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15 mai 2008
GÊ, “La terre”
————Au commencement était CHAOS, puis vint GÊ ...
———————(La déesse Gê [ou Gaïa] et ses enfants)
——Ce commencement-là n’est pas celui de la Genèse, bien sûr, encore moins celui de l’évangile de Jean (1,1), mais c’est un raccourci très cavalier du début de la théogonie d’Hésiode (poête grec du 8ème siècle av. J.C.) relatant l’origine des dieux, les mythes concernant les dieux des grecs. GÊ, ou GAÏA, est une des divinités primordiales. C’est elle qui enfante les géants, les monstres marins, des Moires, le dieu Pan et bien d’autres divinités encore parmi lesquelles les Titans, dont le dernier, Cronos, sera le père de Zeus.
———————(Gaïa implorant Poséïdon d'épargner Polybes)
——GÊ est la terre-mère réunissant deux aspects :
————• une création harmonieuse ;
————• et en même temps la capacité à faire surgir le chaos.

——Ce commencement-là n’est pas celui de la Genèse, bien sûr, encore moins celui de l’évangile de Jean (1,1), mais c’est un raccourci très cavalier du début de la théogonie d’Hésiode (poête grec du 8ème siècle av. J.C.) relatant l’origine des dieux, les mythes concernant les dieux des grecs. GÊ, ou GAÏA, est une des divinités primordiales. C’est elle qui enfante les géants, les monstres marins, des Moires, le dieu Pan et bien d’autres divinités encore parmi lesquelles les Titans, dont le dernier, Cronos, sera le père de Zeus.

——GÊ est la terre-mère réunissant deux aspects :
————• une création harmonieuse ;
————• et en même temps la capacité à faire surgir le chaos.
Un mot de la Bible,
par Dominique Hernandez ...
• GÊ, en grec, dans la Bible, c’est la terre sous nos pieds, la terre en tant que lieu d’habitation de l’homme, la terre en distinction du ciel, mais créée comme lui par le même Dieu et réunie avec lui sous la même seigneurie. Terre et ciel, GÊ et OURANOS sont ainsi associés dès qu’il s’agit pour les auteurs du Nouveau Testament de rendre gloire ou grâce à Dieu, seul Dieu, Dieu unique. La terre seule, avec ce qu’on en connaît et la représentation qu’on s’en fait, la terre seule serait trop petite chose, aussi merveilleuse soit-elle, pour donner une mesure à la gloire divine !
——Comment y cantonner la puissance, la sagesse de Dieu ? Le ciel n’est pas de trop pour exprimer la révérence, la reconnaissance de ceux qui se confient en lui. Ce que l’on connaît comme ce que l’on ignore, tout est rassemblé et placé sous une seule origine, une seule volonté, une seule bonté.
•—Ainsi, l’auteur de l’épître aux Colossiens (1,15) chante dans un hymne magnifique à l’ampleur tout bonnement cosmique :
“Il (le Christ) est l’image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles, trônes et souverainetés, autorités et pouvoirs.”——Luc (10,21) et Matthieu (11,25), de leur côté, puisant à la même source, mettent dans la bouche de Jésus cette action de grâce :
“Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de les avoir révélées aux tout-petits !”——Et bien sûr, le grand visionnaire de l’Apocalypse (21,1), Jean de Patmos, livre à la fin de son écrit son ultime vision où s’affirme la grandeur souveraine de Dieu :
“Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle,——Là encore, nouveau ciel et nouvelle terre sont créations de Dieu, nés seulement de la volonté, parole et agir de Dieu, terre sans mer, sans peur, qui ne serait jamais plus théâtre d’un bouillonnement, d’une éruption du chaos.
car le premier ciel et la première terre ont disparu
et la mer n’est plus.”
• Dans la Septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament, c’est bien sûr de GÊ dont il est question au premier chapitre de la Genèse, terre informe et vide qui devient au fil des jours et de la Parole de Dieu le berceau béni de l’homme et de la femme. GÊ encore au chapitre 2, dans le deuxième récit de création : lorsque Dieu modèle l’humain, c’est à partir de GÊ. L’humain, l’adam, avant d’être singularisé en Adam, est tiré du sol, autre traduction de GÊ.
