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Au commencement ... rien ?

"Au commencement,

Dieu créa le ciel et la terre.
La terre était 'tohu-bohu' ..."
——L'interprétation de ce majestueux portail ouvrant la Bible suscite régulièrement de vifs débats :
——S'agit-il d'un commencement chronologique absolu dans lequel Dieu ferait apparaître la matière ?
——Ou s'agit-il de l'évocation d'une matière primordiale à partir de laquelle Dieu va créer notre monde dans la suite du récit ?
——Rappelons d'emblée que la Genèse n'est pas un livre d'histoire naturelle et n'entend pas nous entretenir de cosmologie scientifique. Son propos touche d'abord au sens de l'existence. Elle traite du "pourquoi ?", et non du "comment ?".
——A mélanger les deux questions nous courerions à la confusion ou à l'obscurantisme !

• L'expression hébraïque tohu-bohu signifie ‘déserte et vide’. Elle ne désigne cependant pas un néant ou une vacuité absolue mais plutôt une absence d'organisation (voir Jérémie 4,23 où elle décrit la désolation de l'Exil). En effet, le mouvement du texte semble bien indiquer que l'œuvre créatrice qui suit va consister en une mise en ordre d'un chaos initial. Le verbe hébreu pour ‘créer’ (employé exclusivement pour Dieu) viendrait de racines signifiant ‘construire’ ou ‘couper’ ; et c'est bien cela qui se produit dans la suite : par sa parole créatrice, Dieu sépare, distingue, ordonne, nomme, et par là donne sens. La première phrase de la Bible serait alors à comprendre comme le titre général du récit et non comme le premier acte de la création.

——De la même façon, la cosmogonie babylonienne de l'Enoumah Elish commence ainsi : "Lorsqu'en haut le ciel n'était pas nommé, qu'en bas la terre ferme n'avait pas reçu de nom...". Il en va de même dans le mythe grec où la situation initiale est représentée par le dieu Chaos.

• De fait, la notion de création "à partir de ce qui n'est pas" est tardive dans le judaïsme ancien. Elle n'apparaît qu'au 2ème s. av. J.C., en situation de crise extrême sous la tyrannie d'Antiochus Epiphane. Les livres des Maccabées racontent ainsi les abominables supplices endurés par ceux qui refusent d'abandonner la loi de Moïse. Alors qu'une mère juive voit mourir un à un ses fils dans d'horribles tortures, elle encourage le dernier en disant :
——«Je te conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre, contemple tout ce qui est en eux et reconnais que Dieu les a créés de rien et que la race des hommes est faite de la même manière. ...»

(2 Maccabées 7,28)

——Ici, “de rien” signifie littéralement en grec : “pas à partir d'êtres” ; ce qui sera traduit en latin au 4ème s. ap. JC par ex nihilo. De fait, la notion de 'rien' n'apparaîtra que plus tard avec l'invention indo-arabe du zéro. De toute façon, ce récit, n'évoque pas la création dans le but d'une description objective du processus créationnel, mais pour soutenir la foi en la résurrection qui fait dans ce chapitre sa première apparition dans la Bible (voir versets 9.14.29 ; et Daniel 12,2). Comment dire mieux en effet la toute-puissance de Dieu pour redonner vie qu'en affirmant qu'il a créé l'Univers ? Sans aller aussi loin, Esaïe 40 ou Ezéchiel 37 annonçaient déjà le retour d'exil comme une recréation.

• Plutôt que comprendre Genèse 1,1 comme le début chronologique absolu de l'Univers ex nihilo, ce “Au commencement…” (traduit en latin par In principio) peut être interprété comme “principiellement”, c'est-à-dire qui donne le principe par lequel la chose est. On peut alors y lire que Dieu est Celui qui donne sens, vie et espérance. En ce sens, dans la foi, Il est premier, fondement et origine.

Patrice ROLIN

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(note paru dans La Voix Protestante de février 2006)

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