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Histoire mouvementée de l’arianisme

Ce n’est qu’au tournant du premier et du second siècle qu’une certaine tendance du christianisme se mit à dire que Jésus était Dieu. Par exemple la seconde épître de Clément de Rome(1) commence par ceci : « Frères, il nous faut considérer Jésus Christ comme Dieu ». Si cette précision était nécessaire, c’est parce que l’affirmation n’était pas évidente pour tous les chrétiens, les évangiles ayant été beaucoup plus discrets sur cette question et Paul également.

(la note qui suit prolonge l'article “Jésus est-il Dieu ?”
qu'on lira avec intérêt ci-dessus

Les deuxième et troisième siècles de l’Eglise virent des évolutions en sens opposés. Certains docteurs comme Tertullien, Origène, commencèrent à ébaucher une sorte de pensée trinitaire, tout en affirmant une hiérarchie : le Fils est subordonné au Père. D’autres, moins savants, réagissaient et professaient au contraire que le Fils était un homme, rien qu’un homme. Parmi ceux-ci, on peut ranger les ébionites, héritiers de l’Eglise de Jérusalem, et aussi les adoptianistes qui professaient que Dieu avait adopté l’homme Jésus comme Fils en raison de ses mérites.

A la fin du troisième siècle, au milieu de cette diversité d’opinions, survint Arius(vers 256-336), prêtre à Alexandrie, mais formé à Antioche. Il se mit à dire que le Fils était une créature du Père et que donc il fut un temps où ce Fils n’existait pas. De sorte que, comme un homme, il tirait son existence du néant. Jésus était une œuvre du Père, libre de se tourner vers le mal ; mais il ne l’a pas fait. Dieu prévoyait cette pureté morale et lui a communiqué à l’avance la gloire divine.

Un quatrième siècle agité
Cette pensée s’opposait à celle de l’Ecole d’Alexandrie, très axée sur la divinité du Christ et sur son existence de toute éternité. Arius fut chassé de la ville et excommunié en 321. Mais il eut de nombreux partisans en Orient, notamment le célèbre Eusèbe de Césarée. Le calme ne revint donc pas pour autant et l’Empereur Constantin, qui savait que la paix religieuse était nécessaire à la paix civile, convoqua un grand concile à Nicée en 325 pour mettre tout le monde d’accord. Il ouvrit lui-même le concile et le surveilla. A l’époque une poignée d’évêques soutenait Arius. Une autre était farouchement opposée, notamment Alexandre et Athanase d’Alexandrie. Mais la grande majorité n’avait pas d’avis spécial et ne s’était pas encore posé ce genre de question. On discuta donc et on se disputa. Il devint nécessaire de faire des distinctions subtiles entre engendré et créé ; entre substance et personnalité. Pour tout compliquer, les mots n’avaient pas le même sens en grec courant et en grec théologique, en grec d’Alexandrie et en grec d’Antioche. Les évêques latins, d’ailleurs peu représentés, suivaient encore plus mal que les grecs. La question sur le fond n’était pas mûre. Mais l’Empereur voulait absolument conclure. Il imposa, sur proposition d’Athanase, le fameux symbole, précisant que le Fils n’était pas créé mais engendré du Père et de même substance(2). Il déclara que tous ceux qui ne signeraient pas seront destitués et exilés. Naturellement tout le monde signa, sauf deux courageux qui furent exilés avec Arius.
——Retournés chez eux, un grand nombre d’évêques orientaux se rendirent compte qu’ils étaient plutôt du côté d’Arius. Car on ne peut pas dire aussi facilement que le Christ est de même substance que Dieu. Et qu’est-ce d’ailleurs que la substance de Dieu ? Toutes les nuances dans l’arianisme se développèrent alors. Pour les purs ariens, le Fils était de substance différente de celle du Père. Pour les semi-ariens il était de substance semblable. Constantin s’aperçut qu’il n’avait rien résolu, et qu’on n’imposait pas ce qu’il faut croire du haut de son trône. Il rappela les exilés en 328, ce qui fâcha les partisans de Nicée.

