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La cacherout

Peut-on manger de tous les aliments,
———————ou certains sont-ils impropres à la consommation ?
Cette question pourrait servir de leitmotiv à l'article qui suit.
Et pourtant, il ne sera question ni de diététique, ni de sécurité alimentaire, ni de lipides, ni d'OGM ! ...

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Pas de diététique ni d'OGM donc, nous évoquerons les règles religieuses concernant l'alimentation. Ces règles qui déclarent certains aliments consommables, et d'autres aliments interdits aux croyants. Et de fait beaucoup de religions ont élaborées de telles règles alimentaires ; parmi nous, pensons à la nourriture hallal dans l'islam, à la nourriture cacher dans le judaïsme, ou à certaines restrictions alimentaires autour du vendredi ou du Carême en milieu catholique romain.

• La note qui suit est plus précisément consacrée à la cacherout, un mot dans lequel on entend cet autre mot, un peu plus familier, le mot cacher. Cacher, c'est donc l'adjectif hébreu qui qualifie un aliment autorisé à la consommation dans la religion juive.
Et de fait, ce qu'on appelle la cacherout est l'ensemble des prescriptions et lois alimentaires du judaïsme. L'ensemble des prescriptions, c'est-à-dire non seulement les aliments permis et ceux qui sont interdits, mais aussi la façon de préparer et de servir ces aliments, ou encore la manière de nettoyer les ustensiles de cuisine ou de se laver les mains avant de manger.

• Ce mot, cacherout peut s'écrire de différentes façons : avec un "C" ou un "K", avec "ch" ou avec "sh", ce sont là diverses transcriptions latines du mot hébreu.
En hébreu, KaSheROuT signifie littéralement ‘aptitude’, ‘convenance’, ‘utilité’, et ce mot est donc formé sur la racine KaSheR qui signifie ‘être droit’, ‘être convenable’, une racine qui hérite en plus de l'akkadien, le sens de ‘réussir’, ‘prospérer’.
Bref, est déclaré “cacher”, ce qui est ‘convenable’,‘propre à être consommé’.

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Si ces mots, cacherout et cacher sont d'un usage courant dans le judaïsme rabbinique, celui qui s'est développé à partir du début de l'ère chrétienne, ces mots sont en revanche quasiment absents des textes de la Bible hébraïque :
- le mot KaSheROuT n'y apparaît tout simplement jamais ;
- et le mot KaSheR n'y est employé que 3 fois (Qohéleth 10,10 ;
11,6 ; Esther 8,5) dans des textes tardifs, dans le sens de
convenir’, mais sans rapport aucun avec l'alimentation.
Dès lors, pourquoi donc traiter de cette cacherout dans un cycle biblique ?

Les règles alimentaires dans la Bible

• Si le mot n'est pas dans la Bible Hébraïque, en revanche les prescriptions alimentaires y sont nombreuses, en particulier dans les livres de la Torah, les cinq premiers livres de la Bible : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, le livre des Nombres, et le Deutéronome.
Des passages qui durant des siècles ont fait l'objet de pratiques quotidiennes qui ont vraisemblablement évolué, et qui ont motivé les commentaires des rabbins pour adapter les principes anciens à des situations nouvelles. Ce sont ces commentaires dont l'ensemble constitue la cacherout.
Des règles qui, a plusieurs reprises dans les évangiles, amènent les pharisiens à entrer en conflit avec Jésus et ses disciples ; des règles enfin dont l'observance ou la non-observance sont âprement discutées durant les premières décennies du christianisme.

Examinons donc ce que disent les textes les plus significatifs sur ce sujet :
Tout d'abord, on remarquera que les fruits et légumes ne semblent pas concernés par ces réglementations. Il y a bien quelques restrictions portant sur les premiers fruits d'un arbre (durant trois ans ! ; Lévitique 19,23-25), ou encore la consécration à Dieu des prémices ; mais ces règles sont marginales et d'une autre nature que celles, très développées portant sur le sang et les viandes, ou sur les animaux purs et impurs.

• Le sang

• Commençons par un texte biblique essentiel concernant le sang. Tout le chapitre 17 du livre du Lévitique y est consacré ; lisons les versets 10 à 12 :

“... Si un Israélite ou un étranger vivant parmi les Israélites consomme du sang, sous quelque forme que ce soit, le Seigneur interviendra contre lui
et l'exclura du peuple d'Israël.
En effet, c'est dans le sang que réside la vie d'une créature.
Le Seigneur vous autorise à utiliser le sang sur l'autel pour obtenir le pardon en votre faveur ;
en effet le sang permet d'obtenir le pardon
parce qu'il est porteur de vie.
Voilà pourquoi le Seigneur a déclaré aux Israélites :
«Aucun d'entre vous et aucun étranger installé en Israël n'a le droit de consommer du sang.»

