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CHEIR, la main

C’est un mot ordinaire, un mot quotidien, un mot très proche car c’est une partie de notre corps, un peu de nous-mêmes, mais dans lequel nous mettons beaucoup de nous-mêmes.
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Elles sont deux, mais on en parle aussi bien au singulier qu’au pluriel ; et si l’une est en général plus habile, plus adroite, plus honorée que l’autre, grâce à leur complémentarité et à l’équilibre entre les deux, nous percevons quelqu’idée de l’harmonie.

Un mot de la Bible, le mot ‘main’
par Dominique Hernandez ...


La main est un média privilégié dans l’appréhension, la compréhension et la transformation du monde dans lequel nous sommes. Par nos mains, nous sommes en liaison avec tout ce qui nous entoure :
elles sont nos outils naturels même si nous les prolongeons ou les remplaçons par d’autres outils ;
elles participent à toutes nos relations pour le meilleur ou le pire, spontanée ou menteuse, une main tendue, une serre avide et cruelle, un poing fermé. Dans chaque culture, il existe des conventions régissant les gestes des mains : gestes de courtoisie ou gestes malséants à éviter. Les mains parlent, aussi expressives que le visage ;
également, par leur forme, leur tension, leurs rides, leur rythme, leur usure elles parlent de nous. Elles révèlent quelque chose de nous, parfois à notre insu, alors elles nous trahissent.
Finalement, il n’est pas étonnant que de toutes les parties du corps, ce soit la main la plus souvent citée dans la Bible, bien plus que le visage, la bouche, la tête, ou le bras.

De plus, un nombre infiniment grand de mains est caché, sous-entendu, deviné derrière tous les mots, particulièrement tous les verbes qui impliquent les gestes des mains. Car ce sont bien les mains qui mettent en actes les paroles et donnent leurs formes aux pensées, aux sentiments.
Il faut des mains pour donner et toucher, pour rompre et pour prendre, pour tenir et écrire, livrer et tuer, pour planter et construire, pour montrer et manger, semer et moissonner, pour lier et délier, il faut des mains pour soigner et pour bénir. Tous ces verbes racontent une histoire de mains, et à travers eux, ce sont les mains qui parlent, conjuguent, accordent, déclinent notre être au monde. C’est comme si l’humain se tenait dans ses propres mains, comme si la main disait la totalité de l’être indivisible, intègre.

La main est une métaphore de l’être : se laver les mains de ce qui est fait, avoir les mains vides ou pleines, mettre la main sur quelqu’un ou tomber entre ses mains, prêter main-forte, … toutes ces expressions et bien d’autres, qui ne sont pas seulement bibliques mais si familières, condensent bien des conditions et des circonstances quotidiennes et universelles. Tous les temps égrainés par l’Ecclésiaste dans le troisième chapitre (“il y a un temps pour …”), tous ces temps passent entre et par nos mains qui leur donnent leur consistance, leur précision et leur durée.

Dans le Nouveau Testament,
que font et que disent les mains ?

Les mains touchent. Dans les évangiles synoptiques, Jésus s’approche jusqu’à toucher des malades, et même des lépreux, et même un cercueil, et des petits enfants. Sa main alors montre le monde nouveau, le Royaume devenu proche. Sa main parle d’une réalité nouvelle qui vient et s’installe aussi dans les corps qui deviennent à leur tour témoignages d’une bonne nouvelle toujours bonne et nouvelle. Ce toucher, comme tout geste de compassion, signifie l’acceptation de la condition humaine avec toutes ses limites. Le langage des gestes de Jésus de Nazareth traduit ce que promet la Parole de Dieu, mais également, il effectue pleinement cette Parole.

Dans le Nouveau testament, il est aussi beaucoup question d’imposer les mains, un geste de Jésus ou des disciples.
L’imposition des mains peut être accompagnée d’une bénédiction comme lors de l’accueil des petits enfants par Jésus (Marc 10,16).
Elle est signalée lors de guérisons : celle de la femme possédée par un esprit qui la rendait infirme depuis 18 ans (Luc 13,13) ou encore c’est Ananias qui impose les mains à Saul (qui n’est pas encore appelé Paul) pour lui rendre la vue (Actes 9,17).
Ou bien c’est une prière qui précède le geste, par exemple dans le livre des Actes lors de la présentation aux apôtres des sept diacres (Actes 6,6).
Toujours dans le livre des Actes, le don de l’Esprit accompagne souvent l’imposition des mains par les apôtres, ainsi lorsque Pierre et Jean se rendent auprès de Samaritains baptisés mais n’ayant pas reçu l’Esprit Saint (Actes 8,17).
Dans tous les cas, le geste signe une relation établie, rétablie, vraie. Il atteste d’une reconnaissance, une restauration, une confirmation de celui qui reçoit l’imposition des mains par celui qui la donne et à travers celui-ci, par celui qui confère toute autorité. La réalité des mains posées sur une tête permet d’éprouver la réalité de la bonté toujours première, de la confiance vive, de la libération effective. Ce n’est pas un geste général, mais très personnel, très particulier, c’est cette personne-là qui est confiée à Dieu, qui est remise dans la main de Dieu.

