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Le sermon sur la montagne dans le miroitement de ses interprétations

Voici un livre à deux voix original et stimulant à plus d'un titre, il est le fruit du travail interdisciplinaire d'un systématicien et d'un exégète (Martin STIEWE et François VOUGA). Original et stimulant, ce livre l'est d'abord par la mise en dialogue de deux approches, l'exégèse historico-critique et la théologie systématique. L'ouvrage l'est encore par la confrontation de deux démarches exégétiques, l'une en quête du sens originel du texte, l'autre s'intéressant à ses multiples réceptions dans l'histoire. Le projet est enfin inhabituel pour des universitaires puisqu'il s'agit de rendre au Sermon sur la montagne sa force d'interpellation originelle pour des auditrices et des auditeurs d'aujourd'hui.

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L'histoire de la réception de ce texte central de l'Evangile est illustrée par de longs extraits des auteurs passés et récents, à commencer par Augustin qui, le premier, en souligne l'importance. Mais cet appel radical du Jésus matthéen à la pauvreté évangélique s'adresse-t-il à tout chrétien, comme le pense François d'Assise et longtemps après lui Razag avec une lecture politique du Sermon, ou seulement à ceux qui ont choisi une vie religieuse, comme l'affirment les successeurs de François et la théologie scolatique avec Thomas d'Aquin ? Cet appel vaut-il pour la cité tout entière ou pour l'Eglise, est-il une pédagogie manifestant le péché de chacun comme le suggérerons de diverses manières les réformateurs Luther, Zwingly et Calvin ? Son message a-t-il un caractère d'évidence (Léon Tolstoï) ou relève-t-il du paradoxe (Dostoievski) ? La radicalité de la loi énoncée engendre-t-elle une éthique pathogène (Freud), ou le Sermon sur la montagne nous appelle-t-il à un changement libérateur d'attitude existentielle (Kirkegaard) ? Avec Thurneyssen et Barth faut-il le lire comme la révélation du Royaume de Dieu en Jésus plutôt que, d'abord, comme appel éthique à un faire, contre Bonhoeffer pour qui il s'agit de la charte de la vie sous la Croix ?

Ainsi, au fil des chapitres sont donc tressées sans être confondues une exégèse historico-critique rigoureuse et détaillée du sermon sur la montagne, et la riche histoire de sa réception dans la théologie chrétienne et la littérature moderne. Il s'ensuit un dialogue constant et producteur de sens qui invite à entrer soi-même dans le débat. Plus qu'invité, le lecteur se trouve littéralement happé dans ce jeu d'interprétation qui le met face à des choix existentiels cruciaux.
Patrice ROLIN

Labor et Fides, 2002
(299 p. ; 36 €)

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