La consommation du sang est donc absolument interdite au motif que le sang représente la vie. Or il est impensable de mêler sa vie à celle d'un autre être vivant, c'est pourquoi toute chair doit soigneusement être vidée de son sang pour être consommée. Même dans le cas d'un abattage non rituel comme la chasse, le sang de l'animal doit être répandu au sol (Lévitique 17,13).

• Il est donc impensable de mêler, de mélanger sa vie à celle d'un autre vivant. Ne pas ‘mêler’, ne pas ‘mélanger’, nous avons là la thématique centrale de la plupart des interdictions alimentaire de la Bible Hébraïque, la thématique du pur et de l'impur :
———Est pur, ce qui est sans mélange,
—————est impur ce qui est mélangé
.


Les animaux impurs

• Le principe qui vient d'être énoncé est particulièrement net dans un autre texte fondamental du livre du Lévitique, au chapitre 11, un passage qui établi la liste des animaux dont la chair et autorisée à la consommation, et ceux dont la chair est interdite. Lisons quelques versets de ce chapitre 11(1-8) :

Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron de donner aux Israélites les enseignements suivants :
« Parmi tous les animaux qui vivent sur la terre,
vous pouvez manger ceux qui ont des sabots fendus et qui ruminent.
Mais ne mangez pas ceux qui ont seulement des sabots fendus ou ceux qui ruminent seulement.
Vous ne mangerez donc pas :
- Le chameau, qui rumine,
mais qui n'a pas de sabots.
——Pour vous, il est impur.
- Le daman, qui rumine, mais qui n'a pas de sabots.
——Pour vous, il est impur.
- Le lièvre, qui rumine, mais qui n'a pas de sabots.
——Pour vous, il est impur.
- Le cochon, qui a des sabots fendus,
mais qui ne rumine pas.
——Pour vous, il est impur.
Ne mangez pas la viande de ces animaux.
Ne les touchez pas quand ils sont morts.
——Pour vous, ils sont impurs. ...

Arrêtons-nous provisoirement ici. A elles seules, la lecture de cette liste et surtout la justification qui est donnée aux permissions et aux interdictions devraient invalider l'hypothèse de ceux qui voient dans ces prescriptions des mesures sanitaires ! Pourquoi le lièvre ou le chameau seraient-il moins comestibles que l'antilope ou le bouquetin ? On connaît par ailleurs à l'époque de grandes civilisations où l'on mange du porc sans qu'elles s'en trouvent atteintes.

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(Lièvre, Albrecht DÜRER, 1502)


• De fait, le principe qui préside à ces prescriptions n'est pas sanitaire, ce principe est ailleurs et le texte s'en explique avec une grande logique, même si cette logique nous étonne. La logique en question procède d'un principe de classification des mammifères herbivores (étant entendu que les carnivores sont par nature impurs puisqu'ils consomment le sang de leur victimes).
Dans cette classification, arbitraire comme toutes les classifications, l'idée est que Dieu, le créateur, a créé une nature ordonnée –rappelons-nous le fameux “il les créa chacun selon son espèce” de Genèse 1–, et dans cette ordre, les ruminants ont les sabots fendus, comme les ovins et les bovins par exemple. Qu'un animal possède l'une de ces caractéristique et pas l'autre, il est dès lors “un mixte” entre deux catégories, il est ‘mélangé’, il est donc impur ! Et comme du fait de leur mouvements continuels de la mâchoire, on pensait alors que les rongeurs ou d'autres petits herbivores ruminaient, ceux-ci se trouvaient ipso facto exclus des animaux consommables, puisque qu'ils n'avaient pas les sabots requis pour les ruminants !

• Poursuivons la lecture de ce chapitre, et nous verrons cette interprétation se confirmer en ce qui concerne les animaux aquatiques (11,9-12) :

“... Parmi les animaux qui vivent dans l'eau, dans les lacs, les mers ou les rivières, voici ceux que vous pouvez manger : ceux qui ont à la fois des nageoires et des écailles, vous pouvez les manger.
Mais parmi les petites bêtes ou les autres animaux qui vivent dans l'eau, tous ceux qui n'ont pas de nageoires ou pas d'écailles, vous ne devez pas les manger.
Vous devez les détester. Vous ne mangerez pas leur chair et vous éviterez de les toucher quand ils sont morts.
Donc, les animaux qui vivent dans l'eau et qui n'ont ni nageoires ni écailles, vous ne devez pas les manger.
...”

