejoint, dans ses souffrances, le plus profond de l’Homme. Le Fils de l’Homme ne désignerait-il pas l’homme dans sa plénitude divine ? L’utopie de l’homme que Jésus assumerait ? Si, les évangiles, et peut-être Jésus lui-même, ont voulu laisser subsister un mystère, nous le laisserons aussi.

Henri PERSOZ

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(l'article ci-dessus est paru dans La Voix Protestante en juin-juillet-août 2008)

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Quel Messie était Jésus ?

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