Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Que deviennent les morts ?

L’intérêt pour “l’après de la vie” semble aussi vieux que l’humanité. Chaque culture, chaque époque laisse une strate de coutumes, d’images et de symboles, comme autant de propositions disponibles dans lesquelles puisent d’autres cultures.

Le lecteur de la Bible trouvera ainsi dans les textes bibliques les traces de croyances originales ou empruntées de l’Égypte à la Mésopotamie, afleurants çà et là au rythme des quêtes, des plaintes, des interrogations, des deuils auxquels nul humain n’échappe jamais.


Premiers pas
Entrant par le premier Testament, le lecteur soulève un nuage de cette poussière dont l’humain est formé et à laquelle il retourne quand la mort lui fait perdre le souffle qui revient à Dieu (Genèse 2,3). Que la mort soit considérée comme la conséquence de sa désobéissance aux commandements divins (Deutéronome 30,17-18) ou comme le rassasiement des jours qui marque la finitude de son existence (Genèse 25,8), le défunt rejoint le Shéol, gouffre sous la terre, abîme à l’opposé du ciel, séjour des morts devenus ombres sans force (Esaïe 14,10), réduits comme dans le sommeil. Dans ce lieu sans parole (Psaumes 94,17), les morts tombent dans l’oubli de tout ce qui fait la force de la vie : même Dieu n’y est pas invoqué (Psaumes 6,6). L’absence de relation avec Dieu cause la peur du Shéol à laquelle correspond l’impureté des morts qu’on ne peut ni toucher ni invoquer (1 Samuel 28 ; Lévitique 19,31).
La puissance de Dieu n’est cependant pas exclue de ce lieu : il peut faire remonter du séjour des morts ceux qui y étaient descendus (1 Samuel 2,6). Vision de prophète (Ezéchiel 37) et louange de psalmiste (Psaumes 33, 18-19) convoquent la métaphore d’une recréation pour dire la restauration du peuple ou d’un être. Dans le cycle d’Élie, la gloire du Dieu du prophète est attestée par des retours à la vie, réanimations plus que résurrections.
L’idée de résurrection individuelle apparaît à partir du 2ème siècle av. J.-C., liée au jugement de la fin des temps, comme un réveil qui conduira les martyrs à la vie éternelle et leurs bourreaux à la honte (Daniel 12,1-3 ; 2 Maccabées 7).

Un autre chemin
Le lecteur abordant le Nouveau Testament avec cette image de la mort comme un “grand sommeil” ne s’étonnera pas de la retrouver sous la plume de l’apôtre Paul (1 Thessaloniciens 4,13 et suivants). Mais il sera également confronté à d’autres images, l’héritage hellénistique rencontrant l’héritage hébraïque, langages ressaisis dans la foi au Ressuscité… dont le retour se fait attendre.
Les discours sur la fin des temps recentrent alors l’attention des croyants sur leur présent : « veillez et priez » ! La représentation du lieu ou du temps des morts ne préoccupe pas les auteurs du Nouveau Testament. Le lecteur relèvera ainsi que ni le “sein d’Abraham” qui accueille la félicité des justes (Luc 16,22) ni le “paradis” où Jésus promet au malfaiteur crucifié avec lui de le retrouver le jour même (Luc 23,43) ne répondent à la question du séjour des morts, mais à celle de la justice.
C’est dans les lettres de Paul qu’on trouvera une réflexion continue, de l’épître aux Thessaloniciens à la lettre aux Romains, réflexion de plus en plus épurée dans ses représentations issues de l’apocalyptique juive (1 Thessaloniciens 4) ou de l’hellénisme (2 Corinthiens 5,1). L’apôtre y soutient la conviction que la résurrection de Jésus inaugure un monde renouvelé auquel la mort ne fait pas obstacle (1 Corinthiens 15,37). Confessant la seigneurie du Christ sur les vivants et sur les morts (Romains 8,38), il annonce ainsi la libération du croyant de la peur de la mort et de la nécessité de se représenter l’au-delà.

Dominique HERNANDEZ

(article paru dans La Voix Protestante d'avril 2006)

—•o0O0o•—
En lien avec cette note, et du même auteur,
on pourra lire l'article

“Hadès, séjour des morts, enfers”
et consulter le parcours biblique
Du shéol à la résurrection

Les commentaires sont fermés.