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Ève, la moitié d’un humain

On a vu dans la note  "A l'aide !" que les traductions de Genèse 2 n’ont pas toujours su rendre l’idée biblique qui fait de la femme l’indispensable secours de l’homme, quasiment son salut (Genèse 2,18)...

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... Poursuivant la lecture nous en arrivons quelques lignes plus loin, dans le chapitre deux de la Genèse, à un épisode où l’énigme le dispute au folklore : l’apparition de la femme tirée de l’homme. Il se pourrait bien qu’ici encore et depuis très longtemps, puisque le phénomène date au moins de la traduction de la Septante(1), nous soyons en présence d’une formidable mécompréhension...

Adam n’a plus la côte !

On se souvient de l’histoire : l’humain (en hébreu : ’aDaM) que d’aucuns confondent avec l’homme mâle (même si ce n’est pas le même mot en hébreu) se trouve bien seul. Devant sa détresse, l’Éternel Dieu le plonge dans un profond sommeil, et, selon la version la plus courante, prélève sur son corps anesthésié un os surnuméraire : une côte. À partir d’elle, Dieu construit un clone qui n’en est pas un puisque présentant des caractères sexuels différents. Ève (le clone) est une femme quand Adam (l’original) est un homme. Cette histoire laisserait entendre que l’homme mâle était premier, que la femme a été créée pour lui faire plaisir et qu’il est bien le centre du monde. Cette version des origines a toujours rencontré de chauds partisans.

Avec l’accent...

Le problème dans cette lecture traditionnelle, c’est que le mot hébreu traduit en français dans nos Bibles par “côte” n’a jamais cette signification dans la Bible hébraïque. Partout ailleurs ce mot signifie non pas “côte” mais “côté” (Exode 25,12 ; 26,20 ; 1 Rois 6,5…) si bien que le récit de Genèse 2 constituerait une exception. Il se pourrait bien que les traducteurs aient été induits en erreur par l’expression “os de mes os” (Genèse 2, 23) qui signifierait qu’à la vue de sa future, le très perspicace monsieur Adam reconnaîtrait une partie solide de son individu. Mais en hébreu, la métaphore de l’os sert aussi à dire l’identité : en Genèse 7,13, pour signifier que tout se passe le “même jour”, le texte hébreu dirait alors littéralement “dans l’os de ce jour” ! On pourrait aussi rapprocher le passage de Genèse 2 de celui de Genèse 29,14 où, sans qu’il y soit question de greffe osseuse, Laban salue son neveu Jacob par ces mots : « tu es mon os et ma chair » ! De fait, le mot hébreu que nous lisons en Genèse 2 a peu de chances de désigner un os. Il vaudrait mieux le traduire comme partout ailleurs par “côté”.

Chacun de son côté pour mieux se retrouver

La présence d’un accent aigu sur un ‘e’ vient changer bien des choses. Si, en Genèse 2, on adopte la traduction la plus logique en utilisant comme ailleurs le mot “côté”, voilà ce que (re)devient ce récit des origines : Dieu “prit un de ses côtés [un des côtés de l’humain] et referma la chair à sa place. L’Éternel Dieu forma une femme du côté qu’il avait pris de l’humain et il l’amena à l’humain”.

Cette traduction pose encore quelques problèmes. La désignation de l’homme mâle comme “l’humain” pourrait laisser entendre que la femme ne le serait pas. Mais le texte ne dit pas cela puisqu’il fait des femmes l’autre partie de l’humanité. L’homme n’est ici que ce qui reste d’un humain originel qui aurait été à la fois homme et femme avant que ces deux côtés ne soient séparés. De là naissent sa nostalgie comme son désir de retrouver et de serrer contre lui cette part de lui-même : “l’homme quittera donc père et mère pour se souder (c’est le sens du verbe hébreu) à sa femme et, pendant un instant, ne plus former avec elle qu’une seule chair”.

Si la femme est un homme comme les autres, l’homme avec une cicatrice à la place du nombril n’est pas forcément le nombril du monde.

Jean-Pierre STERNBERGER

Note :
(1) A partir du 3ème siècle av. J.C. l'expansion de la langue grecque rendit nécessaire la traduction de la Bible Hébraïque en grec pour des juifs de la diaspora (en particulier à Alexandrie) qui pratiquaient plus facilement le grec que l'hébreu. C'est cette traduction que l'on nomme aussi la Bible Grecque ou encore la Septante.

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(l'article ci-dessus est paru dans La Voix Protestante en mai 2009)

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En lien avec cet article,
on pourra lire le texte du second récit de la création :
Genèse 2–3

Les notes :
Eve
"A l'aide !"
Et la note bibliographique  :
Vives femmes de la Bible
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(Adam et Eve, Gustav KLIMT,1917-18)

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