Autrement dit, si l'on vit dans l'eau, c'est qu'on est un poisson, et un poisson a des nageoires et des écailles ; on appartient au monde aquatique où l'on nage. Mais si l'on vit dans l'eau et qu'on a par exemple des pattes pour marcher comme il est d'usage quand on vit sur terre, alors on est un animal mixte, un animal qui a un pied sur terre et un pied dans l'eau. On est donc impur, et par là même impropre à la consommation.
Et notre liste se poursuit (versets 13 et suivants) avec les oiseaux et les insectes, en introduisant d'autres critères qui rende la logique évoquée moins immédiatement perceptible.

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• Un principe global

• Cette logique qui sépare le pur et le mêlé, le pur et l'impur, s'étend bien au-delà de la sphère alimentaire ; elle structure toute la représentation du monde jusque dans les plus petits détails. Par exemple, dans ce même livre du Lévitique, un verset qui résume à lui seul ce principe général (19,19) :

“...« Vous respecterez aussi les lois suivantes :
dans vos troupeaux,
ne laissez pas s'accoupler deux animaux d'espèces différentes.
Ne semez pas dans vos champs des graines d'espèces différentes.
Ne portez pas de vêtements tissés avec deux sortes de fils différents.
...”

Pas de textiles mélangés donc, c'est impur !
Et tout cet ensemble de règles de non-mélange, de non-métissage va finalement définir la communauté de ceux qui les observent, ceux qui les mettent en pratique, et ceux qui ne font pas partie de la communauté, ceux qui ne mettent pas ces règles en pratique, soit qu'ils n'en aient pas, soit qu'ils en aient d'autres.

• Concernant essentiellement la nourriture, ces pratiques sont donc des marqueurs identitaires forts pour la communauté qui les pratique.
Parmi de nombreux autres exemples, rappelons-nous l'épisode dramatique du martyre d'un vieillard dans le second livre des Maccabées (2 Maccabées 6,18-31 ; lire aussi 7,1-42). L'histoire se déroule sous la persécution grecque d'Antiochus IV Epiphane, un roi grec séleucide qui voulait éradiquer le judaïsme. Voici ce qui est rapporté : un docteur de la Loi, le vieil Eléazar, comme d'autres de ses coreligionnaires juifs, fut contraint sous peine de mort de consommer de la viande de porc ; et le récit nous raconte sa résistance héroïque et exemplaire qui l'amène à affronter la mort plutôt que d'accepter de renier l'une des marques de son identité juive.
Dans ce récit édifiant, c'est donc la cacherout, même si le mot n'existait peut-être pas encore, qui est le marqueur de l'identité de la communauté.

• Nous avons jusqu'à présent évoqué l'interdit de la consommation du sang, et les animaux dont les viandes sont consommables et ceux dont la viande ne l'est pas. Mais, nous l'avons dit, la cacherout ne se résume pas à une liste des aliments permis, ceux qui sont déclarés cacher, et ceux qui sont interdits. La cacherout traite donc aussi de la façon de nettoyer les plats et ustensiles, comme des incompatibilités entre certains plats qui ne peuvent être servis au même repas. On connaît par exemple cette interdiction édictée à trois reprises dans la Torah (Exode 23,19 ; 34,26 ; Deutéronome 14,21) :

Tu ne feras pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère

Une prescription qui, selon certains, ferait allusion à une pratique rituelle ougaritique. Dans cette prescription, l'interprétation rabbinique va lire l'impératif de la séparation entre les viandes et les produits laitiers. C'est la raison pour laquelle, à une table juive, on ne sert pas de fromage dans un repas où l'on mange de la viande.

• La séparation entre le pur et l'impur

• Toutes ces règles et bien d'autres sont liées au non-mélange, à la séparation du pur et de l'impur. Et nous avons vu que ces règles illustrent l'identité, et marquent la constitution d'une communauté qui les pratique. A cet égard, il est significatif que plusieurs de ces prescriptions alimentaires de la Bible Hébraïque ne semblent pas avoir été en application dès les temps les plus anciens ; certaines sont apparues tardivement, ont évolué, ou ont été interprétées et codifiées dans le judaïsme ultérieur.
Ainsi, plusieurs datent de l'époque exilique, et c'est de fait seulement après l'exil à Babylone, que l'observation stricte de ces règles devient une marque identitaire très forte dans certains milieux : la nourriture des étrangers est considérée comme impure (Daniel 1,8 s ; Osée 9,3), et si l'on peut recevoir un étranger à sa table, l'inverse est condamné (Esdras 6,21 ; Esther grec C,28 ; Judith 12,2 ; Tobie 1,10-11) car on risquerait ainsi d'enfreindre involontairement certaines règles alimentaires.

