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28 juillet 2007

Job et le Dieu écologiste (2ème partie)

(L'article ci-dessous est la suite de la note “Job et le Dieu écologiste” [1ére partie], éditée la semaine dernière.)

Dans la première partie de cet article, nous avons évoqué la Sagesse, acteur ou principe de l'harmonie du cosmos et de la providence créationelle de Dieu. Cette sagesse était invoquée par les amis de Job pour réduire au silence sa protestation, supposée s’éteindre devant la grandeur et l'insondabilité de Dieu. Et surtout pour inviter Job à reconnaître qu'il était fautif et finalement responsable de son malheur !


Dans cette sorte de compréhension mécanique de l'ordre du monde la situation semblait bloqué entre Job qui accuse Dieu d'injustice, et ses amis qui tentent de justifier Dieu pour rendre compte du mal.
On le voit au passage, la préoccupation du livre de Job n'est pas d'abord écologique, mais existentielle, c'est la question de l'origine du mal, nous l'avons dit pour commencer.
Cependant, il est intéressant de noter que la sagesse antique invoqué par les amis de Job, repose, comme certaines approches écologique moderne sur le postulat d'un monde harmonieux et immuable dans lequel seule l'intervention néfaste des humains provoquerait des désordres néfastes. Pour paraphraser (et détourner) Jean-Jacques Rousseau, on pourrait dire que, dans cette perspective, la création est naturellement bonne, mais que se sont les humains que la corrompent !

En fait, l'un des pièges de cette discussion réside dans le floue qui entoure les notions de “nature” et de “création” :
Le concept de nature, comme une entité séparée des humains que nous sommes est en effet étranger aux cultures premières comme au monde biblique ...
Et en réalité, la Bible parle plus de la création que de ce que nous nommons aujourd'hui de façon un peu extérieure “la nature”.

La notion de création est beaucoup plus que le concept de nature.
La création englobe tout le cosmos, tout ce qui est, interprété dans la perspective d'un projet positif divin.
Parler de la création, ce n'est pas pointer les éléments qui la composent, mais c'est prononcer une parole sur eux, une parole de bénédiction, une parole qui donne du sens, bref, non pas une parole de l'ordre de la description objective, mais une parole de l'ordre de l’interprétation engagée, de l'ordre du sens.

Et si la Bible parle de la création, comme d'un œuvre divine dont les humains font partie intégrante (que l'on pense à ce que Dieu dit à Job au chapitre 40 : “Regarde l'hippopotame, que j'ai créer, comme toi” (40,15) ... si donc la Bible parle de la création, comme d'un œuvre divine, c'est pour séparer Dieu de la création.
Pour la Bible en effet, Dieu ne fait pas partie de la création, il lui est extérieur et la fait advenir en lui donna sens ; même si bien sûr il y intervient et continue d'y intervenir, il ne fait pas partie de la nature, ni même du cosmos. Et c'est en cela que la pensée biblique se distingue des animismes primitifs ou modernes qui conçoivent la nature comme le lieu de manifestation d'esprits ou d'énergies spirituelles.

Revenons au livre de Job, et à la réponse de Dieu, puisqu'il se décide enfin à intervenir après 37 chapitre d'âpres discussion entre Job et ses amis.
A première vue, la réponse le début de la réponse de Dieu à Job semble être sur la même ligne que l'intervention du jeune Elihou, et Dieu y affirme à un Job subjugué sa puissance infinie et mystérieuse sur le ciel, la terre, et la mer, sur les saison, le climat et les animaux. Encore une leçon de science naturelle !
Lisons quelques extraits :
... Es-tu parvenu jusqu'aux réserves de neige ?
As-tu vu les réserves de grêle,
que j'ai mises de côté pour un temps de détresse,
pour un jour de combat et de guerre ?
Où est le chemin par lequel la lumière se divise,
celui par lequel le vent d'est se répand sur la terre ?
Qui a ouvert un passage aux flots de l'averse,
tracé le chemin de l'éclair et des coups de tonnerre,
pour faire pleuvoir sur une terre sans hommes,
sur un désert où il n'y a pas d'êtres humains,
pour rassasier les lieux de la tourmente et du ravage,
pour y faire germer et sortir de l'herbe ?
La pluie a-t-elle un père ?
Qui donc fait naître les gouttes de rosée ?
De quel sein maternel est sortie la glace ?
Qui a mis au monde le givre du ciel ?
Les eaux s'immobilisent comme une pierre,
la surface de l'abîme se prend. ...

—————————————(Job 38,22-30)

Et quelques versets plus loin :
... Connais-tu les lois du ciel ?
Est-ce toi qui règles son pouvoir sur la terre ?
Peux-tu élever la voix jusqu'aux nuages,
pour que des torrents d'eaux te recouvrent ?
Est-ce toi qui envoies les éclairs vers leur destination ?
Est-ce à toi qu'ils diront : « Nous sommes là ! »
Qui a mis la sagesse en l'ibis,
qui a donné l'intelligence au coq ?
Qui peut avec sagesse compter les nuages
et incliner les outres du ciel,
pour que la poussière se fige
et que les mottes de terre se collent ?...

