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Dieu sait-il tout d'avance ?

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Certains passages bibliques évoquant la prescience divine semblent l'affirmer. Parmi d'autres, citons le Psaume 139,15-16 :
... Mon corps ne t'était pas caché lorsque j'ai été fait en secret, ... / ... tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui furent façonnés, avant qu'aucun d'eux n'existe. ...
Ou encore Siracide 23,20 :
... Avant d'être créées, toutes choses lui étaient connues, et il en va de même après leur achèvement. ...
Et enfin, l'Apocalypse qui mentionne à plusieurs reprises un mystérieux livre sur lequel le sort final de chacun semble écrit “depuis la fondation du monde” (13,8 ; 17,8 ...).

Mais si Dieu sait tout d'avance, est-ce que cela signifie que “tout est écrit”, que c'est le fatum, le destin, un déterminisme absolu selon lequel il n'y a plus qu'à accepter ce qui vient ou tenter, inquiet, de le deviner. Mais à quoi bon, puisque rien ne pourra changer le décret divin ? Que reste-t-il de ma liberté ? De ma responsabilité ?

Pourtant, d'autres textes bibliques semblent, suggérer que ce n'est pas là le seul regard porté par la Bible sur l'histoire humaine. Ainsi Genèse 6,6 :
... Le SEIGNEUR regretta d'avoir fait les humains sur la terre, et son coeur fut affligé ...
Si Dieu savait tout d'avance, alors pourquoi se fâcherait-il contre l'humanité d'avant le Déluge ? Pourquoi aurait-il laissé le choix à Adam et Eve de manger le fruit défendu ? Dieu savait-il, comme Jonas prétend l'avoir toujours su, qu'il reviendrait sur sa décision de détruire Ninive (Jonas 4,2) ?
(pour lire le livre de Jonas cliquez ici)

Savoir et savoirs
Sans doute sommes-nous devant un paradoxe ou une question mal posée, probablement les deux à la fois. Qu'entendons-nous par “savoir d'avance” ? Soumettons-nous Dieu à notre vision du temps ? Un temps étalonné, un temps qui passe, un temps fait d'un présent éphémère tendu entre le passé qui n'est plus et un futur qui n'est pas encore. Si la question traduit un souci bien réel, la façon dont elle est posée est inadéquate. Ou plutôt ce sont les différentes réponses à cette question qui peuvent être reçues de façon simpliste.

En effet, tout discours ”sur” Dieu pris à la lettre conduit à des impasses. Et en particulier les métaphores anthropomorphiques. ‘Savoir’, nous savons ce que cela peut signifier pour un humain, et encore ... parlons-nous d'un savoir objectif, vérifiable ou d'un savoir subjectif, affectif ? La connaissance humaine est tout entière le fruit de l'expérimentation. Ce que nous appelons le savoir divin est-il de même nature ?

On comprend que face à l'infinie complexité du monde et à l'inconnaissabilité du futur certains aient éprouvé le besoin d'affirmer que Dieu connaît tout, qu'il est ‘omniscient’ (en latin, “qui sait tout”). Ce dernier mot résonne avec un autre qualificatif attribué à Dieu, ‘omnipotent’ (c'est-à-dire ‘tout puissant’). Ainsi, Dieu possèderait toutes les qualités dont les humains rêvant d'infinitude sont privés.

Des affirmations à vivre
Plutôt que de considérer ces affirmations comme un savoir objectif “sur” Dieu, examinons les en fonction du contexte de communication dans lequel elles apparaissent, à partir de la situation de vie de ceux qui tiennent tel ou tel discours sur Dieu. En quoi cela peut-il être “vrai” pour eux ? En quoi est-ce un soutien, et non une connaissance théorique sur l'être de Dieu en soi :
• Si “Dieu sait tout d'avance”, cela signifie d'abord que je suis connu ; mon histoire, ma vie ne sont pas livrées au chaos ou à l'insignifiance, elles sont entre les mains d'un Dieu d'amour qui me guide. Je suis fondé, précédé, attendu.
• A l'inverse, si “Dieu ne sait pas tout d'avance”, c'est qu'il me laisse écrire mon histoire, faire mes choix et mes erreurs. L'avenir est ouvert. Dieu m'appelle et m'attend. Sait-il si je viendrai ?

Pour résumer cela en une formule -mais le faut-il ?- on pourrait dire, que la Bible nous met en présence d'un Dieu qui sait d'un savoir qui ne fige rien.

Patrice ROLIN

(l'article ci-dessus est paru dans
La Voix Protestante de septembre 2007)


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