• Les prescriptions à propos du pur et de l'impur, du non-mélange, de la séparation ... toutes ces règles vont donc finalement séparer la communauté des observants. On se souviendra ici que le mot ‘pharisien’ est construit sur la racine PâRaS qui signifie ‘séparer’, d'où ‘expliquer’. Les pharisiens, des croyants exigeants, qui scrutent et expliquent les Ecritures pour y apprendre à s'écarter de l'impureté dans tous les domaines de la vie.
Précisément, ce mouvement pharisien, ‘séparé’, s'enracine dans la mouvance de ces juifs pieux qui au second siècle avant notre ère résistèrent, parfois jusqu'à la mort à l'hégémonie culturelle grecque.
Il faut donc être prudent et critique vis-à-vis de l'image des pharisiens qui nous est transmise de façon polémique par les évangiles. En effet, dans les évangiles les pharisiens sont presque systématiquement associés à l'hypocrisie. Sans doute y avait-il parmi eux, comme dans toute communauté humaine, des hypocrites, pas plus pas moins, mais leur démarche fondamentale de foi est bien celle d'une quête sincère de pureté en accord avec la volonté de Dieu telle qu'ils la comprenaient.
On ne s'étonnera donc pas de ce que parmi les règles que les pharisiens respectaient, les prescriptions alimentaires de la cacherout figurent en bonne place.

• Jésus et les règles alimentaires

• C'est justement sur ces questions d'alimentation que les évangiles nous montrent souvent les pharisiens aux prises avec Jésus et ses disciples. Lisons l'un de ces passages, dans l'évangile de Marc (2,13-16), c'est la première fois que les pharisiens apparaissent dans cet évangile, au chapitre 2 :

"... Jésus retourna au bord du lac de Galilée.
Une foule de gens venaient à lui et il leur donnait son enseignement. En passant, il vit Lévi, le fils d'Alphée, assis au bureau des impôts. Jésus lui dit : «Suis-moi!»
Lévi se leva et le suivit.
Jésus prit ensuite un repas dans la maison de Lévi.
Beaucoup de collecteurs d'impôts et autres gens de mauvaise réputation étaient à table avec lui et ses disciples, car nombreux étaient les hommes de cette sorte qui le suivaient.
Et les maîtres de la loi qui étaient du parti des Pharisiens virent que Jésus mangeait avec tous ces gens ; ils dirent à ses disciples : «Pourquoi mange-t-il avec les collecteurs d'impôts et les gens de mauvaise réputation?»
...”

Dans ce récit, pour le pharisiens, Jésus, un juif ne devraient pas partager son repas chez, et avec des gens considérés comme impurs. Les règles alimentaires qu'ils pratiquent imposent la séparation de table d'avec les pécheurs.

• De façon typique, dans les deux récits qui suivent cet épisode dans l'évangile de Marc, ce sont de nouveau des pharisiens qui viennent mettre en cause le non-respect des périodes de jeûne, et l'arrachage d'épis le jour du sabbat par les disciples de Jésus. Les pharisiens semblent donc être particulièrement pointilleux sur ces questions de règles alimentaires. C'est ce que rapporte un autre récit de l'évangile de Marc, au chapitre 7 (versets 1-23). Lisons-en quelques extraits :

“... Les Pharisiens et quelques maîtres de la loi venus de Jérusalem s'assemblèrent autour de Jésus.
Ils remarquèrent que certains de ses disciples prenaient leur repas avec des mains impures, c'est-à-dire sans les avoir lavées selon la coutume.
En effet, les Pharisiens et tous les autres Juifs respectent les règles transmises par leurs ancêtres : ils ne mangent pas sans s'être lavé les mains avec soin et quand ils reviennent du marché, ils ne mangent pas avant de s'être purifiés.
Ils respectent beaucoup d'autres règles traditionnelles, telles que la bonne manière de laver les coupes, les pots, et les marmites de cuivre.
...”

Remarquons que l'évangéliste semble devoir expliquer ces pratiques juives à ses lecteurs, signe qu'ils ne connaissent pas ces usages. Continuons ...

“...Les Pharisiens et les maîtres de la loi demandèrent donc à Jésus : «Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas les règles transmises par nos ancêtres, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ?» ...”