—————————————(Job 38,33-38)

Job est donc assailli de questions qui le dépassent, et pour tout dire risque de l'écraser !

Aujourd'hui, nombre des questions posée par Dieu à Job ont trouvé des réponses, et un Job contemporain pourrait facilement répondre à Dieu en déployant sa science de l'astronomie, de la climatologie ou de la biologie. Et, même s'il reste d'innombrables questions dans la quête infinie de la science contemporaine pour comprendre la nature, nous ne sommes plus, en général, dans l'imaginaire antique qui voyait dans les phénomènes naturels l'intervention de Dieu.
Cependant, la question du mal, de l'origine du mal est-elle pour autant résolue ?
Non, bien sûr, car ce serait de nouveau mélanger deux plan différents, celui du monde et de ces lois naturelles que nous pouvons comprendre et grâce auxquelles nous pouvons changer le monde, pour le pire comme pour le meilleur ; et cela est de notre responsabilité !
L'autre plan, c'est le plan existentiel, la façon dont recevons notre condition humaine d'être mortel, la façon dont nous vivons notre finitude qui est là présente, comme une donnée initiale. Et c'est de cela, et pas de science naturelle ou d'écologie que traite le livre de Job.

A y regarder de plus près, que veut nous dire le fait que dans sa réponse Dieu se présente comme maîtrisant la tempête, le tonnerre, les animaux sauvages, et finalement le Behemoth et le Léviathan, c'est-à-dire l'hippopotame et le crocodile ?
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Peut-être est-il bon de rappeler que l'hippopotame et le crocodile sont considérés dans la mythologie égyptienne comme des symboles des forces mauvaises de l'abîme. Des animaux que le pharaon chassait au cour d'un chasse rituelle signifiant par là qu'il luttait pour son peuple contre les force du chaos qui le menace.
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Plus qu'écologiste, le Dieu de Job serait donc celui qui affronte le mal au côté de Job.
Oui, le mal est dans le monde, ou pour être plus exact, existentiellement nous ressentons comme mal dans nos vies des phénomènes naturels comme le tremblement de terre, les maladies et la mort. En soi, ces phénomènes ne sont ni bon, ni mauvais, ils font partie du monde telle qu'il est.
Et c'est bien là que la référence à un Dieu créateur est de l'ordre du sens donné à nos existences, au bonheur et au malheur. Dieu est créateur en ce qu'il donne sens à toute créature en proie au chaos.
La Bible nous présente dès ses premières page le regard bienveillant de Dieu sur les humains. Sa puissance absolue est considérée plutôt comme harmonieuse et équilibrée plutôt que comme destructrice et écrasante.
Mais cela n'empêche pas que toute créature est comme l'herbe, la finitude est bien l'une des caractéristiques de toute créature. Et le Dieu de la Bible, le Dieu de Job accompagne les humains dans leur condition de créature. Il est de leur côté, du côté de la vie contre les puissances du chaos et de la mort auxquelles malheureusement les humains prête souvent main forte.

Un peu d'étymologie pour finir : le mot écologie est construit à partir des racines oikos qui signifie ‘maison’ et de logos qui signifie ‘parole’. Si le mot économie signifie étymologiquement “loi de la maison”, le mot éco—logie signifie “parole sur la maison”, ou “discours sur la maison”, d'où “science la maison”. Mais de quelle maison s'agit-il ? De la maison ‘terre’ ...

Et dès le premier chapitre de la genèse, l'ordre donné par Dieu aux humains est le suivant : “Soumettez et dominez la terre” ... ; un verset qui a souvent été compris comme la cause de l'exploitation irraisonnée de la nature par le monde judéo-chrétien occidentale.
Mais il ne s'agit pas de cela, bien au contraire. Il s'agit de dominer le monde selon la sagesse rappelez-vous la MAÂT égyptienne. Il s'agit de conserver et de protéger pour pouvoir continuer à jouir des fruits de la création ; Calvin parlera de “gérer la création en bon père de famille”. En ce sens, il s'agit bien sûr plus de la gestion dans une perspective de “développement durable” que d'un pillage.
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——————Dieu s'adressant à Job et ses amis, William Blake

Alors, oui, dans ce sens, on pourrait dire que la démarche écologie est profondément sapientiale, c'est une démarche de sagesse opposée à la déraison et à la folie humaine. Et le Dieu de Job est de ce combat-là aux côtés de ceux qui s'y engagent. Dans les combats de la vie, les combats pour la vie.

Patrice ROLIN



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L'article qui précède est la seconde partie de l’émission du “Cycle biblique” sur Fréquence Protestante 100.7 FM du samedi 28 juillet 2007 (dans le cadre d’un cycle estival sur le thème : "Bible et écologie”).