•—Sol est beaucoup moins employé que terre pour traduire GÊ, beaucoup, beaucoup moins.
Mais c’est un emploi très intéressant, d’autant plus quand il est associé à un événement d’un genre unique dans les évangiles : lorsque Jésus écrit sur le sol.
——Cela se passe dans l’évangile de Jean, chapitre 8. On amène à Jésus une femme accusée d’adultère, et une question, une question piège, une question mortelle, pour elle, pour lui : faut-il la lapider, comme la loi de Moïse le prescrit ? La question et le cercle des questionneurs le pressent, mais Jésus, assis par terre, écrit avec son doigt sur le sol. Ecriture éphémère sur le sol que le vent et le passage de la foule du Temple effacera de toute manière très vite ; écriture dans la poussière du sol, comme l’ombre portée en ce lieu et en ce jour du modelage de l’humain en Genèse 2, qui trace aux yeux des présents la réalité de leur finitude, de leur état de créature et inévitablement, de leur état de pécheur.
——Tous sont issus de cette poussière de GÊ, poussière du sol qui recouvre et découvre au gré du souffle du vent les creux et les pleins des vies humaines, sans exception. On ne tue pas son semblable en humanité, son semblable issu pareillement du même sol. Il ne se trouvera personne pour jeter la première pierre sur la femme…
•—La terre comme sol se retrouve dans le prénom “Georges” qui désigne celui qui travaille la terre, le cultivateur ou encore dans les “Géorgiques ”, long poème dédié à la culture, un des piliers de l’œuvre du poète latin Virgile. Et l’on découvre dans le Nouveau Testament un grand nombre de référence à GÊ comme sol cultivé, producteur avec le travail de l’homme de ce qui va nourrir les habitants. Les paraboles des graines en rendent compte, comme celle de l’évangile de Marc 4 :
«Il en est du Royaume de Dieu comme la semence qu’un homme jette en terre ; qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment.——Autre parole inspirée du monde agricole, celle de Jésus au chapitre 14 de l’évangile de Jean :
D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, on y met la faucille, car c’est le temps de la moisson.»
«En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ;
si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance.»
•—Voisine de sol, la compréhension de GÊ comme terre en opposition à la mer est installée dans l’évangile de Marc, au chapitre 4, lorsque Jésus, pour se faire entendre de la foule, prend place dans une barque, sur la mer, en face de la foule rassemblée sur le rivage, la terre ferme, GÊ. Et c’est justement pour dire une parabole de cultivateur, de semeur plus exactement, celle où le grain tombe d’abord sur le chemin, et les oiseaux le mangent ; ou encore dans un sol pierreux, sans suffisamment de bonne terre, et le manque de racines ne lui permet pas de supporter la chaleur du soleil ; ou encore le grain tombe dans les épineux qui l’étouffent ; mais aussi, enfin, du grain est semé dans la bonne terre et donne du fruit en abondance. Les auditeurs de la parabole se retrouvent-ils chacun dans cette terre variée, variable, où le pire côtoie le meilleur, cette terre humaine, cet humus de l’humanité ?
•—Cependant, on ne creuse pas que des sillons dans le sol, on y creuse également des fondations, fondations indispensables pour que la maison résiste au torrent d’une crue. Si la maison est juste posée sur le sol, sans fondation, elle s’écroule et il en est de même pour celui qui entend la Parole et ne la met pas en pratique ; c’est ainsi que se termine le discours de Jésus dans la plaine, au chapitre 7 de l’évangile de Luc.
D’une certaine manière, dire ‘sol’, c’est faire entendre ‘racine’ ou ‘fondation’, croissance ou édification, fructification ou durée peut-être même résistance …
•—Mais c’est donc dans la signification de la terre comme lieu d’habitation des humains que GÊ déploie toutes ses dimensions dans le Nouveau Testament. D’ailleurs, en parlant de dimensions, la science de la mesure et de la représentation de la terre, la géodésie, est très ancienne et sœur de l’astronomie. Dans les temps anciens où tous les domaines de pensées étaient reliés les uns aux autres, avec les mathématiques et la physique, géodésie et astronomie ont fait aussi avancer la philosophie.
