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PETRA et LITHOS

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Le mot petra signifie dans la Bible ‘le roc’, ‘le rocher’, ‘la pierre brute’. Ce mot grec est passé tel quel en latin et nous le retrouvons dans un verbe français comme pétrifier : “changer en pierre”. A la fin de notre présentation nous serons amenés à présenter aussi un autre mot grec qui signifie la pierre : il s’agit de lithos, qui est plutôt la pierre taillée en vue d’une construction.

Un mot de la Bible, le mot ‘pierre’ ...
par Norbert ADELINE


Avec petra nous entrons dans l’univers minéral qui est celui du Sinaï, des environs de la Mer Morte et, plus largement, celui de beaucoup de régions du Proche-Orient, univers aride aux reliefs escarpés qui a donné son nom à cette partie du monde biblique que les Anciens appelaient Arabie Pétrée, c’est-à-dire Arabie “rocheuse”.

Mais dans le texte biblique cet univers n’est pas un univers de mort. petra, le rocher, n’est pas voué à la stérilité. Le rocher prend vie et sa plasticité, il la tient de la puissance divine qui le travaille, lui donne forme, l’anime, comme en témoignent de nombreux passages de l’Ancien Testament.

Dès la Genèse, au chapitre 28, la matière minérale s’anime autour de Jacob endormi qui rêve d’un escalier dressé sur la terre et dont le sommet touchait au ciel. Jacob se réveille et fait de la pierre sur laquelle il avait posé sa tête, une pierre levée qui sera une maison de Dieu.

Dans le Deutéronome, Moïse s’adresse à l’assemblée d’Israel :

«Rendez hommage à notre Dieu ! Il est le Rocher...»

(Deutéronome 32,3-4)


Mais Israël a trahi et Moïse poursuit en invoquant contre Israël l’intervention des forces telluriques :

«Tu as dédaigné le Rocher qui t’a fait naître, tu as oublié le Dieu qui t’a engendré (...) Le feu de ma colère s’est allumé, il brûle jusqu’au fond du séjour des morts ; il dévore la terre et sa production, il embrase les fondations des montagnes.»

(Deutéronome 32,18-22)



Et pourtant Dieu avait manifesté sa sollicitude pour Israël en faisant par exemple jaillir du rocher les eaux de Meriba.

Rappelons les circonstances. L’eau manque et le Seigneur vient en aide aux Israélites. Il dit à Moïse :

«Prends le bâton et rassemble la communauté, toi et Aaron, ton frère. Vous parlerez au rocher sous leurs yeux et il donnera son eau ; tu feras sortir pour eux de l’eau du rocher et tu feras boire la communauté et son bétail [...] Moïse leva la main et frappa deux fois le rocher avec son bâton. Il en sortit de l’eau en abondance.»

(Nombres, chapitre 20)


Et cet épisode est rappelé dans la 1ère épître aux Corinthiens :

“Nos pères... buvaient... à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ.” (Première épitre aux Corinthiens 10,4)



Mais nul secours du monde minéral n’est à attendre quand vient l’heure du châtiment pour les idolâtres :

“Les rois de la terre, les dignitaires, les chefs militaires, les riches, les puissants, tous, esclaves et hommes libres, allèrent se cacher dans les cavernes et dans les rochers des montagnes. Et ils disaient aux montagnes et aux rochers : «Tombez sur nous, cachez-nous de celui qui est assis sur le trône et de la colère de l’agneau, car le grand jour de leur colère est venu.»”

(Apocalypse 6,16)


Cet appel dérisoire est sans écho, car il n’appartient qu’à Dieu de pouvoir animer la matière pour manifester à l’homme sa puissance.

Mais l’écorce terrestre n’est pas seulement une matière docile que Dieu travaille pour donner des signes éclatants de sa puissance. Quand vient le moment de bâtir, le rocher devient socle. C’est à la stabilité de la pierre qu’il faut avoir recours pour établir les fondations d’un édifice capable de résister aux éléments. La pierre d’Horeb devient pierre fondatrice :

«Quiconque entend de moi ces paroles et les met en pratique sera comme un homme avisé qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont précipités sur cette maison : elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur le roc. Mais quiconque entend de moi ces paroles et ne les met pas en pratique sera comme un fou qui construit sa maison sur le sable.»

