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HAPLOUS, un simple mot grec ...

medium_DSCN0802.JPGCe terme du Nouveau Testament ne dit pas grand-chose. Haplous n’est pas associé à un mot français du langage courant, il n’est pas compréhensible immédiatement. Comme pour beaucoup de mots grecs, on se dit alors qu’il faut chercher du côté du langage savant pour lui trouver des descendants, des composés qui éclaireraient sur sa signification.

Un mot de la Bible,
par Dominique Hernandez ...

Mais alors on se trouve devant des mots vraiment savants : ce n’est pas tous les jours qu’on utilise l’adjectif ‘haploïde’ ou le nom ‘haplologie’, à moins de s’intéresser à la biologie, auquel cas on apprend qu’une cellule haploïde ne contient qu’un exemplaire de chaque chromosome – c’est le cas par exemple des cellules de la reproduction, ovule et spermatozoïde dont la rencontre donne naissance à un oeuf diploïde ; ou bien encore il faudrait se pencher sur la science de la phonétique pour laquelle l’haplologie représente le processus par lequel un mot contenant deux syllabes identiques et consécutives en perd une.

Compliqué ?

Pourtant haplous signifie “simple”. Un mot qui ne l’est pas.
Un dictionnaire très ordinaire ne donne pas moins de dix définitions pour ‘simple’ et un dictionnaire des synonymes en déploie toute la complexité. Simple décrit un espace s’étirant entre rudimentaire et pur, entre indivisible et clair, entre facile et irréductible, et de modeste à candide, d’enfantin à franc, le mot traverse toute une palette de qualificatifs avant de décliner vers le niais, le faible, l’idiot.
‘Simple’ n’est donc pas un mot exempt d’une certaine ambiguïté, comme si une excessive simplicité, lorsqu’elle concerne l’humain, devenait pénalisante, invalidante, comme si un excès de simplicité finissait par amputer l’humain de capacités indispensables, de l’ordre par exemple du discernement.

Haplous ne signifie pas seulement ‘simple’ en grec, et son deuxième sens est moins ambiguë : haplous qualifie ce qui est franc, honnête, sincère, sans détour et le substantif associé, haplotes indique la générosité ou la libéralité.
Nous sommes donc là dans un registre qui s’oppose à celui de la duplicité, de la ruse, de l’hypocrisie. Haplous, même s’il est peu employé dans le Nouveau Testament (2 fois seulement ! Lire Matthieu 6,22-23), et il y a d’autres termes signifiant ‘simple’, convoque en écho un grand nombre de références bibliques, expressions ou personnages, par exemple le célèbre “que votre oui soit oui et que votre non soit non” de l’épître de Jacques (5,12) mais qu’on trouve aussi dans l’évangile selon Matthieu (5,37) lorsque Jésus exhorte la foule qui l’écoute : “Quand vous parlez dites oui ou non ; tout le reste vient du Malin” ; ou encore c’est la figure de Nathanaël dont Jésus dit dans l’évangile de Jean qu’il n’y a point en lui de tromperie.
Il semble bien que la simplicité soit un chemin à trouver ou retrouver au cœur des multiples compositions dans lesquelles l’être humain grandit et évolue ; est haplous ce qui n’est pas composé, mélangé. Haplous ne parlerait-il pas finalement d’intégrité ? Ce qui est reproché aux simples d’esprit, ce qui est moqué en eux, ne pointerait que le malaise que leur spontanéité provoque en regard de comportements et de paroles souvent plus ou moins ambiguës, chargés de non dit, paradoxaux au point de constituer des trames de pièges et de conflits dans lesquels chacun peut être emportés ?

La libératilé

Suivant cette piste, la libéralité caractérise celui qui ne retient rien dans ce qu’il dit ou donne, l’abondance n’est alors pas question de quantité mais de sincérité. On pense alors à Ananias et Saphira qui ont retenu pour eux une partie du produit de la vente de leur bien au lieu d’en déposer l’intégralité aux pieds de Pierre (Actes 5,1-11). Cette retenue les retire eux-mêmes de la communauté de foi et de cœur qui signe l’Eglise pour Luc dans le livre des Actes. Ananias et Saphira se sont exclus du grand mouvement initié par l’Esprit de la Pentecôte pour se rendre, se remettre, s’en remettre du côté de l’adversaire de cet Esprit et Pierre dira : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur ? On voit bien alors comme la libéralité se tient du coté de la liberté, là où est l’Esprit de Dieu écrit Paul aux Corinthiens et que la liberté a partie liée avec l’intégrité et donc la simplicité avec lesquelles il n’est pas question de double jeu.

Approchons-nous donc des textes bibliques où haplous est employé, haplous et haplotes, simple, simplicité et libéralité.
Il s’agit principalement de la deuxième épître aux Corinthiens, de l’épître aux Romains ainsi que des lettres aux Ephésiens et Colossiens, dans le même contexte en qui concerne ces deux dernières.

