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SEMERON, aujourd'hui

Aujourd’hui : le mot semeron.
Semeron, c’est le mot pour ce jour, et si nous étions hier, semeron serait aussi le mot du jour et si nous étions demain, semeron serait encore le mot pour ce jour.
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Un mot de la Bible ? aujourd’hui : lui-même !
Semeron, en grec, c’est aujourd’hui.
Un mot de la Bible, par Dominique Hernandez ...

Chaque jour présent est un semeron, et il n’y en a qu’un à la fois. Tous les jours passés ont été un aujourd’hui et ne le sont plus, tous les jours à venir seront un aujourd’hui, chacun à leur tour, un par un. semeron, aujourd’hui, est un jour unique et toujours renouvelé, un jour particulier, c’est-à-dire à part de tous les autres, semeron est le jour présent, le jour du présent des humains qui comptent, décomptent le passage, le rythme immuable du jour et de la nuit, et qui, entre passé et futur, peuvent avoir vraiment prise sur le jour qui est, sur semeron. Aujourd’hui est défini en fonction du soleil, mais il déborde de l’aube et du couchant pour envelopper les 24 heures d’une journée qui découpe un semeron en un rythme régulier, si rapide pour les uns, si lent pour d’autres.

De même que l’aujourd’hui français est construit sur le mot ‘jour’, le semeron grec est bâti sur emera, le jour en grec. Et le terme français aujourd’hui peut également traduire une expression grecque signifiant littéralement “ ce jour”, lorsque quelqu’un parle du jour où il parle.
Car aujourd’hui, n’est-ce pas est un mot de dialogue, de discours, un mot qu’on écrit dans une lettre ou dans son journal, mais rarement un mot dans un récit. En effet, aujourd’hui arrête le fil du temps, pointe un temps précis, celui du jour qui est là ; on écrit difficilement aujourd’hui dans un récit au passé, au futur et même au présent, sauf lorsque le rédacteur élargit les bornes d’aujourd’hui pour dire le temps présent, l’époque présente, un ‘maintenant’, c’est-à-dire le temps qu’on tient en main ; en fait, une durée du présent, un moment qui peut recouvrir de nombreux jours.
Par exemple, dans l’épître aux hébreux, nous rencontrons un semeron qui ne se réfère pas à un jour mais à une période particulière. L’auteur de l’épître utilise plusieurs fois une citation de l’Ancien Testament , Psaumes 95,7, par exemple au chapitre 3 versets 7 et 8 :
« C’est pourquoi, comme dit l’Esprit Saint, aujourd’hui, si vous entendez sa voix.
N’endurcissez pas votre cœur comme au temps de l’exaspération.
»
Cet aujourd’hui n’est ni le jour de la rédaction de la lettre ni celui de sa lecture par les destinataires d’origine. Cet aujourd’hui est expliqué un peu plus loin au verset 13 :
« Encouragez-vous les uns les autres, jour après jour, tant que dure la proclamation de l’aujourd’hui, afin qu’aucun d’entre vous ne s’endurcisse, trompé par le péché. »
Ce semeron correspond à l’aujourd’hui de la foi des croyants, une durée de jours semblables en ce qu’ils sont vécus dans la foi, et c’est ainsi que cette durée de jour est condensée en un semeron, un aujourd’hui qui exacerbe l’exhortation de l’auteur pour chaque jour.

Dans le Nouveau testament, semeron désigne la plupart du temps un jour précis, celui dont parle celui qui emploie le mot. Par exemple, c’est un père dans une parabole qui dit à son fils : mon enfant, va donc aujourd’hui travailler à la vigne (Matthieu 21,28) ; c’est bien ce jour-là et pas un autre. Ou encore, c’est Jésus qui dit à Pierre :
«Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que tu n’aies par trois fois nié me connaître.» —————————(Luc 22,34)
Et Pierre s’en souvient lorsque quelques heures plus tard, dans la nuit encore sombre, il entend le coq chanter, ponctuant la répétition de son reniement. Certains jours passent sans que l’on s’en aperçoive, mais d’autres prennent un relief particulier, et restent certainement inoubliables !
Jour de reniement, pour Pierre ; jour de trouble et de danger à Ephèse où la prédication de Paul est considérée comme une atteinte à la prospérité des artisans de la ville, très dépendant du temple d’Artémis. Soulevée par l’un d’entre eux nommé Démétrius, une foule gronde et menace, jusqu’à ce qu’un chancelier la mette en garde contre la méthode employée par les opposants aux chrétiens en disant :
« Nous risquons en fait d’être accusés de sédition pour notre réunion d’aujourd’hui, car il n’existe aucun motif que nous puissions avancer pour justifier cet attroupement. »
——————————————————(Actes 19,40)
Ouf ! ce jour-là une catastrophe a certainement été évitée.

Mais il est d’autres aujourd’hui porteurs de bonne nouvelle, parfois même au cœur du malheur. Par exemple dans l’évangile de Luc, les deux malfaiteurs crucifiés en même temps que Jésus réagissent de manière opposée. L’un d’eux relaie les moqueries des chefs du peuple et des soldats : « N’es-tu pas le Messie, sauve-toi toi-même et nous aussi ! »
Mais le second reconnaît la justice de Jésus : « Pour nous c’est juste, nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal. » Il ajoute : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi. » Et Jésus lui répond :
« En vérité, je te le dis,
——aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis
. »
————————————(Luc 23,39-43 ; lire ce récit)
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————————(Jésus entre les deux larrons, Rubens)
Ce jour de mort devient celui de la reconnaissance et de l’accueil du Seigneur pour le second malfaiteur, le jour où la puissance de la mort inévitable ne peut avoir le dernier mot sur sa vie. Cette ultime rencontre de son dernier jour dans l’existence du malfaiteur, aussi cruelles qu’en soient les conditions, oriente à nouveau la perspective de son histoire et malgré tout, lui ouvre un avenir inespéré quelques heures, quelques minutes auparavant.