——S’ouvrit alors une longue et bien triste période au cours de laquelle nicéens et ariens se battirent à coups de conciles, d’excommunications, d’exils forcés, et d’intrigues auprès de l’Empereur. Les semi-ariens s’alliant d’un côté ou de l’autre suivant les nécessités du moment. On peut pratiquement compter un concile(3) tous les deux ans entre 325 et 380. Suivant la majorité présente, le concile excommuniait les évêques de la partie adverse et les priait de quitter leur siège. C’est ainsi qu’Athanase, défenseur infatigable du symbole de Nicée, quitta cinq fois son siège épiscopal d’Alexandrie. Il passa 25 ans sur son siège et 20 ans en exil. L’Orient devint vite majoritairement arien et l’Occident nicéen. C’est donc sur ce premier sujet de la divinité du Christ qu’a commencé la rupture entre Byzance et Rome.

——Pour arrêter le petit jeu des excommunications réciproques, dues au fait qu’orientaux et occidentaux se réunissaient en conciles séparés, l’Empereur Constance convoqua à Arles en 353 un concile réunissant les deux parties de l’Empire. Les orientaux étaient majoritaires. Ils condamnèrent donc Nicée et Athanase. Rentrés chez eux, les occidentaux mécontents demandèrent un nouveau concile qui eut lieu en 355 à Milan. Cette fois, ils s’arrangèrent pour être majoritaires. Mais Constance, arien, força le concile à condamner à nouveau Nicée. Les ariens étaient maîtres de l’Orient. Les plus téméraires disaient maintenant que le Fils ne ressemblait au Père que « par son activité ». Belle formule en effet. D’ailleurs le deuxième concile de Sirmium en 357 déclara qu’il était désormais interdit de parler de substance (ousia) parce que le terme n’était pas biblique. Nicée fut une nouvelle fois rejeté.
——Les conciles anti-nicéens et anti-ariens se suivirent et se ressemblèrent avec des renversements de tendance suivant que l’Empereur était arien ou nicéen ou suivant que les semi-ariens faisaient l’appoint d’un côté ou de l’autre. Tous les évêques étaient sur des sièges éjectables et alternaient entre l’exil et leur diocèse. Vers 370 un philosophe, Thémistius, adressa un appel à l’Empereur Valens en citant l’exemple des païens qui ne se persécutaient pas entre eux, parce que la divinité prenait plaisir à la diversité des opinions !

Une décison politico-théologique ...
En 379 Théodose premier devint Empereur d’Orient(4). Après avoir officialisé le christianisme comme religion d’état, il déclara que l’arianisme était un crime public et que ses défenseurs seraient punis. De nombreux évêques ariens furent destitués, de sorte qu’au quatrième concile œcuménique de Constantinople (381), la confirmation de la foi de Nicée, renforcée par des précisions sur le Saint-Esprit, pu être votée sans trop de problèmes. Les ariens furent ensuite persécutés, privés de droit civiques, interdits de fonction publique, exilés etc. On comprend qu’ils disparurent progressivement, sauf en Occident où, curieusement, les Goths prirent le relais.
——Ainsi donc, le symbole de Nicée-Constantinople ne fut, au début comme à la fin, qu’un texte ambigu et difficile à comprendre, imposé par le pouvoir politique qui ne cherchait que la paix civile.

Henri PERSOZ

medium_nicee.jpg
(Représentation du concile de Nicée,
à la Renaissance

Notes :
(1) Une lettre écrite vers 120 ap. J.C., mais sans doute pas par Clément de Rome.
(2) Formulation du Concile de Nicée : “... Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu venu de Dieu, lumière issu de la lumière, vrai Dieu issu du vrai Dieu, engendré et non créé, d'une même substance que le Père et par qui tout a été fait ; qui pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux et s'est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie et a été fait homme. ...
(3) A l'époque, ‘concile’ et ‘synode’ avaient le même sens. Le premier mot vient du latin, le second du grec.
(4) Il devint également empereur d'Occident en 394.

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(l'article qui précède prolonge la note “Jésus est-il Dieu ?”
qu'on lira avec intérêt sur biblique.fr)

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