—C’est à la géodésie qu’on doit la géométrie —et la géographie. Les plus anciennes
—représentations de la terre sont
—vraisemblablement celles d’un disque plat.
—Mais Pythagore, au 6ème siècle avant J.C.,
—soutint la certitude que la terre est
—sphérique et une mesure assez précise
—de sa circonférence fut calculée par
—Erathostène vers 200 av. J.C.
Les heurts de l’histoire mettront sous le boisseau, en Occident, les travaux des grecs pendant plusieurs siècles avant que la géodésie et sa fille la géographie ne reprennent leur essor à partir de la Renaissance.
• Mais GÊ, dans les textes du Nouveau Testament, ne participe pas vraiment à l’établissement d’une géographie physique. Sa mention associée à celle du ciel, participe d’abord d’une théologie, une confession du Dieu créateur et Seigneur, nous l’avons vu tout à l’heure avec diverses invocations, auxquelles on peut ajouter d’autres paroles telle celle, célèbre, de Jésus :
«le ciel et la terre passeront,——Et le lien entre les deux, entre terre et ciel se renforce encore avec toutes les évocations de GÊ, la terre, en tant que lieu où se révèle la divinité, son action et sa volonté. Par exemple, le chant des armées d’anges qui, lors du récit de la naissance de Jésus dans l’évangile de Luc clament :
mais mes paroles ne passeront pas.»
«Gloire à Dieu au plus haut des cieux——Un peu plus loin dans l’évangile, Jésus dit au paralysé, celui qu’on fait passer à travers le toit de la maison pour qu’il puisse approcher de Jésus :
et paix sur la terre aux hommes qu’il agrée ! »
«... afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre autorité pour pardonner les péchés, je te dis : lève-toi, prends ta civière et va ! »Dans l’évangile de Jean (17,4), Jésus, peu avant son arrestation, prie :
«Père, je t’ai glorifié sur la terre,——Et l’apôtre Paul de rappeler de son côté dans l’épître aux Romains (9,17) ce que Dieu dit à Pharaon par l’intermédiaire de Moïse :
j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire»
«Je t’ai suscité précisément pour montrer en toi ma puissance et pour que mon nom soit proclamé sur toute la terre.»
•—Le ciel vaut même comme élargissement de la vie sur la terre, ainsi, l’auteur de la lettre aux Ephésiens (3,15) écrit :
“c’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de qui toute famille tient son nom au ciel et sur la terre”Et Jésus de déclarer à Simon :
«Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux, tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux et ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux.»•—Le temps de la vie sur terre est ce sur quoi Jésus insiste particulièrement dans l’évangile de Matthieu depuis la forte exhortation du discours sur la montagne :
————————————————(Matthieu 16,19)
«Vous êtes le sel de la terre»... jusqu’à sa virulente apostrophe aux pharisiens et aux scribes (chapitre 23) au début de laquelle il s’exclame :
«N’appelez personne sur la terre votre Père ;
car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste.»
•—Enfin, on retrouve la proximité du ciel et de la terre dans une compréhension toute spirituelle, mais qui peut bien changer la face de la terre dans le regard qu’on porte sur elle et dans la manière dont on l’habite, même avec la conscience, comme l’exprime l’épître aux Hébreux, de se reconnaître “étrangers et voyageurs sur la terre” (Hébreux 11,13), ou en se sachant arrivé dans la terre promise, terre d’une promesse accomplie en Christ, ou dans la conviction que la terre où l’on se tient est une terre sainte car c’est là, sur cette terre, que l’être humain se tient en présence de son Dieu.
Dominique HERNANDEZ

L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 26 mai 2007.
09:35 Publié dans Miettes de CRAB | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




