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QADOSH, AGIOS, saint ...

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——L'idée exprimée par le mot hébreu QâDôSh, et les mots de la même famille, est l’une des notions théologiques clefs du Premier Testament. Il peut être traduit de différentes façons :
——saint, sacré, consacré, mis à part, (le) Saint, …

Avec le verbe QâDâSh qui lui est associé, le mot QâDôSh est employé 289 fois dans la Bible Hébraïque. Ce mot est particulièrement fréquent dans les textes en lien avec la tradition sacerdotale Exode, Lévitique, Esaïe, Ezéchiel, plusieurs Psaumes,
——Comme nom divin (Le Saint), on le retrouve particulièrement en Esaïe (31 fois sur les 55 occurrences bibliques).
——Hagios, sa traduction grecque, et les mots associés, sont aussi beaucoup employés dans le Nouveau Testament (247 fois). Mais le mot grec peut avoir des significations un peu différentes :
——- on le trouve 63 fois dans le Nouveau Testament désignant les chrétiens ;
——- et on le retrouve qualifiant l'Esprit de Dieu, “l'Esprit Saint” (92 fois dans le Nouveau Testament contre 5 dans la Bible Hébraïque).

Toute une section du livre du Lévitique expose les règles et les rites qui permettent de conserver ou de restaurer la sainteté du peuple, on appelle ces chapitres le Code de sainteté (Lévitique 17 à 26). Ils décrivent les comportements propres au peuple consacré au Dieu saint. Ces comportements trouvent leur fondement dans la personne de celui qui les propose : “(En effet) c'est moi le Seigneur (votre Dieu)” est une formule caractéristique du Code de sainteté. Elle se rencontre 46 fois dans le livre du Lévitique. Le chapitre 19 compte à lui seul 15 emplois de cette formule. Et l'exhortation “Soyez saints, car je suis saint” se rencontre en 19,2 ; 20,7.26 ; 21,8 etc.

Le terme de “saint” peut aussi qualifier Dieu, le peuple, ou même encore des objets :
——- Quand il qualifie Dieu, il le désigne dans ce qu'il est en tant que Dieu, et dans ce qu'il est dans sa relation avec les êtres humains et le monde, c'est-à-dire le Tout-Autre.
——- On dit d'une personne ou d'une chose qu'elle est sainte quand elle est mise à part pour le service de Dieu et satisfait aux exigences de pureté (souvent rituelle) liées à ce service.
——Les traductions françaises distinguent “saint” et “sacré”, mais il faut se rappeler qu'en hébreu c'est le même mot. Ce qui est saint, ou sacré inspire à la fois crainte, respect et bénédiction.

Consacrer quelqu'un ou quelque chose (Lévitique 19,8 et 24), c'est donc le rendre saint en le mettant à part pour Dieu. On comprend donc que dans la logique sacerdotale, tout ce qui touche au Temple, au culte et au prêtre doit être consacré, rendu saint… Quand il s'agit de personnes, certaines traductions emploient aussi le verbe “sanctifier”, mais “consacrer” et “sanctifier” traduisent le même verbe hébreu.
——A l'inverse, profaner quelque chose (Lévitique 19,8 et 12), c'est le contraire de consacrer, c'est le réduire au statut profane, à ce qui n'est pas saint, et donc mépriser ou violer sa relation particulière avec Dieu.

L'une des fonctions essentielles des règles de sainteté données par Dieu à Moïse (dans l'Exode et le Lévitique) est donc de distinguer entre le profane et le sacré, le pur et l'impur, bref, d'ordonner la création, de marquer la frontière entre l'intérieur et l'extérieur de la communauté, le même et le différent.
——Ce partage entre le pur et l'impur a une dimension symbolique très structurante. Les interdits, les tabous posés pour éviter toute proximité ou tout contact entre le pur et l'impur visent à preserver la création et la société d'un retour A l'indifférenciation du chaos primitif.
——Dans cette perspective, le mélange est par définition impur et la pureté est une des composantes essentielles de l'identité fantasmée de l'individu ou du groupe.

Dans le Nouveau Testament, les Evangiles utilisent très peu ce vocabulaire et cette notion de sainteté, sauf pour parler de “l'Esprit Saint”. Ailleurs, le mot hagios conserve l'idée de “mise à part pour Dieu”, mais il rompt avec l'idée de pureté ou de perfection. Ainsi pour Paul, tous les chrétiens sont consacrés, mis à part par l'appel de Dieu (Romains 1,7 ; …), et il les appelle donc tous ‘saints’ (2 Corinthiens 1,1 ; …), et cette consécration rejaillit sur leurs proches (1Corinthiens 7,14). Pourtant, Paul le sait : “il n'y a pas un juste, pas même un seul” (Romains 3,10). Quand l'apôtre parle des saint, il désigne donc les croyants.

——Malheureusement l'utilisation religieuse (catholique romaine) du mot saint pour désigner un chrétien dont la vie a été déclarée exemplaire (voire même parfaite dans l'esprit de certains) est passée dans le langage courant. Cette acception teintée de moralisme du mot "saint” est devenue commune. Elle signe un retour à l'idée de pureté avec laquelle le Nouveau Testament avait pourtant précisément rompue.

Patrice ROLIN


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