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L’inconnu du 4ème évangile

L’image a scandalisé certains catholiques : plagiant une fois de plus le tableau de Léonard de Vinci, une publicité représente la Cène jouée par douze femmes - dont une représentant le Christ ! - et un homme. Les femmes reproduisent le plus exactement possible l’attitude des personnages masculins peints par Léonard. L’unique homme, debout, se tient à la place d’un personnage du tableau parfois identifié comme étant une femme ! De plus, photographié de dos et le visage caché, il est impossible à reconnaître.

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Au-delà des fins commerciales de ce document et bien que le 4ème évangile ne relate pas l’épisode de la cène, cette publicité apparaît illustrer à nouveau et de manière provocatrice la grande question débattue depuis 19 siècles :
Qui l’évangéliste Jean désigne-t-il à cinq reprises comme « le disciple que Jésus aimait »?

(voir Jean 13,23 ; 19,26 ; 20,2 ; 21,7 et 20)


Première hypothèse : Jean
Pour couper court aux discussions, la tradition a donné dès le 2ème siècle un nom à ce disciple : Jean. Elle en a fait du coup, en fonction de Jean 21.24, l’auteur de l’évangile. Cette identification s’appuie sur le fait qu’à la différence des trois autres, l’évangile dit « de Jean » ne nomme jamais l’apôtre Jean qui fait partie des 12. Ce silence fut interprété comme le signe de la modestie d’un auteur et comme une forme de signature. Il est vrai aussi que, selon Jean 21.2, les fils de Zébédée, c’est-à-dire, selon Marc 1,19, Jacques et Jean, sont présents au bord du lac au même titre que le disciple inconnu mentionné au verset 7. Ce dernier peut donc désigner l’apôtre Jean mais aussi son frère Jacques et deux autres disciples anonymes également présents ?
Il y a donc en effet une chance sur quatre pour que Jean soit ce disciple aimé de Jésus mais donc aussi 3 chances sur 4 pour que ce ne soit pas lui ! Or dans cet évangile, l’apôtre Jean possède un sérieux concurrent pour le titre de disciple que Jésus aimait : Lazare.

Deuxième hypothèse : l’autre ressuscité
Trois arguments sérieux poussent à examiner l’hypothèse de Lazare. Celui-ci est, avec ses sœurs, un des trois disciples disciple dont on nous dit que Jésus les aimait (Jean 11,3.5.11 voire 35). Il n’y en a pas d’autre. De plus, du fait de sa résurrection, sa situation est propre à provoquer la question de Pierre en Jean 21,21 à propos du disciple aimé : « que va-t-il lui arriver ? » (sous-entendu ; « va-t-il mourir une deuxième fois ? ») et la réponse de Jésus qui laisse entendre qu’il pourrait vivre jusqu’à son retour. Enfin, même si l’expression « disciple aimé » n’apparaît pas dans ce récit, on l’a souvent assimilé au disciple également anonyme qui en Jn 18.16 permet à Pierre de pénétrer dans la cour du grand-prêtre. Or, il nous est dit que ce disciple connaissait le grand prêtre, ce qui peut s’expliquer si, tout comme Lazare, il habite Jérusalem ou sa région. Faudrait-il parler de l’évangile de Lazare ?

Autres candidats
En tant que disciples connus du grand-prêtre, Nicodème ou Joseph d’Arimathée ont également été évoqués. La question n’est donc pas tranchée. Nous sommes alors comme empêchés d’identifier le mystérieux disciple. Aucun nom n’est impossible : Jean, Lazare, André, Marie-Madeleine… ou même le tien ami(e) lecteur/lectrice. Qui lit l’Évangile suit Jésus dans ses déplacements comme le fait un disciple. Et s’il saisit qu’il est aimé du Christ, il ne se trompe pas. Il est lui-même acteur de l’Évangile prenant son repas avec le Maître, le Maître avec lui.

Jean-Pierre STERNBERGER

 

(article paru dans La Voix Protestante d'octobre 2005)

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