01 mars 2009

Pousser, croître ...

—————————Deux mots de la Bible : fuô et fuomai
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——Quand le futur s'enlise, il peut être intéressant de retrouver les racines de notre mot “futur”.

Deux mots de la Bible——
par Jean-Pierre STERNBERGER ...


Une grande famille ...

——Formé sur la racine indo-européenne bhu le verbe fuô, “faire pousser”, “faire naître”, “produire”», “naître” (intransitif), “être né, être naturellement” (aoriste) est le chef de file d'une famille extrêment diversifiée dans le grec ancien.
——Citons au hasard les noms fua, “croissance” puis “stature, prestance” (Homère) “nature, forme, caractère” (Platon) et dans les papyri : “récolte”, dont prosfues que l'on trouve en Daniel 7,20, à propos d'une corne qui pousse sur la tête de la bête apocalyptique ...

——Signalons surtout l'adjectif futos, “formé par la nature, naturel, fertile” et plus de 60 dérivés dont emfutos utilisé en Jacques 1,21 à propos de la parole “plantée en vous”, et neofutos, “nouvellement implanté, jeune plan” qui apparaît en Job 14,9 : parlant d'un arbre Job dit que, près des eaux, “il produit des branches comme un jeune plan”.

——Au psaume 127 (hébreu 128), verset 3, les jeunes plans sont des rejetons humains : “tes fils sont comme des jeunes plans d'olivier autour de ta table(voir aussi psaume 143-144,12). Le prophète Esaïe proclame :
la vigne du Seigneur Sabaôt, c'est la maison d'Israël
et les gens de Juda sont des jeunes plans bien aimés

———————————(Esaïe 5,7 repris en Odes de Salomon 10,7)
——Quant au sens de “néophyte”, “converti”, il ne se trouve que dans le Nouveau Testament dans le seul texte de 1 Timothée 3,6.

——Dans la même famille on trouve aussi fusikos , “produit par la nature” qui a donné notre physique dont on ne sait plus qu'elle est reliée à la nature. C'est pourtant ce sens qui nous permet de comprendre pourquoi on parle parle d'éducation physique quand il s'agit des corps et du physique de telle ou telle personne : mais en français moderne, parler du physique d'une personne, c'est évoquer son corps sans référence aucune à la physique des corps !

——Le sens premier de tous ces mots est lié aux l'idée de planter et de pousser naturellement.
——En français, nous retrouvons des traces de cette racine grecque dans deux types de mots :
les mots savants qui s'écrivent en “ph-” avec tout ce qui tourne autour de la physique (y compris la metaphysique et la pataphysique !) mais aussi des composés en phyto comme phytosanitaire qui reprend l'idée de naturel.

——On trouve aussi des mots qui s'écrivent avec un “f” et qui en général sont passés par le latin. C'est le cas du nom "fut” qui désigna d'abord une pousse, un bâton (du latin fustis) avant d'être un synonyme de tonneau (invention et mot gaulois : tonna). D'où aussi la “futaie”, la “futaille” et tous les termes qui en dérivent comme “affutter”, “affût” ... mais aussi “fustiger” qui signifiait “donner des coups de bâton” et “futé” car celui qui a reçu des coups de bâtons devient plus malin. Enfin comme pousser c'est devenir, on recourt à cette famille de mot pour inventer des formes verbales exprimant l'idée d'être, en latin tout d'abord et donc en français avec le passé simple “je fus, tu fus, il fut .. ” et pour nommer le temps de ce qui pousse et qui adviendra : le “futur”.

——Et cette grande famille de mots grecs se retrouve dans les pages de la Bible.

Dans la Bible ...

——Premier marin, Noé, passe aussi pour le premier viticulteur et la première victime de l'abus d'alcool :
Noé fut le premier humain cultivateur de la terre,
et il planta une vigne. 

———————————————————(Genèse 9,20)
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——Plus tard, le nomade Abraham se fit paysan, avec peut-être l'espoir que son travail, son labour et son labeur profitera à ses descendants :
Abraam planta une pièce de terre au Puits-du-Serment,
et là il invoqua le nom du Seigneur, Dieu éternel.

———————————————————(Genèse 21,33)
——A cette époque-là, même les voisins de Loth, les habitants peu recommandables de Sodome, prenaient le temps de planter (Luc 17, 28).

——Le roi de Jérusalem connu sous le nom de l'Ecclésiaste se vante lui aussi d'avoir beaucoup planté de jardins (en grecs des "paradis”) (Ecclésiaste 2,4-5). Le même constate toutefois qu'il y a un temps pour planter et un temps pour arracher (Ecclésiaste 3,2).