A l’opposé, c’est-à-dire au début de l’évangile de Luc, un autre jour remarquable : celui de la naissance de l’enfant de Marie. Si remarquable que l’ange du Seigneur lui-même vient l’annoncer aux bergers qui veillent sur leurs troupeaux dans les champs :
« Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »———————(Luc 2,11-12)
L’évangéliste Luc a choisit de mettre particulièrement en évidence dans son récit ce jour-là, le jour de la naissance de Jésus. L’aujourd’hui retentit dans la bouche de l’ange comme le jour où le salut vient sur terre, en la personne de ce nouveau-né. Si l’évangéliste Luc donne une telle place au jour de la naissance de Jésus, c’est qu’il s’agit pour lui de répondre le plus clairement possible à la question qui traverse et soutient tout son évangile (et les 3 autres également) : Qui est Jésus ? Qui donc est-il ? La réponse des évangiles, polyphonique : Christ, Messie, Fils de Dieu… est racontée (et non expliquée ou démontrée) par des récits qui mettent en scène cette réponse. Luc remonte de la croix et de la résurrection (ensemble indissociable qui représente le fondement de la réponse) au jour de la naissance (et même à la conception de Jésus), et il est le seul des quatre à déployer aussi largement ces deux jours (Marc et Jean ne s’intéressent pas à la naissance de Jésus) et il le fait d’une manière qui lui est propre (le récit de Matthieu est très différent). Le récit du jour de la naissance de Jésus, l’aujourd’hui que l’ange annonce aux bergers, porte en lui la confession de l’évangéliste, confession partagée par ses lecteurs : celui-ci est Fils de Dieu.

Autre jour remarquable dans l’évangile de Luc : celui de la rencontre entre Jésus et Zachée, le collecteur d’impôts pas très apprécié, pas très honnête, et pas très grand, même tout petit (lire Luc 19,1-10). Zachée grimpe dans un arbre pour voir, seulement voir ce Jésus dont on parle tant et que la foule entoure lors de son entrée à Jéricho. C’est alors Zachée qui est vu par Jésus et Jésus dit au petit homme perché dans un sycomore : « Zachée, descend vite, il me faut aujourd’hui demeurer dans ta maison. » Reconnu, appelé, interpellé, Zachée ressent une grande joie et non seulement il ouvre sa maison à Jésus, mais il ouvre son cœur, et ses mains, et son existence à l’appel de la grâce et de la justice : « Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Sur quoi Jésus reprend à l’adresse de tous, et surtout de ceux qui râlent de le voir entrer dans la maison d’un malhonnête, d’un collaborateur, d’un pécheur : « Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. »
Ce jour-là, ce semeron est le premier jour d’un nouveau temps, une nouvelle ère pour Zachée et sa maison. Le jour de la rencontre entre Zachée et Jéésus, ce jour où Zachée accueille Jésus dans sa demeure est le jour où Zachée commence à vivre sous la grâce du Dieu qui a envoyé Jésus porter le salut dans le monde, comme l’ange l’avait annoncé aux bergers au début de l’évangile. C’est l’aujourd’hui de l’Evangile : la Bonne Nouvelle est devenu réalité pour Zachée l’homme pécheur, l’homme perdu que sa curiosité a permis d’être trouvé par celui qui est venu “chercher et sauver ce qui était perdu”.
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Nous voici alors devant un autre semeron. Car celui où Zachée accueille Jésus dans sa demeure ne reste pas l’aujourd’hui d’un récit de Luc. Bien au-delà des personnages des récits de l’évangile, c’est l’aujourd’hui du lecteur, l’aujourd’hui de celui ou celle qui rencontre le Christ vivant et le reçoit dans la demeure qu’est son existence, c’est cet aujourd’hui, ce semeron qui est signalé, signifié, mis en évidence avec, au-delà de lui, tous les autres jours à venir.

Le temps des évangiles, de la Bible, n’est pas le passé, mais le présent des lecteurs, à partir duquel, et avec l’aide des récits, des chants, des exhortations, des prières de la Bible, le lecteur peut reprendre, comprendre son passé, son présent et envisager l’avenir, en donnant hospitalité, en donnant corps à la Bonne Nouvelle d’un Dieu présent pour le bonheur et pour la vie. Chaque aujourd’hui devient le premier des jours qui restent à vivre sous la bénédiction du Seigneur et chaque aujourd’hui devient alors un jour important.
Dans la synagogue de Nazareth, après avoir lu dans le rouleau du prophète Esaïe :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le recouvrement de la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur
»
——————————————————(Luc 4,18-21)
Jésus dit :
« Aujourd’hui cette Ecriture est accomplie
pour vous qui l’entendez.
»
Cet accomplissement est repris, poursuivi, chaque fois que quelqu’un entend, reçoit, comprend et se comprend avec cette parole.
Cet aujourd’hui-là est celui de chaque accueil du Christ, un aujourd’hui qui se perpétue dans les siècles et sur toute la terre depuis les années 30 en Galilée. C’est un aujourd’hui dont le temps dans le grec du Nouveau Testament n’est pas un simple présent mais un parfait qui exprime en grammaire grecque un présent qui déborde du passage du temps et se poursuit tant qu’il y a du temps.
Semeron, le mot du jour qui est là est appelé à cet accomplissement, aujourd’hui et chaque jour.

Dominique HERNANDEZ


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L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 23 octobre 2007.

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