La main de Dieu, c’est la main qui arrache à la mort, celle qui délivre des menaces, celle qui donne des forces et envoie, c’est la main de l’Eternel qui fit sortir d’Egypte les enfants d’Israël.
C’est qu’il n’est pas question que de la main des hommes et particulièrement dans le premier testament, la main de Dieu est évoquée à de très nombreuses reprises et cette évocation porte un témoignage de foi.
Cette main créatrice, qui sauve et qui tient pour le prophète Esaïe (45,12 ; 48,13 ; 59,1), cette main bonne pour Esdras (Esdras 7,9) est la main forte et puissante qui délivra le peuple de l’oppression.
La main de Dieu, c’est son œuvre, ce qu’il a fait pour Israël, et ce qu’il a fait trouve sa continuité dans ce qu’il fait encore ; la main toujours célébrée est celle de la libération (Deutéronome 7,8 …).
L’expression témoigne d’une volonté souveraine, de la force et de la puissance divine. Dans le même temps, elle symbolise l’espace où se déploie cette volonté, car des hommes, des femmes sont concrètement et directement concernés. L’évocation de la main de Dieu signifie la Parole qui est acte et qui produit de l’effet ; elle désigne ce que des mains humaines vont accomplir sous l’inspiration de la Parole. Les petites mains des serviteurs, des prophètes, des disciples sont mises en mouvement par la main de Dieu.

Cette main peut aussi se faire lourde, sur les ennemis d’Israël, contre les Philistins ou les Ashodites par exemple (1 Samuel 5,6), ou même sur un prophète (Jérémie 15,17). Le livre d’Ezéchiel affectionne particulièrement l’expression, sans jamais atténuer la rudesse des expériences du prophète : la main de Dieu s’abat sur lui, une forme de main le saisit par une mèche de ses cheveux, un autre fois, lui ouvre la bouche … (Ezéchiel 3,14 …). La main de Dieu est contraignante autant que la Parole qu’elle symbolise et qui inspire, ordonne des gestes prophétiques.
Le Psaume 38 témoigne des gémissements de celui sur qui s’abat cette main :
SEIGNEUR, châtie-moi sans courroux, corrige-moi sans fureur. Tes flèches se sont abattues sur moi,
ta main s'est abattue sur moi.
Rien d'intact dans ma chair, et cela par ta colère, rien de sain dans mes os, et cela par mon péché!
Ailleurs, au Psaume 31, le psalmiste confesse sa foi dans l’invocation de cette même main :
C'est toi mon roc et ma forteresse. Pour l'honneur de ton nom, tu me conduiras et me guideras.
Tu me dégageras du filet tendu contre moi,
car c'est toi ma forteresse.
Dans ta main je remets mon souffle. Tu m'as racheté, SEIGNEUR, toi le Dieu vrai.
Ailleurs encore, c’est la louange qui jaillit :
Alléluia !
Les œuvres de tes mains sont vraies et justes.

Mais sur les œuvres de cette main de Dieu, des mains humaines habiles, agiles, voudraient faire main basse et s’approprier une gloire qui n’est pas la leur. D’autres encore, plutôt que servir, préfèrent manipuler. L’ambivalence des mains ressort de la condition humaine et la Bible ne l’ignore pas !
• D’aucuns souhaitent forcer la main de Dieu, tel Jephté qui promet un sacrifice humain si Dieu lui accorde la victoire contre les Ammonites (Juges 11, 30). Il y perdra sa fille, son unique enfant, amère victoire …
• D’autres veulent mettre la main sur le mystère du don de l’Esprit, tel Simon le magicien qui propose de l’argent à Pierre et Jean afin de disposer de ce qu’il considère comme un pouvoir (Actes 8,19).
• D’autres encore souhaitent manœuvrer à leur guise et au mieux de leurs intérêts. Mais Ananias et Saphira ne profiteront pas de l’argent qu’ils ont dissimulé, ni de leur mensonge aux apôtres et à l’Esprit Saint (Actes 5,2).
Il est vrai que tout au début de la Bible, le serpent manie le langage avec beaucoup de ruse … et de succès : l’homme et la femme ne résistent pas à la tentation de devenir comme des dieux (Genèse 3,1).

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——————————Auguste Rodin, La cathédrale

Alors, main de Dieu avec la main des hommes, main des hommes contrariant la main de Dieu, l’histoire est tissée des jeux de ces mains-là. Mais les textes bibliques racontent et proclament que Dieu va maintenir ses promesses, ses dons et sa fidélité malgré tout. Ce maintien fonde la foi et l’espérance des croyants de tous les temps et d’aujourd’hui. Lorsque la main parle, lorsque la main fait, lorsque la main tient, c’est toujours au présent, c’est maintenant.

Dominique HERNANDEZ


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L'article qui précède est le texte de l'émission
“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du samedi 22 janvier 2005.

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