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Sain ou sauf ?

Quand le corps utilise des maux pour prendre la parole

Nous avons depuis quelques siècles catégorisé et séparé les sphères du corporel, du psychique, du spirituel et du social. Or il n’en était rien à l’époque de Jésus. L’être humain était considéré comme un tout, et la représentation du corps n’était pas organique, comme aujourd’hui, où tout est compartimenté. Ainsi les reins sont évoqués dans de nombreux textes (65 versets) de la Bible, sans référence aucune à la fonction urinaire, mais évoquant plutôt la solidité de notre être, sa force procréatrice, et le siège de la violence des passions … Rien à voir entre notre représentation et le schéma corporel courant au Proche-Orient ancien.

C’est parce que l’humain était considéré comme un tout, que le salut de l’humain ne pouvait être que total, et pas uniquement celui de son âme. Les premiers chrétiens déclareraient donc assez vite la nécessité de la résurrection du corps, de l’âme et de l’esprit pour dire cette unité de l’humain. Si je suis ressuscité, ramené à la vie, cela ne peut être qu’entier.

La foi t’a guéri et t’a sauvé
Notre langue aînée, le latin, portait encore cette proximité du salut et de la santé (salus). Les français les réunissent dans l’expression « sain et sauf ». L’un des verbes dont disposaient les auteurs du Nouveau Testament servait à dire à la fois « guérir » et « sauver », c’est sôzô.
Quand Jésus dit à Bartimée, l’aveugle : «Ta foi t’a sauvé», il dit aussi «Ta foi t’a guéri» (Marc 10,52). La conséquence de ce salut-guérison est double : aussitôt il recouvra la vue (guérison), et suivit Jésus sur le chemin (salut). Plusieurs passages portent cette idée : Matthieu 8,5 et le serviteur du centurion, Marc 5,34 et la femme perdant son sang.
Pourtant, ces textes n’évoquent pas une primauté du salut sur la guérison, ou l’inverse. Ils disent la simultanéité de ce processus : l’irruption du Dieu vivant dans la morbidité de nos jours sauve notre vie et guérit notre personne. Ce phénomène atteste que Jésus est bien le Messie, qui restaure l’humain dans l’unité de son être, corporel, psychologique, spirituel et social.
La guérison est donc comprise bien au-delà d’un simple processus physique, lié au bien-être, à l’absence de maladie corporelle. Ainsi Luc 7,50 évoque la «guérison» de la femme pécheresse en faisant employer la même phrase à Jésus que pour des guérisons physiques, alors que la problématique est seulement spirituelle et relationnelle dans ce cas précis.
Pour ce qui est du lépreux du chapitre 17 de l’évangile de Luc, ce n’est pas la guérison, ni la purification, mais bien l’action de grâce du dixième lépreux, qui fait dire à Jésus cette même phrase : «Ta foi t’a sauvé». Cette déclamation atteste qu’après la guérison, déjà reçue, est ajouté le salut prononcé par le Sauveur.

Nous pouvons être reconnaissants dans la mesure où la conception organique du corps a, en son temps, permis de grands progrès médicaux. Mais c’est peut-être aujourd’hui cette réunification de la personne qui attire les gens vers le Christ. Le relèvement du corps quand la maladie prend fin est bien un langage de résurrection, mais ce n’est pas qu’un langage. La guérison est d’abord une libération en soi, pour soi. La délivrance à l’égard d’oppressions aussi concrètes que la maladie devient ainsi un avant-goût d’un Royaume de liberté. Enfin, parce que la guérison n’est pas un automatisme ou une quelconque magie, nombreux ont été ceux qui sont restés fermement assurés de leur salut en restant boiteux comme un Jacob ou avec une «écharde» comme Paul …

Gilles Boucomont

(article paru dans La Voix Protestante de mars 2006)

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