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L'origine du mot “évangile”

L'hébreu comme d'autres langues sémitiques connaît un verbe spécifique qui signifie “annoncer une bonne nouvelle”. Dans la version grecque la Bible (Septante(1)), ce verbe est toujours traduit par un mot de la famille du mot euangellion qui a donné en français ‘évangile’.
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——De quelle bonne nouvelle s'agit-il alors ?
———Quel ‘évangile’ annonce-t'on dans le premier testament ?

Un mot de la Bible,
par Jean-Pierre Sternberger ...

Les bonnes nouvelles, dans le monde antique comme chez nous, sont souvent des annonces de victoire. Dans cette culture où on identifie volontiers le messager à son message, les rédacteurs des livres biblique “historiques” (Samuel, Rois, Chroniques ...) jouent sur le thème bonne / mauvaise nouvelle. D'où l'histoire du malheureux qui avait cru annoncer au roi la bonne nouvelle de la mort de son ennemi : David l'avait fait exécuter pour s'être réjoui de la mort du roi d'Israël (2 Samuel 4,10) ! Du coup, bien des années plus tard, quand un messager est chargé d'annoncer au même David la défaite des ennemis, il se garde de préciser d'annoncer que son fils Absalom, chef des rebelles, a été exécuté. Il laisse à un autre le soin de porter la mauvaise nouvelle (2 Samuel 18).

Dans une autre culture, celle de la Rome du 1er siècle, on sait que de l'empereur Néron fit mettre à mort un autre messager qui se croyait porteur d'un “évangile”, la bonne nouvelle de ce que la reine Agripine était saine et sauve. Il ignorait seulement que l'empereur avait tenté d'assassiner la reine (Dion Cassius) ! Toutes les bonnes nouvelles ne sont pas accueillies avec bonheur ...

Autre porteur d' “évangile” qui paya lui aussi de sa vie l'accomplissement de sa mission, Phillipidès est surtout connu comme le coureur de Marathon, rescapé de la bataille où les grecs avaient vaincu les Perses. Épuisé par sa course l'homme expira en proclamant :
——————"Joie à vous. Nous sommes vainqueurs !"
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Plusieurs passages du Nouveau Testament renvoient à cette conception de l'évangile comme annonce d'une victoire militaire. En Apocalypse 14,6 est annoncé l'apparition d'un ange porteur d'une bonne nouvelle. : Babylone (c'est-à-dire ici l'empire romain) est tombée !

Pourtant au delà de cet aspect guerrier, le mot “évangile” revêt plus souvent encore dans la Bible le sens d'une libération.
L'origine de cette notion est à chercher dans les recueils des deuxième et troisième Esaïe. C'est à la fin du 6ème siècle, période du retour de l'exil à Babylone, qu'un prophète anonyme écrit une série d'oracles ajoutés par la suite à la collection des prophéties. L'expérience inouïe d'un peuple déporté rentrant dans sa terre d'origine constitue pour lui une bonne nouvelle encore plus extraordinaire que toutes les victoires militaires.
Pour lui c'est le signe de ce que, plus encore que les rois de la terre ou même que Cyrus maître de l'empire perse, c'est YHWH, le Seigneur, qui règne sur toute la terre (Esaïe 40,9 ; 41,27 ; 52,7). De militaire et de politique, la notion de “bonne nouvelle” devient ainsi théologique, ce que souligne un autre prophète dont les oracles furent ajoutés à ceux de ses deux prédécesseurs:
————Les Nations annoncent la bonne nouvelle
————de la louange de YHWH
”. ———————(Esaïe 60,1)
Et l'homme de Dieu d'affirmer :
————«Le souffle de YHWH m'a conféré l'onction
————pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux
»
—————————————————————————(Esaïe 61,1).
Désormais c'est le messie (= celui qui a reçu l'onction) qui apporte la bonne nouvelle, un messie dont a victoire sur le mal coïncide avec l'instauration de sa royauté.

Ce lien entre le messie et la bonne nouvelle, est exprimé dans un ancien texte juif, le commentaire traditionnel du Midrash Pirqé Mashiah :
En ce temps-là, [le messie] montera et apportera la bonne nouvelle à ceux qui dorment dans le double séjour des morts. Il leur dira : «Abraham, Isaac et Jacob, debout ! Assez dormi !». Ils lui répondront en disant : «Qui est celui-là qui nous a débarrassé de la poussière ?». Il leur dira : «Je suis le messie de YHWH. Le salut s'est approché. L'heure est proche !». Ils lui diront : «S'il en est ainsi, va et porte cette bonne nouvelle au premier homme, afin qu'il ressuscite en premier lieu» ... Aussitôt le premier homme ressuscitera ainsi que toute sa génération, puis Abraham, Isaac et Jacob, puis tous les justes, tous les ancêtres de toutes les générations d'une extrémité de la terre à l'autre. Ils feront tous entendre leurs cris d'allégresse et leurs chants,
car il est dit (Esaïe 52,7) : «Qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui apporte la bonne nouvelle
».

La notion de “bonne nouvelle” que nous trouvons dans ce passage malheureusement difficile à dater est très proche de ce que nous lisons dans le Nouveau Testament. En Romains 10, 15, Le verset, Paul se réfère au même verset d'Esaïe. Il faut dire qu'il est, avec son disciple Luc, l'apôtre des Nations est l'auteur biblique qui recourt le plus aux termes “évangile” et “évangéliser”.
C'est pour annoncer l'Évangile” (1 Corinthiens 1,17) qu'il parcourt l'Asie et l'Europe. Pour lui, l'Évangile n'est pas seulement un message mais un véritable mode de vie (1 Thessaloniciens 1, 5). On est sauvé en recevant l'Évangile (1 Corinthiens 15,1-2).

De même que l'annonce de la victoire rend victorieux ceux qui l'entendent, l'Évangile produit alors ce qu'il annonce. Le pays est en paix à partir du moment où la paix y est proclamée (voir Ephésiens 2,17). Or nous l'avons vu, la notion même de “bonne nouvelle” suggère la victoire, la libération et la paix. Mais elle évoque de plus dans le contexte difficile des conflits et des injustices du premier siècle la justice qui émane de Dieu (Romains 2,16) et la Résurrection ce en quoi il rejoint le midrash cité plus haut (voir 2 Tite 2, 8 ; 1 Pierre 4, 6).

Voilà le sens du mot évangile pour la plupart des auteurs du Nouveau Testament : l'annonce de la résurrection pour l'instauration d'une paix juste consécutive à la victoire sur le mal. Et c'est cette bonne nouvelle qu'on a pris l'habitude de consigner dans un petit livre qu'on appelle ... un évangile.

Jean-Pierre STERNBERGER

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(Evangéliaire de Mayence, vers 1250)

Note :
(1) A partir du 3ème siècle av. J.C. l'expansion de la langue grecque rendit nécessaire la traduction de la Bible Hébraïque (encore en cours de constitution) en grec pour des juifs de la diaspora qui pratiquaient plus facilement le grec que l'hébreu. C'est cette traduction que l'on nomme la Septante ou encore la Bible Grecque.

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