Jésus fait alors une longue réponse à ces interlocuteurs et contradicteurs, leur expliquant qu'ils sont très pointilleux sur ces pratiques de pureté, mais qu'ils en oublient cependant l'essentiel, ce qui fait le cœur de la Loi. Nous sommes donc dans une discussion typiquement juive sur l'interprétation de la Loi de Moïse. Ecoutons donc le “rabbi Jésus” exposer son interprétation :

“... En pratiquant ainsi, vous annulez l'exigence de la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup d'autres choses semblables....
... Écoutez-moi, vous tous, et comprenez ceci :
Rien de ce qui entre du dehors en l'homme ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui le rend impur....»
... Quand Jésus eut quitté la foule et fut rentré à la maison, ses disciples lui demandèrent le sens de cette image.
Et Jésus leur dit :
«Êtes-vous donc, vous aussi, sans intelligence ?
Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui entre du dehors en l'homme ne peut le rendre impur,
car cela n'entre pas dans son coeur, mais dans son ventre, et sort ensuite de son corps ?»
Par ces paroles, Jésus déclarait donc que tous les aliments peuvent être mangés
...”
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(Jésus chez Simon le pharisien, BOUTS Dieric l'ancien, vers 1440)

• Il n'est pas improbable que cette question des règles alimentaires et des règles de pureté aient historiquement été l'un des points de friction entre les pharisiens, et Jésus et ses disciples. Cependant, le fait que ces questions soient si présentes (et souvent de façon polémique) dans les évangiles vient de ce que ces débats ont continué à agiter le christianisme naissant.
En effet, parmi les adeptes de la nouvelle foi se trouvaient de nombreux croyants issus du judaïsme, très divers de l'époque :
- Certains appartenaient à des milieux juifs hellénisés de la disapora qui adaptaient plus ou moins les prescriptions alimentaires de la Torah, et surtout la codification de ces règles par les pharisiens.
- Mais d'autres nouveaux chrétiens étaient issus de milieux juifs pharisiens ; et ils entendaient continuer à pratiquer strictement leurs règles alimentaires, et en particulier la séparation des table, le refus de la commensalité avec les autres membres non-juifs de la communauté. Une séparation qui ne pouvait s'accorder avec l'accueil inconditionnel de Jésus ou l'universalisme de Paul.

• C'est ainsi qu'il faut comprendre l'incident d'Antioche, par lequel nous allons terminer. Nous lisons au chapitre 2 de la lettre de Paul aux Galates :

... quand Pierre vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu'il avait tort. –écrit Paul–
En effet, avant l'arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, Pierre mangeait avec les frères non juifs.
Mais après leur arrivée, il prit ses distances
et cessa de manger avec les non-Juifs par peur des partisans de la circoncision.
Les autres frères juifs se comportèrent aussi lâchement que Pierre, et Barnabas lui-même se laissa entraîner par leur hypocrisie.

Quand j'ai vu qu'ils ne se conduisaient pas d'une façon droite,
conforme à la vérité de la Bonne Nouvelle, j'ai dit à Pierre devant tout le monde :
«Toi qui es Juif, tu as vécu ici à la manière de ceux qui ne le sont pas, et non selon la loi juive.
Comment peux-tu donc vouloir forcer les non-Juifs
à vivre à la manière des Juifs ?»
...”

On le voit bien ici, pour l'apôtre, lui-même issu du pharisaïsme, il ne s'agit pas d'un détail, il ne s'agit pas d'une observance optionnelle. Non, pour Paul, il en va de la vérité même de l'évangile qu'après Jésus, il a annoncé.
Un évangile de l'accueil à une table universelle qui ne peut s'accommoder de prescriptions qui en excluent certains.

• Peut-être pensez-vous que nous sommes loin de notre thème initial, la cacherout ?
Pourtant nous sommes bien au cœur de la question, une question étonnamment actuelle :
Quelle que soit la communauté humaine considérée (nationale, ethnique, religieuse, ...), comment avoir de légitimes pratiques identitaires, qui ne soient pas source d'exclusion ?

C'est sur cette question que nous terminerons provisoirement notre parcours biblique.
——————————A bientôt aux tables la Bible !

Patrice ROLIN

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(Pieter BRUEGEL l'ancien, Mariage paysan, vers 1568)
 
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L'article qui précède est le texte de l'émission
Cycle biblique” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du lundi 28 janvier 2008.

En lien avec cet article, on pourra lire les notes suivantes :
SUNESTHIÔ, “manger avec ...”

—oOOOo—

Si vous avez apprécié cette article,
vous serez intéressé par notre ouvrage collectif :

L'hébreu que vous parlez sans le savoir

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