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Consulter les morts ?

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———(Saül cher la nécromancienne, Salvatore ROSA vers 1668)
——Voilà une question qui “sent le soufre“, une question qui semble plus relever de l’ésotérisme que de la Bible !
——Pourtant, ce sujet, la nécromancie, y est bien abordée …

Un seul récit de la Bible se rapporte de façon développée à la nécromancie, mais il y a aussi les interdictions, les condamnations ou les tentatives d’éradication dont cette pratique fait l'objet dans le Premier Testament (Lévitique 19,31 ; Deutéronome 18,9-12 ; 2 Rois 21,6 ; 23,24) ; d’autres passages comme Esaïe 8,19 semblent moins radicaux.

Un homme angoissé en quête de conseils

Rappelons-nous la dernière nuit du roi Saül (lire 1Samuel 28,3-25) avant la bataille qui l'emportera dans la mort, lui et ses fils. Malgré toutes ses tentatives d'interroger le Seigneur par des moyens licites, Saül n’a pas obtenu de réponse à ses appels inquiets. De plus, Samuel, son mentor, celui qui l'avait désigné comme roi sur Israël est mort depuis quelques temps.
Alors en désespoir de cause, pour connaître quel sera son sort, Saül décide d'enfreindre une interdiction dont le texte nous dit qu'il l'avait lui-même édictée : le roi va consulter une femme qui invoque l'esprit des morts ... et ça marche !
L'esprit de Samuel remonte, et c'est pour reprocher au roi Saül apeuré de l'avoir réveillé, ajoutant qu'il ne peut rien contre le fait que Dieu l'ait abandonné et que son sort soit arrêté.

Deux remarques à propos de cet étrange récit qui mériterait une étude approfondie (1) :
—— D'une part, la possibilité d'une telle pratique semble naturelle dans une culture où la permanence d'une présence des défunts apparaît comme une évidence. Il ne s'agit donc pas ici de la contestation de la réalité de la communication avec les disparus.
—— D'autre part, le récit présuppose que le destin de Saül “est écrit” quelque part. Ce qui explique qu'il essaie de s'en enquérir par tous les moyens possibles.

Méthodes licites ou illicites ...

Ce qui est étrange dans le récit biblique, c'est que des pratiques divinatoires soient admises pour entendre (ou rechercher) la volonté de Dieu : les rêves, le ourîm, et les prophètes.
Pourquoi autoriser certaines pratiques et en interdire d'autres ?
C'est que les pratiques autorisées ont en commun de laisser l'initiative à Dieu : les rêves arrivent ou n'arrivent pas ; du ourîm et du toumîm, nous ne savons presque rien, sans doute des objets de divination manipulés par le grand prêtre ; enfin, les prophètes, eux, dépendent de la révélation divine.

A l'inverse, la consultation de l'esprit des morts présente au moins quatre contradictions avec la foi d'Israël : tout d’abord, la méthode, outre qu'elle soit stigmatisée comme une pratique étrangère, contourne Dieu pour connaître ses desseins ; Dieu n'a donc pas la liberté de se prononcer ou non, il est littéralement manipulé par une technique qui l'évite ; ensuite, la consultation de l’esprit d’un défunt quasi divinisé fait concurrence au monothéisme naissant (l'évocation de l'esprit des morts étant surtout contestée à partir de la période exilique) ; enfin, pour affronter l'avenir, il vaut mieux se tourner vers le Dieu vivant que vers un mort.

Que faire d'un tel récit ?

Par certains côtés, notre monde semble très différent de celui du récit évoqué. Mais, nous le savons, des pratiques de ce type fascinent encore. Au-delà de la distance qui nous sépare de ce récit, pouvons-nous y entendre une parole pour aujourd'hui ?

En fin de compte, la question posée par ces textes n'est-elle pas celle de l'absence de confiance, du désir inquiet de connaître l'avenir, d’entendre ce qu’on a envie d’entendre, de maîtriser le temps, et finalement la volonté de manipuler Dieu ?
Dans ce sens, il est significatif que la femme consultée par Saül soit mentionnée comme “maîtresse (Baâlah = Baâl au féminin …) de l’esprit du mort”. Une démarche qui conduit d’une part à tenter de maîtriser ce qui appartient à Dieu seul, et d’autre part à soumettre son avenir au monde des morts plutôt qu’au Dieu vivant.

Patrice ROLIN

Note :
(1) Lire par exemple “La nuit chez la sorcière” dans le Cahier biblique n°38 de Foi et Vie XCVIII/4 sept. 1999.

(l'article ci-dessus est paru dans
La Voix Protestante de mars 2008)


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En lien avec cet article,
on pourra lire les notes suivantes :
Que deviennent les morts ? par Dominique Hernandez
HADÊS, séjour des morts par Dominique Hernandez

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