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Les marches de la liberté

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Corina Combet-Galland, qui a animé en 2008 une session biblique de la CRAB sur la lettre de Paul aux Galates, a bien voulu nous confier le texte qui suit, qu'elle en soit remerciée. C'est une méditation sur Galates 5,1-14 qu'elle a partagée en d'autres lieux mais dont nous avons perçut les échos dans cette session. Pour ne pas perturber la lecture, l'écoute de cette méditation, nous avons placé les principales références bibliques évoquées après le texte.

Lire Galates 5,1-14

——Dans cette page d'écriture, par un vibrant appel à la liberté,
Paul enfante la fraternité. Pour que ses frères ne se laissent pas détourner du chemin, pour qu'ils ne tombent pas en route,
il trace les marches de la liberté.

——De plus précieux que la liberté, que pourrait-on désirer ?
Or la liberté fait peur aussi, si on veut bien y penser.
Comme un espace illimité, un pays sans contour,
un temps sans encoches, sans cicatrices de la vie.
Il y a manque des règles et des repères.

——Paul ici se dépense pour la liberté. Le prix vaut qu'il s'y jette de toute sa personne, y engage son témoignage, risque sa conviction, une folle confiance en un “vous” auquel il s'adresse avec feu, que pourtant il sent pris dans l'inextricable et qu'il remet à son Seigneur. Il ose faire référence au scandale de sa vie d'apôtre, qui renvoie au scandale de la croix : proclamation et persécution y sont à jamais inséparables depuis que Dieu, renonçant à sa séparation, a déposé sa souveraineté entre les mains d'un crucifié.

——Le chemin, en degrés, vers la liberté traverse des alternatives, gravit des paradoxes ; il vise une liberté qui ne se laissera pas reprendre, qui trouvera à s'exprimer en gestes : une liberté d'aimer.

Christ ou la Loi d'abord.

——Pour Paul l'un exclut l'autre. Bien sûr, l'homme a un besoin secret de se rassurer, un malin plaisir à prendre des précautions religieuses, à sa garantir d'observances légalistes qui, proliférant, finissent par lui éviter l'acte pur, dépouillé et radical, de la foi. Comme Marthe, qui s’épuise dans un service inépuisable. Mais Christ à libéré l'homme. Comme Marie, qui écoute sa parole dans une attention singulière. Et Paul y va d'un redoublement, il multiplie la liberté par elle-même, la met au carré, souligne ainsi sa valeur par excellence, à l'absolu : c'est pour la liberté qu'il nous a libérés. Comme s'il fallait que le Christ vienne par deux fois ouvrir le passage, qu'il tienne ouverte l'ouverture. Car son apôtre, pour avoir médité l'expérience d'Israël au désert, le sait : il n'y a pas de libération sans tentations, de la liberté elle-même on peut faire une idole et s'y asservir, y sacrifier autrui.

La chair ou l'Esprit ensuite.

——La chair —disons, l'amour qui tourne autour de soi-même— aurait-elle tant d'attrait qu'elle angoisse, qu'elle réclame une Loi pour protéger la liberté contre elle-même ? Mais Paul ne badine pas avec la Loi. Si on la prend pour maître, si on porte le signe identitaire de la circoncision, c'est toute la loi qu'on doit servir.
——Or nul ne peut servir deux maîtres. Sous l'impulsion du souffle nouveau que donne le Christ, Paul dénonce la Loi comme joug de servitude, il la voit comme rattrapée par l'ombre de l'Egypte et de sa servitude ; il est violent, il la dénonce, elle glisse du côté de la tyrannie. S'y plier impliquerait dès lors tomber de haut : rien moins que rompre avec le Christ, déchoir de la grâce. Or par grâce, l'homme précisément est libéré d'avoir à se libérer lui-même, par grâce il est justifié, c'est-à-dire simplement, magnifiquement, ajusté à son Dieu.

Qu'est-ce qui alors peut vaincre toute peur, sinon l'amour ?
——Un amour qui devance la Loi et la rende inutile, Paul court à l'essentiel, il court-circuite même le premier commandement, l'amour du Seigneur, et lit dans le second, l'amour du prochain, l'unique parole qui accomplit toute la Loi : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Parole en “tu”, elle est adressée comme une vocation personnelle et renvoie au Dieu qui parle. Elle est affirmation et non interdit. Elle appelle un futur plutôt qu'elle ne courbe sous un impératif. Elle ancre dans le réel car “comme toi-même” brise l'illusion de l'infini. Elle témoigne surtout du Dieu qui vit en nous, du souffle de l'Esprit qui nous élargit à la source, actualise la liberté en service, porte pour fruit la douceur, paisible et patiente, la joie, sereine et souveraine. Comment en effet aimer l'autre comme soi-même sinon en homme libre, devenu par l'Esprit “soi-même comme un autre” ?

——Alors porter les fardeaux d'autrui n'est plus une conduite à tenir, c'est simplement le signe d'une vie abandonnée à la conduite de l'Esprit. Porter ? le verbe grec, bastazô, si l'on en croit ses usages mémorisés par le dictionnaire, récapitule tout le mouvement de fraternité inspiré par cette page : mettre en mouvement ; lever, relever un homme tombé ; porter un fardeau sur ses épaules, ou quelque chose devant soi, dans ses mains ; presser dans sa main une main ; tenir embrassé ; emporter, supprimer ...

(Bénédiction)

——Que le Dieu qui nous a libérés pour la liberté nous conduise et nous garde.
——Qu'il porte lui-même dans notre nuit nos fardeaux,
nous décharge, nous relève, nous prenne par la main, nous tienne embrassés, emporte et supprime toute peine, tout mal.
————————————————Amen

Corina COMBET-GALAND

Références et notes (de la rédaction) :
• A propos de la thématique de la fraternité dans la lettre aux Galates, on notera que le mot “
frère” y apparaît 11 fois (1,2.11.19 ; 3,15 ; 4,12.28.31 ; 5,11.13 ; 6,1.18) ; c'est même le dernier mot de l'épître, avant le “Amen” qui la clôture solennellement.
• Sur le mot "liberté" en grec, lire la note ELEUTHERIA, Liberté.
• Sur le scandale de la croix, lire la note La parole de la croix, et la note Scandale, scandaliser.
• Concerant Marthe et Marie, voir Luc 10,38-42
• A propos de l'Exode, voir Exode 13 à 17
• “Nul ne peut servir deux maîtres ” (lire Matthieu 6,24)
• Sur le premier commandement : lire Lévitique 19,18 et Marc 12,28-34
• "Soi-même comme un autre" : allusion au titre d'un livre de Paul RICŒUR :
Soi-même comme un autre, Seuil 1996.

—oOOOo—
En lien avec cet article, lire :

• ELEUTHERIA, liberté par Patrice Rolin

En lien avec la lettre aux Galates, 
on lira aussi avec intérêt livre de François Vouga Moi, Paul !.

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