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PLEROÔ, remplir, accomplir

Ce verbe grec, pleroô fait partie de la grande famille des mots commençant par pl... et qui comportent une connotation d'abondance.
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Un mot de la Bible, le mot ‘remplir’ ...
par Jean-Pierre STERNBERGER

Comme le mot françaisremplir’, plusieurs de ces mots sont passés dans notre propre vocabulaire via le latin. Pensons aux ‘plein’ -en grec pleos-, ‘pléthorique’, du grec plethos, ‘ploutocrate’ du grec ploutos qui signifie ‘riche’, tous les composés en ‘poly-’ comme ‘polyglotte’, celui qui parle plusieurs langues ou ‘polygame’, celui qui a plusieurs femmes (on dira ‘polyandre’ pour la femme qui a plusieurs maris), voire même le mot ‘politique’, de polis, la ville pleine de gens ... et tout simplement le mot ‘plus’ et le mot ‘pluriel’... tous ces mots et bien d'autres encore ont en commun le son ‘pl’ et la notion d'abondance.
Il est à noter que, dans les mots formés non sur le grec mais sur le latin, on retrouve le son ‘pl’ comme le prouve l'existence des deux synonymes ‘polyvalent’ et ‘plurivalent’.

En latin puis en français, le verbe grec pleroô n'a pas donné directement de forme simple qui correspondrait à l'adjectif ‘plein’ et qui aurait plu être le verbe ‘plir’. Ce verbe simple n'existe pas, ce qui existe ce sont les verbes composés : ‘emplir’ , ‘remplir’ ou ‘accomplir’ .
Ainsi, lorsqu'il s'agit d'un sens concret, et si on veut éviter la formule assez inélégante “faire le plein” on va utiliser le verbe ‘remplir’, c'est à dire littéralement ‘re’ (= à nouveau) + ‘en’ (= dans) + ‘plir’ (= faire le plein). S'il s'agit du sens moral et non plus physique, concret on dira aussi accomplir dans le quel on retrouve le ‘cum’ latin (= avec). Mais dans tous les cas c'est bien ce sens de ‘plein’, de ‘plus’ que signifie ces mots en ‘pl’.

En grec classique, le verbe signifie ‘remplir’. Aristote parlant des animaux l'utilise pour décrire la fécondation de la femelle par le mâle. Il signifie ‘compléter’ par exemple chez Hérodote qui raconte comment le roi Pythios veut offrir sa fortune à Xerces, une fortune qui se monte à 4 millions de statères dariques moins 7000. Xerces alors renonçant à ce cadeau complète, littéralement remplit le manque, afin que le montant de la fortune de son hôte soir une chiffre rond. Enfin, en parlant de temps, Platon utilise ce verbe pleroô pour dire d'un temps qu'il est accompli, et donc qu'il s'achève (Lois 866a).

Dans la Bible grecque des Septante, le verbe pleroô apparaît dès la première page dans le récit de la création lorsque Dieu dit aux animaux :
... Et Dieu les bénit en disant :
———«Croissez
———et multipliez-vous
———et remplissez les eaux dans les mers
———et que les volatiles
———se multiplient sur la terre» ...
(Genèse 1,22)

En Genèse 29,21, il s'agit comme l'exemple évoqué tout à l'heur chez Platon d'une durée. Jacob dit à son futur beau père, Laban :
———«Rends-moi ma femme,
———car mes jours sont accomplis,
———pour que j'aille vers elle.
»

Jérémie 29 (chap. 36 en grec),10
laisse entendre qu'à l'accomplissement du temps correspond l'accomplissement d'une parole :
... Mais ainsi parle le Seigneur :
———«Quand 70 ans seront écoulés pour Babylone,
———je vous visiterai
———et je réaliserai sur vous mes paroles
———en ramenant votre peuple en ce lieu.
»... ”

On passe ainsi de la notion de ‘remplir’ à celle d'‘accomplir’. Les jours sont remplis, ils sont écoulés. Dieu s'accomplit sa promesse. Mais on voit qu'il n'y a rien d'automatique dans cet accomplissement. Ce qui est automatique, c'est
que le temps passe. Ce qui ne l'est pas c'est que Dieu accomplisse sa parole. Dieu n'y est pas obligé. C'est lui même qui décide d'agir et d'accomplir sa parole.

Dans le Nouveau testament, le verbe apparaît environ 90 fois ce qui est remarquable, et il y apparaît avec une notion nouvelle, celle de remplir, d'accomplir la parole.
Le texte le plus significatif est sans doute celui de Jésus lisant le texte du prophète Esaïe à la synagogue de Nazareth :
———Il vint à Nazareth, où il avait été élevé,
———et il se rendit à la synagogue,
———selon sa coutume, le jour du sabbat.
———Il se leva pour faire la lecture,
———et on lui remit le livre du prophète Esaïe.
———Il déroula le livre
———et trouva le passage où il était écrit :
———“L'Esprit du Seigneur est sur moi,
———parce qu'il m'a conféré l'onction
———pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ;
———il m'a envoyé
———pour proclamer aux captifs la délivrance,
———et aux aveugles le retour à la vue,
———pour renvoyer libres les opprimés,
———pour proclamer une année d'accueil
———de la part du Seigneur.”
———Puis il roula le livre,
———le rendit au servant et s'assit.
———Les yeux de tous, dans la synagogue,
———étaient fixés sur lui.
———Alors il se mit à leur dire :
——————« Aujourd'hui cette Écriture,
——————que vous venez d'entendre,
——————est accomplie.» ...
———... / ...
———... Lorsqu'ils entendirent cela,
———tous, dans la synagogue,
———furent remplis de fureur.

——————————————————(Luc 4,16-21.28 )

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Dans ce texte le verbe remplir apparaît deux fois : une première fois, dans la bouche de Jésus qui annonce que la parole du prophète Esaïe est accomplie ; une seconde fois pour dire que ses auditeurs étaient remplis de fureur.
On comprend très bien la deuxième image, l'idée qu'une personne soit si furieuse que sa colère déborde, qu'elle sort d'elle-même. On comprend moins bien la première l'idée qu'une parole soit remplie. Mais peut-être la deuxième image nous aide à comprendre la première. La parole est ici si pleine de sens, elle a fait le plein et du coup, elle déborde, sort du texte pour éclabousser ceux qui l'entendent. Et de même que la colère des hommes a un effet sur leur entourage, le sens de la parole fait effet sur ceux qui l'entendent et c'est du reste le sens de la proclamation dont il est question dans ce texte du prophète Esaïe. Une parole proclamée, c'est une parole qui parce qu'elle est dite sort du texte pour faire effet non par magie mais par accomplissement.

Jésus vient ainsi accomplir les écritures, non comme on accomplit un travail qui une fois accompli n'est plus à faire, et donc n'existe plus. Il est aboli en tant que travail à faire. Jésus accomplit la parole comme promesse. Elle parle toujours et ce d'autant plus qu'elle a un jour été accomplie, remplie, vécue pleinement.

Jean-Pierre STERNBERGER

—•o0O0o•—

L'article qui précède est le texte de l'émission "Un mot de la Bible" sur Fréquence Protestante 100.7 FM du 16 avril 2005.

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