17 août 2007

La symbolique de l'eau

da3884b97bb4ff4d7adbd6d6313a410e.jpgElément essentiel à la vie, l'eau coule au travers des pages de la Bible. Ses auteurs en évoquent les réalités concrètes et en utilisent les symboliques paradoxales pour exprimer leurs messages.
Promenade au fil des eaux tranquilles ou tumultueuses du Premier et Nouveau Testament ...


Les eaux dangereuses
Dès les premières lignes de la Bible, la vie naît comme "au travers des eaux”, les eaux de l'abîme, des eaux potentiellement menaçantes qu'il convient de séparer entre celles “d'en-haut” et celles “d'en-bas”, puis de séparer de la terre ferme (lire Genèse 1,1-10), pour permettre la vie. En écho, on trouve aussi le Dieu libérateur qui ouvre pour son peuple un passage au travers de la mer des roseaux (Exode 14,15-31).

Dans le Nouveau Testament, pensons à la tempête apaisée par Jésus (Marc 4,35-41) qui, à l'image du Dieu créateur impose son autorité contre les puissances du chaos figurées par la mer démontée. Pensons encore aux esprits impurs de Guérasa entrés dans les cochons et qui les précipitent pour se noyer dans la mer (Marc 5,13); la version lucanienne parle de “l'abîme” indiquant par là le sens symbolique de cette eau qui engloutie les porcs.

Mais les dangers des eaux ne sont pas que symboles, ils sont bien réels. Paul les a expérimentés, et dans la longue liste qu'il fait des périls que l'amène à affronter son apostolat, l'élément liquide est en bonne place :
... trois fois j'ai fait naufrage ;
j'ai passé un jour et une nuit dans les abysses.
Voyageant à pied, souvent ; exposé aux dangers des fleuves, aux dangers des bandits, .../... aux dangers du désert, aux dangers de la mer, ...

————(2 Corinthiens 11,25-26 ; lire aussi Actes 27)
De son côté, l'Apocalypse, évoque un fleuve d'eau vomit par le dragon pour engloutir une femme (12,15-18) ; et le dragon se poste finalement sur le sable de la mer pour susciter une bête qui monte de la mer et prend le relais de son action maléfique. Ailleurs les “grandes eaux” évoquent la fureur du jugement. Enfin, la création nouvelle annoncée par ce dernier livre de la Bible se caractérise entre autre par l'absence de mer ! (Apocalypse 21,1)
Dans tous ces passages, et bien d'autres, on retrouve la vieille frayeur inspirée par les vagues qui telles des monstres grignotent la terre des vivants et engloutissent les marins.

L'eau vivifiante
A côté de ces eaux inquiétantes, de très nombreux passages de la Bible Hébraïque présentent l'eau comme indispensable à la vie (Genèse 2,5 ; 21,14-21), et la sécheresse comme l'une des pires calamités (1Rois 17—18). Sources et puits sont donc des lieux de conflit pour la maîtrise de cet élément vital qu'est l'eau (Genèse 21,25s ; 26,15-33), mais ils sont aussi des lieux de rencontres obligés pour le meilleur de ce que la vie peut donner (Genèse 29,10 ; Cantique des cantiques 4,15).
De façon plus symbolique, l'eau, et en particulier “l'eau vive” est aussi l'un des éléments essentiels des rites de purification (Lévitique 14,5-6.50-52 ; Nombres 19,17) et donc de restauration de la vie.

Un rapide coup d'œil sur une concordance permet de se rendre compte que le mot ‘eau’ est significativement moins présent dans le Nouveau Testament que dans l'Ancien. Deux livres se distinguent pourtant, l'évangile de Jean et l'Apocalypse :

En Jean, l'eau n'est jamais l'élément dangereux évoqué ci-dessus. Comme le fera plus tard l'Apocalypse, Jean reprend en effet de la Bible HébraÏque l'expression “eau vive” ou “eau de vie”. Cette eau vers laquelle le Dieu-berger conduisait son troupeau (Psaume 23,1-3 ; Esaïe 49,10), cette eau vive qui coulait du Temple (Ezéchiel 47,1 ; Za 14,8) et dont le Seigneur était la source (Jérémie 2,23 et 17,13), cette eau vivifiante est maintenant dispensée par Jésus à la femme samaritaine (lire Jean 4).
Ainsi, par delà les siècles et les livres bibliques, à l'appel d'Esaïe,
———Holà ! vous tous qui avez soif !
———Venez vers l'eau,
———même celui qui n'a pas d'argent !
——(Esaïe 55,1)
répond la promesse de l'Apocalypse :
———A celui qui a soif,
———je donnerai de la source de l'eau de la vie,
———gratuitement.
————————————(Apocalypse 21,6)

Quelle eau pour le baptême ?
Si dans son apparence extérieure le rite baptismal chrétien prolonge les ablutions juives de purification (comme semble le faire Jean le Baptiste ; Matthieu 3,1-5), Paul semble en abandonner la signification purificatrice. Le baptême est en effet pour Paul une assimilation symbolique à la mort de Jésus Christ sur la Croix (Romains 6,1-11). Ainsi, pour l'apôtre, ce n'est pas dans l'eau qu'on est baptisé, mais “dans la mort de Jésus Christ” ! Il s'agit de mourir à sa vie ancienne (“noyer le vieil homme”) pour “naître de nouveau d'eau et d'Esprit” comme l'écrira à sa manière l'évangéliste Jean réinvestissant ainsi la dimension vivifiante de l'eau (3,5).

Cependant, la symbolique purificatrice de l'eau est si forte qu'elle sera rapidement réintroduite dans la compréhension du baptême : typiquement la lettre aux Ephésiens et celle aux Hébreux (qui ne sont vraisemblablement pas attribuables à Paul) renouent avec la symbolique purificatrice de l'eau (Ephésiens 5,26 ; Hébreux 10,22).

Ainsi, on retrouve dans ces symboliques différentes de l'eau du baptême l'ambivalence fondamentale de l'eau qui traverse toute la Bible.

Patrice ROLIN

(la note ci-dessus est la version longue d'un article
paru dans La Voix Protestante de juillet-août 2007)


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Pour approfondir, lire les articles suivants :
Les mots de la mer, par Jean-Pierre Sternberger
et
THALASSA, la mer, par Jean-Pierre Sternberger

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