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Une diversité originelle, “la communauté de Jérusalem”

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(Carte de Jérusalem, mosaïque de Madaba-Jordanie)

Poursuivons la découverte des différents mouvements au sein du christianisme des premières décennies après Jésus :
A côté des missionnaires galiléens autour de Pierre, et des cercles de sagesse se radicalisant, les textes du Nouveau Testament nous permettent de connaître l'existence de deux autres groupes composant le christianisme des origines ...

Le livre des Actes des apôtres (lire Actes 6,1-14) nous les présentent explicitement comme deux groupes distincts et en conflit parmi les disciples : ils y sont nommés les hellénistes et les hébreux.
Contrairement aux précédents, ces mouvements ne se caractérisent ni par l'exaltation des temps de la fin, ni par une certaine marginalité. Ce sont des gens ‘raisonnables’ et ‘installés’. Ils vont entrer en débat sur la question de la tradition ...

•3• LA COMMUNAUTÉ DE JÉRUSALEM

• Cette communauté est composée de jérusalémites (ou de judéens), qui parlent l'araméen et lisent la Torah en hébreu ; d'où le noms d'Hébreux que leur donnent le livre des Actes ((lire 6,1). Ils reconnaissent en Jésus le Messie d'Israël, et sont aussi très attachés à leur identité juive et au Temple. Ils ont compris Jésus comme celui qui venait renouveler de l'intérieur le judaïsme (Matthieu 5,17-20). Jésus est pour eux le 'nouveau Moïse', l'interprète ultime de la Torah qu'il vient accomplir, le fondateur d'une sorte de “rabbinisme chrétien”.

• Les membres de cette communauté vont donc se tourner seulement vers le peuple d'Israël auquel ils appartiennent (Matthieu 10,5b-6) pour promouvoir un renouveau de la foi juive à partir des enseignement de Jésus, et en conservant ses marques identitaires essentielles : la circoncision et le sabbat (Actes15,1.5), certaines règles alimentaires (Actes 15,19-21). De fait, ces pratiques renvoient à l'ensemble des prescriptions de la loi de Moïse.

• La figure de proue, et le chef de cette communauté est Jacques(1), le frère du Seigneur (Galates 2,12 ; Marc 6,3 ; Actes 15,13). Il semble donc que ce mouvement ait conçut la succession de Jésus de façon 'dynastique', la famille, ici le frère du Seigneur, lui succédant. La tradition ultérieure atteste qu'un certain Syméon fils de Clopas, neveu du Seigneur, et donc parent de Jacques lui succéda à la tête de ce mouvement.
Il est en tout cas clair que la communauté de Jérusalem se comprend elle-même comme le centre du mouvement de Jésus, et qu'elle entend contrôler se qui se passe dans tous les champs de mission hors de Jérusalem (Actes 8,14 ; 11,22), ce qui ne va pas sans créer de conflits ! (Actes 15,1s ; 21,20-21 ; Galates 2,11s)

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(Jacques le Mineur, Georges de La Tour)


• L'évangile de Matthieu a reçu des traditions de cette communauté et s'adresse à des judéo-chrétiens ayant le même type de compréhension du christianisme. Mais quand il écrit (vers 80/85), la communauté de Jérusalem a été décimée par la tourmente de la 1ère guerre juive (67 à 70) et la destruction du temple en 70 par les Romains, et ses membres sont probablement en voie de marginalisation, des traditions évoquent un exil dans la région de Pella (à l'est, au-delà du Jourdain).

• Au 2ème siècle les Pères de l'Eglise connaissent encore de tels mouvements. Irénée de Lyon (v.130-v.202) signale qu' “ils rejettent l'apôtre Paul et l'appellent apostat par rapport à la Loi”.
Et jusqu'au 4ème/5ème siècle, on trouve des allusions à ces croyants qui, selon la description d'Epiphane de Salamine (v.315-403), “sont en désaccord avec les juifs par leur foi au Christ, tout en se distinguant des chrétiens par l'observance de la Loi de Moïse”.

Patrice ROLIN

Note :
(1) On trouve dans le Nouveau Testament au moins trois personnes différentes répondant au nom de Jacques, deux sont apôtres et le troisième est un des frères de Jésus (celui dont il est question ici) :
a. Jacques (“le Majeur”) : fils de Zébédée et frère de Jean (Marc 1,19), l'un des douze (Marc 3,17 ; 10,35-37 ; Actes 1,13), décapité par Hérode (Actes 12,2).
b. Jacques fils d'Alphée : l'un des douze aussi (Marc 3,18 ; Actes 1,13)
c. Jacques (“le Mineur”) : appelé “le frère du Seigneur”(Galates 1,19), et pour cause (Marc 6,3, 15,40 ; (Jean 19,25)), responsable de la communauté de Jérusalem (Actes 15,13 s.) dont “Jacques, Céphas et Jean considérés comme les colonnes …”(Galates 2,9) ; d'après Josèphe, il fut lapidé en 62 ou 66 ?

Lire la suite de cette série :
4. Les Hellénistes

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Pour en savoir plus sur ces mouvement et les premières décennies du christianisme naissant, parmi de nombreux ouvrages, lire :

• Pour une introduction simple et générale :
Le christianisme à l'école de la diversité,
histoire des premières générations
,
François VOUGA, aux éditions du Moulin 2005.


• Pour une introduction générale "grand public" :
Jésus après Jésus, l'origine du christianisme,
Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR, au Seuil 2004.


• Pour une introduction générale et approfondie :
Les premiers pas du christianisme,
les écrits, les acteurs, les débats
,
François VOUGA, chez Labor et Fides 1997.

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