(Évangile selon Matthieu 7,24-26)


C’est en vue de l’édification d’un édifice solide que Jésus choisit pour Simon le nom de Pierre. Ce nom souligne les relations significatives entre, d’une part, le nom grec de personne Petros, sa transcription en araméen Céphas et enfin le nom petra, le “rocher” :

«Toi tu es Simon, fils de Jean ; eh bien tu seras appelé Céphas — ce qui se traduit Pierre»

(Évangile selon Jean 1,42)


Et dans l’Évangile selon Matthieu est ainsi définie la mission de Simon-Pierre :

«Moi, je te te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je construirai mon église et les portes du séjour des morts ne pourront rien contre elle.» (16,18)



Le cordeau et le fil à plomb de la stabilité sont les outils de base pour la construction d’un édifice solide où la pierre d’angle qui sert de référence a sa juste place. Mais le projet divin est économe : aucun matériau n’est exclu, pas même les pierres du chemin réservées aux gens sans foi : la “pierre d’achoppement” (celle qui fait trébucher) et la “pierre de scandale” (celle qui fait chuter). Tout pierre, parce qu’elle est vivante, a son rôle à jouer dans la construction de l’édifice. Bien plus, “la pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la principale, celle de l’angle” (Psaumes 118,22).

Mêmes préoccupations architecturales dans les Hymnes de Qumrân :

“Et je fus comme quelqu’un qui a pénétré dans une ville fortifiée et qui s’est retranché dans une muraille escarpée en attendant la délivrance. Et je me suis appuyé sur ta vérité, ô mon Dieu ! Car c’est toi qui mettras la fondation sur le rocher et la charpente sur le cordeau de justice et le fil à plomb de vérité pour contrôler les pierres éprouvées, en vue de construire une bâtisse robuste, telle qu’elle ne soit pas ébranlée et que nul de ceux qui pénètrent ne chancelle.” (6,24s)



Concluons sur un rapprochement entre deux épîtres qui présentent par ailleurs d’autres similitudes : l’épître aux Éphésiens et la première épître de Pierre. Dans ces deux épîtres nous retrouvons la même dimension architecturale de la maison de Dieu qui n’est pas construite de pierres extraites d’une carrière, mais qui est construite des pierres vivantes que sont les fidèles.

Épître aux Éphésiens:

“Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers ni des exilés : mais vous âtes concitoyens des saints, membres de la maison de Dieu. Vous avez été construits sur les fondations constituées par les apôtres et prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l’angle. C’est en lui que toute construction bien coordonnée s’élève pour être, dans le Seigneur, un sanctuaire saint. C’est en lui que, vous aussi vous êtes construits ensemble pour être une habitation de Dieu, dans l’Esprit.”(2,19-22)



Remarquons que l’œuvre de construction de la maison de Dieu est présentée comme accomplie : vous êtes construits ensemble. La tâche est achevée.

Il n’en est pas de même dans la première épître de Pierre dont la perspective est dynamique. Le chantier n’est pas terminé. La construction est toujours en devenir : Approchez-vous... construisez-vous pour former une maison spirituelle... :

Première épître de Pierre:

“Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les humains, certes, mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu. Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, construisez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréés de Dieu, par Jésus-Christ ; car voici ce qu’on trouve dans l’Écriture :
Je vais poser en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse,
et celui qui croit en elle ne sera jamais pris de honte.”
(2,4-6)



Avec ces deux invitations : Approchez-vous et construisez-vous, à chacun de reprendre à son compte la parole adressée à Simon fils de Jean : «Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je construirai mon église...»

Norbert ADELINE

 

L'article qui précède est le texte de l'émission
"Un mot de la Bible" sur Fréquence Protestante 100.7 FM
du 12 novembre 2005.

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En lien avec cet article, lire la note 
Fondée sur un caillou

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• Sur ce qui concerne la pierre dans la symbolique romane, on consultera le petit livre très riche de M. - M. Davy, Initiation à la symbolique romane, Flammarion, Coll. Champs - Voir, en particulier, le passage concernant la dédicace des églises (p. 202 et suivantes)

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