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Apocryphes ou deutérocanoniques ?

Samedi 12 janvier 2008, 13h50. L'auditrice de Fréquence Protestante (100.7 FM) paraît inquiète au bout du fil : le pasteur qui s'exprime au micro est-il un vrai protestant ?
Il vient à l'instant de citer le livre des Maccabées !
——Les protestants ne lisent pas ces livres !
———Les protestants refusent d'inclure les “apocryphes
————dans leurs Ancien Testaments.
—————Ce sont les catholiques qui les ont repris
——————en les considérant comme “deutérocanoniques”.
———————Mais de quoi parle-t-elle ?
————————Quels sont ces textes ?
—————————Que signifient ces mots ?

Bibliothèque ...

Au début de notre ère, de nombreux auteurs témoignent de ce que le Judaïsme reconnaissait dans un ensemble de textes désignés comme “la Loi et les prophètes” une bibliothèque de référence. Mais nulle part on ne trouve alors de liste des livres qui pourraient constituer une Bible juive. Ces livres sont souvent cités et lus dans les synagogues.

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Mais il n'y a pas encore d'objet semblable à nos bibles, avec un grand nombre de pages reliées, pas de ces livres que l'on feuillette pour y trouver en un instant le verset que l'on cherche. La plupart des écrits n'existent encore que sous la forme de tablettes ou de rouleaux de papyrus voir de cuir. Une bibliothèque, c'est alors une armoire ou une caisse où sont rangés pèle-mêle des rouleaux.

Quand on recopiera tous ces rouleaux dans un seul gros livre (codex), il faudra non seulement choisir les écrits qu'on va retenir mais inventer l'ordre dans lequel ils vont se succéder au fil des pages.

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(Codex Sinaïticus datant du 4ème siècle ap.JC)


Or les événements historiques, notamment la destruction du temple de Jérusalem (en 70 ap. J.C.) et la polémique entre Juifs et Chrétiens vont précipiter la nécessité d'élaborer une liste, de choisir un type de texte, d'homogénéiser le lecture des textes que l'on va considérer comme saints.

Chacun sa liste ...

La première liste des livres de la Bible Hébraïque ( l'“Ancien Testament” des chrétiens) est dressée par un groupe de rabbins réunis dans la petite ville de Yabnéel (grec Yamnia), près de Jaffa, à la suite de la destruction du temple en 70 ap. J.C.. Le Talmud témoigne de leurs âpres discussions.
A la fin du 2ème siècle, Méliton, évêque de Sardes en Lydie, ramène de Palestine une liste des Écritures juives correspondant à celle des rabbins. Mais tous les chrétiens ne sont pas de son avis. Habitués à lire la traduction grecque des Septante, la plupart d'entre eux continuent de lire d'autres livres juifs : Judith, la Sagesse, Tobie, Baruch et deux livres des Maccabées.

Qui suivre ? Comme aucun concile œcuménique (= reconnu par toutes les Églises) n'a jamais pris position à ce propos, les Églises orthodoxes semblent ne pas avoir de ‘canon’ de l'Ancien Testament !
Luther dans sa Bible de 1534 inclut une traduction de ces livres qu'il nomme de manière inappropriée ‘apocryphes’, c'est-à-dire ‘cachés’. Il précise cependant dans son introduction qu' “on ne doit pas [les] tenir pour équivalents à l'Écriture Sainte”.
Les anciennes confessions de la Réforme suivront cette conception nuancée. Et jusqu'en 1825, date d'une décision des sociétés bibliques (sous la pression de la British Foreign Bible Society), les éditions protestantes de la Bible ont toujours proposé des traductions de ces livres mais en prenant soin de les distinguer de l'Écriture Sainte.

De son côté, c'est en 1546, au concile de Trente, que l'Église romaine décide que ces livres feraient partie de la Bible. On les qualifie alors de ‘deutérocanoniques’, c'est-à-dire relevant d'un deuxième ‘canon’, une deuxième règle qui aurait été adoptée par la communauté juive d'Alexandrie. Or une telle décision n'a jamais existé comme en témoignent les écrits du plus célèbre représentant de la communauté juive d'Alexandrie, le philosophe Philon.

Ainsi ces livres ne sont pas des apocryphes au sens où ils auraient été cachés au plus grand nombre, ou d'origine douteuse. Ils ne sont deutérocanoniques qu'au regard de la décision bien tardive de 1546. Ils restent selon le mot de Luther “utiles et bons à lire” y compris à l'antenne d'une ‘fréquence protestante’.

Jean-Pierrre STERNBERGER

(l'article ci-dessus est paru dans
La Voix Protestante
de février 2008)

 

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En complément de cet article, lire la note :
Un canon à géométrie variable

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