Il n’est pas étonnant que Paul s’attache à parler de libéralité quand il s’agit pour lui d’évoquer la collecte organisée à travers les Eglises d’Asie pour venir en aide à la communauté de Jérusalem durement éprouvée. Il développe longuement cette question dans les chapitres 8 et 9 de la deuxième lettre aux Corinthiens, inquiet du retard qu’ils ont pris dans ce témoignage de communion fraternelle. Et tout en se défendant de les contraindre à quoi que ce soit, il tâche d’éveiller leur solidarité en commençant par donner en exemple les Eglises de Macédoine :
Nous voulons vous faire connaître, frères, la grâce que Dieu a accordé aux Eglises de Macédoine. Au milieu des multiples détresses qui les ont éprouvées, leur joie surabondante et leur pauvreté extrême ont débordé en trésors de libéralité.
————————————————(2 Corinthiens 8,1-2)
Paul termine ses exhortations avec les paroles suivantes :
Vous serez enrichis de toutes les manières par toutes sortes de libéralités qui feront monter par votre intermédiaire l’action de grâce vers Dieu. Car le service de cette collecte ne doit pas seulement combler les besoins des saints, mais faire abonder les actions de grâce envers Dieu. Appréciant ce service à sa valeur, ils glorifieront Dieu pour l’obéissance que vous professez envers l’Evangile du Christ et pour votre libéralité dans votre mise en commun avec eux et avec tous.
———————————————(2 Corinthiens 9,11-13)
C’est dans le même esprit que Paul écrit aux Romains :
Que celui qui donne le fasse sans calcul.
————————————————(Romains 12,8)
La libéralité est un don de l’être entier qui ne retranche rien, ne réserve rien, mais offre dans son don non seulement ce qu’il a mais ce qu’il est et ce qui le fait vivre ; un don pleinement humain en quelque sorte, qui n’est pas le produit d’un calcul mais l’élan d’une existence entière. Effectivement, calculer, soustraire ou diviser, toutes ces opérations président à une décomposition en plusieurs parts : il s’agit donc de faire du multiple à partir d’un alors que la simplicité opère une unité. Addition et multiplication sont les opérations de la simplicité. Mais bien sûr il ne s’agit pas seulement de comptabilité, mais de spiritualité. C’est que la libéralité des croyants repose sur la générosité du Christ. Paul écrit :
Vous connaissez en effet la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ qui pour vous, de riche qu’il était, s’est fait pauvre, pour vous enrichir de sa pauvreté. .”
————————————————(2 Corinthiens 8,9)

La richesse du croyant n’est-elle pas d’être devenu une nouvelle créature libérée des peurs qui obligent aux faux-semblants et aux ruses ?
Paul exprime plus loin son inquiétude pour les Corinthiens :
“J’ai peur que – comme le serpent séduisit Eve par la ruse- vos pensées ne se corrompent
loin de la simplicité due au Christ

————————————————(2 Corinthiens 11,3)
Se laissant tenter par d’autres évangiles que celui que Paul a prêché chez eux, les Corinthiens courent le risque de se diviser, de désintégrer les nouvelles créatures qui leur étaient données d’être dans la foi. La libéralité des Macédoniens ne signifie pas que de pauvres qu’ils sont ils se soient dépouillés jusqu’à la misère pour la collecte en faveur des saints (= ‘les chrétiens’) de Jérusalem, mais que cette occasion a été pour eux celle d’un témoignage de foi, d’un service de l’Evangile dans lequel ils ont manifesté leur richesse véritable qui est d’être entièrement et seulement tournés vers Christ, déposant, reposant actes, paroles et circonstances devant le Dieu de Jésus-Christ. Le Christ seul, la foi seule, la grâce seule, voici qui résonne fortement dans les Eglises de la Réforme (“A Dieu seul la gloire !” ). Cette insistance sur le “seul” relève justement de la simplicité, de l’attitude de celui qui est devenu simple, c’est-à-dire disciple, esclave comme l’écrit Paul d’un seul maître.
La simplicité comme un engagement sans réserve au service de l’Evangile du Christ, s’appuie pour Paul sur la grâce de Dieu ainsi qu’il le traduit avec son propre exemple :
Car notre sujet de fierté, c’est ce témoignage de notre conscience : nous nous sommes conduits dans le monde, et plus particulièrement envers vous, avec la simplicité et la pureté de Dieu, non avec une sagesse humaine, mais par la grâce de Dieu.”
————————————————(2 Corinthiens 1,12)

La simplicité de cœur

Dans les épîtres aux Colossiens et aux Ephésiens, il est question de “simplicité de cœur” dans une exhortation adressée aux esclaves presque dans les mêmes termes pour les deux lettres :
Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas. Servez-les, non parce qu’on vous surveille,
comme si vous cherchiez à plaire aux hommes,
mais avec la simplicité de cœur de ceux qui craignent le Seigneur. .”

————————————————(Colossiens 3,22)
L’esclavage n’est pas une pratique condamnée dans le Nouveau Testament, mais elle est pour le moins subvertie profondément par des exhortations aux esclaves et aux maîtres, exhortations qui visent à réaffirmer que le maître véritable n’est pas le maître d’ici-bas, mais le Christ. Cette assurance est, pour les esclaves, libératrice de la peur qui produit la servilité. La simplicité du croyant, c’est de reconnaître qui est le seul maître de l’existence, le maître ultime qui donne sens au-delà des considérations sociales. Dans cette perspective, l’esclavage ne définit plus ni l’identité ni la dignité de celui qui est esclave. Alors le croyant peut occuper sa place quelle qu’elle soit, même celle d’un esclave, et faire son travail d’esclave, et, sans calcul, avec droiture, sans se diviser lui-même, faire de sa vie une action de grâce au Seigneur.

Dominique HERNANDEZ


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L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 29 avril 2007.

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