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Une bibliothèque à géométrie variable ...

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——La question du canon de l'Ancien Testament, c'est-à-dire la liste des livres reconnus comme faisant autorité, et de sa réception dans les diverses traditions chrétiennes est complexe.
——Les réponses apportées à cette question ont varié au cours des siècles (lire la note Apocryphes ou deutérocanoniques ?” par Jean-Pierre Sternberger), suivant les différentes confessions chrétiennes, à l'intérieur même de chaque tradition, y compris au sein de la tradition protestante.

Les livres improprement désignés comme ‘apocryphes par beaucoup de protestants, et appelés ainsi depuis Jérôme (3ème/4ème siècle ap. JC) correspondent à des livres en usage dans les communautés juives de culture grecque dans les deux ou trois siècles qui ont précédé l'ère chrétienne. Avec la traduction grecque des ouvrages de la Bible hébraïque, ces livres faisaient partie de la Bible grecque dite des ‘Septante’ (dont aucune liste officielle ne semble avoir jamais été fixée). Il semble de plus aujourd'hui que certains d'entre eux aient aussi eu un original hébreu.

La plupart des premiers chrétiens étaient juifs de culture grecque, et c'est cette Bible aux contours fluctuants, dont la liste des livres n'était pas close, qu'ils utilisaient : presque toutes les citations évangéliques de l'Ancien Testament sont faites à partir de la Septante, et non à partir de la Bible Hébraïque. Ce n'est qu'à la fin du premier siècle semble-t-il que le judaïsme palestinien a écarté certains livres qui étaient en usage chez les juifs hellénisés.

Jérôme (traducteur de la Bible en latin, au 3ème/4ème siècle) était pour l'exclusion de ces livres, alors qu'Augustin les déclaraient canoniques. Et, jusqu'à la Réforme la question n'a pas été tranchée, la pratique de l'Eglise était (en simplifiant) la suivante : ces livres étaient édités dans les Bibles, mais ils avaient de fait une autorité moindre.

Quand à la suite de certains théologiens des siècles précédents (dont Jérôme), les Réformateurs ont contesté l'autorité de ces livres(1), le Concile de Trente (en 1546) les a officialisés, en les nommant deutérocanoniques’, c'est-à-dire “du second canon (ce qui correspond mieux à leur nature que le terme polémique d'apocryphes(2)). Cependant les Réformateurs ne les avaient pas totalement exclus puisque la confession de La Rochelle (art.IV) distingue les livres canoniques “d'avec les autres livres ecclésiastiques sur lesquels, quoiqu'ils soient utiles, on ne peut fonder aucun article de foi” ; il s'agit des livres deutérocanoniques improprement appelés apocryphes.

C'est ainsi que jusqu'au début du 19ème siècle les Bibles protestantes comprenaient les livres deutérocanoniques, situant ces livres à la fin de l'Ancien ou du Nouveau Testament. La Bible d'Olivétan (1535), la Bible de Genève dite ‘à l'épée’(1540), la révision par Calvin de la précédente (1546), ... les rééditions de ces Bibles protestantes au 17ème comprendront les livres dits ‘apocryphes’, et au 18ème siècle la Bible Osterwald fera de même (seule une édition de la Bible de David Martin de 1724 fera exception en éditant pas les ‘apocryphes’).

Ce n'est qu'à partir du 19ème siècle que, sous la pression de la Société Biblique Britanique dirigée par des personnes influencées par la Confession de Westminster, la position protestante change, contre l'avis de la plupart des sociétés bibliques du continent. En 1834 un rapport de la Société Biblique Protestante de Paris affirme : “L'usage de nos églises est de se servir de Bibles avec les Apocryphes : nous devons le respecter”. Mais la pression financière de la Société Biblique Britannique (qui menace de supprimer les aides à la traduction et à la diffusion de la Bible dans le monde) a finalement raison des résistances continentales, et les sociétés bibliques n'éditent dès lors plus que des Bibles sans les livres apocryphes.

Pendant trois siècles, le protestantisme a donc édité ces livres dans ses Bibles. Les Eglises orthodoxes elles, n'ont pas tranché et éditent les ‘apocryphes’ dans leur Bible.
——L'histoire du canon de l'Ancien Testament est donc complexe, et les différentes positions adoptées ne sont pas exemptes de contradictions : ainsi, aujourd'hui, des traductions comme celle de Louis Segond (et ses révisions) s'en tiennent aux livres du canon juif, mais les présentent selon l'ordre de la Septante (repris par la Vulgate).
——La solution adoptée par la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) consiste à présenter le canon juif dans son ordre propre et, de façon séparée, les livres deutérocanoniques.

Aujourd'hui, le terme ‘apocryphes’ désigne parmi les chercheurs un ensemble beaucoup plus large de livres tardifs, souvent en lien avec les hérésies des premiers siècles, et dont l'appartenance au canon n'a jamais été envisagée. Il ne convient donc pas de l'employer pour les livres “du deuxième canon” ou “deutérocanoniques”.(3)

Patrice ROLIN

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Notes :
(1) Cette contestation des réformateurs ne tenait pas tant au contenu de ces livres qu'à l'usage que la théologie catholique médiévale en avait fait.
(2) Terme qui signifie “caché”, ou “d'origine douteuse”.
(3) Pour aller plus loin que ce tableau nécessairement schématique, consulter par exemple l'article “canon” du Dictionnaire Encyclopédique de la Bible (Editions Brepols ; p.228-229), et surtout le livre de Frédéric DELFORGE, La Bible en France", Société Biblique Française, 1991 (pages 69, 77-78, 114 184, 208-210 et 290 et suivantes).

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