——Mais rien n'est pire pour la Bible que de planter et de ne pas manger les fruits de son labeur. C'est une malédiction (Deutéronome 28, 30.39). Aussi, en cas de guerre, celui qui vient de planter est-il exempté du combat au même titre que celui qui vient de construire une maison ou encore celui qui vient de se fiancer (Deutéronome 20,5-7). A contrario, quand le prophète Jérémie écrit aux exilés de Babylone :
"Construisez-vous des maisons,
plantez des jardins et mangez en les fruits

———————————————————(Jérémie 29,5.28)
——Il signifie d'une part que l'exil sera long mais aussi que l'on peut, en exil, construire une part de bonheur.

——Quand se profilent à l'horizon les catastrophes de la défaite et de l'exil, les prophètes ne manquent pas de réaffirmer la promesse de Dieu : on plantera des vignes et on en mangera les fruits (2 Rois 19,29 ; Esaïe 37,30 ; 65,22 ; Jérémie 31,5 ; 32,41; Ezéchiel 28,26 ; 34,29 ; Amos 9,14). La promesse ne consiste pas seulement à manger les fruits mais à manger les fruits des vignes que l'on a plantées. Nous ne sommes pas dans une éloge de la seule consommation, mais aussi du bonheur des humains à gérer le vivant et à en recueillir les bénéfices. Comme le dit encore le proverbe :
Qui plante un figuier en mangera les fruits,
qui garde son maître en sera honoré.

———————————————————(Proverbes 27,18)
——Cette conception sera reprise par l'apôtre Paul en 1 Corinthiens 9,7 pour signifier qu'il serait en droit de demander aux Eglises une participation matérielle à son travail, même s'il préfère gagner sa vie par ses propres moyens.

——C'est qu'avec l'apôtre Paul, nous abordons un autre aspect des emplois bibliques des mots de la famille de fuô, "planter, pousser”. Paul se conçoit comme un agriculteur, mais d'un genre particulier : un jardinier qui fait pousser des Églises et sème des communautés chrétiennes :
J'ai planté, Apolos a arrosé mais c'est Dieu qui a fait croître.
Celui qui plante n'est donc rien ;
celui qui arrose n'est rien
mais celui qui compte c'est Dieu qui fait croître.

———————————————————(1 Corinthiens 3,6-7)
——Quand il s'exprime ainsi, Paul est tout à fait fidèle à l'enseignement de la Bible.

——Dans la Genèse, Dieu est le premier à planter : “ Le Seigneur Dieu planta un jardin [on retrouve ici le mot de “paradis” déjà rencontré dans l'Ecclésiaste] en Eden au levant et là il plaça l'homme qu'il avait façonné.(Voir Psaume 103/104,16).

——Dieu ne plante pas que des plantes, il plante aussi sur les têtes humaines des oreilles qui permettent d'entendre Sa parole : “celui qui a planté l'oreille n'entendrait-il pas ?(Psaume 93/94,9). Derrière l'action de planter se profile l'idée de la création. L'interdiction pour les Judéens de planter des arbres à côté des autels de YHWH correspond au souci de ne pas confondre le créateur et la créature (Deutéronome 16,21).

——Or l'action de planter si elle est analogue à celle de semer, comprend aussi la notion de soigner. Le semeur sème son grain à la volée et quitte le champ ; le planteur y revient sans cesse pour prendre soin de la plante. C'est pourquoi sans doute, l'action de Dieu envers Israël s'exprime plus au travers de l'image de la vigne que par celle du blé : “Je plantai un cep de choix [...] la maison d'Israël(Esaïe 5,2.7). D'où la prière du psalmiste :
purifie celle que ta main droite a plantée
———————————————————(Psaume 79/80,16)
——Quand le peuple rompt cette alliance, l'image de la plantation est renversée : dans un oracle adressé sans doute aux responsables d'Israël, le prophète Esaïe compare le peuple oublieux de son dieu à quelqu'un qui fait pousser une plante éphémère (littéralement en grec : infidèle) (Esaïe 17,10-11).

——A propos de théologiens choqués par son enseignement, Jésus déclare : 
« Tout plant que n'a pas planté mon Père céleste sera arraché »
———————————————(Matthieu15,13 voir Esaïe 40,24)
——Ce thème est repris et transformé par Jésus dans la parabole des vignerons (Marc 12,1 et parallèles) où la faute ne repose plus sur la vigne (= le peuple) qui porte de bons fruits mais sur les vignerons coupables de vouloir garder pour eux seuls les fruits de la vendange.

——Mais la promesse demeure d'un retour qui va toujours de pair avec celle de manger des fruits des arbres plantés "ils hériteront de la terre, et garderont les plantations(Esaïe 60, 21). “Je vous planterai dit Dieu sans jamais vous déraciner(Jérémie 42,10), et "on les appelleras génération de justice, plantation du Seigneur pour sa gloire.(Esaïe 61,3).

——Que dire de plus sinon d'exprimer l'espoir que notre futur verront s'accomplir ces promesses de justice et de paix.

Jean-Pierre STERNBERGER

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L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 28 février 2008.






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